jeudi 2 janvier 2020

Le naufrage de la P'tite Annick

Combien ai-je vu de corps nus, femmes, hommes, enfants confondus, au cours de toutes ces années ? Des gros, des maigres, des grands, des petits, des blancs, des noirs, des jaunes, des à peine bronzés ; d’autres aux couleurs plus incertaines, soit qu’ils aient longtemps trempé dans l’eau, séjourné dans la terre, été exposés au soleil, oubliés dans un appartement vide…
Médecin légiste, c’est un poste d’observation incomparable sur l’humanité. Bien meilleur que celui de curé ou psychanalyste. Je suis là pour percer le dernier mystère, recueillir l’ultime confession, la plus intime, celle que l’on ne peut plus cacher. La vérité… nue.
Si je ne guéris pas les vivants, du moins suis-je là pour soigner les morts ; leur apporter les derniers soins, les plus importants en un sens, l’attention finale, celle qui fait que rien – dans la plupart des cas – ne restera ignoré du drame extrême.
Je n’aime pas la mort. Elle ne me fait pas peur pour autant. Elle est mon lot quotidien depuis si longtemps que nous entretenons un rapport qui confine à l’indifférence. Elle m’aura au tournant un jour, nous le savons l’un et l’autre depuis le départ. Fort de cette certitude imparable, pourquoi s’en inquiéter au point de se pourrir la vie ? Je suis, j’ai toujours été, je reste ce que l’on appelle un « bon vivant ». J’aime faire bonne chère, boire avec modération de bons crus à température idéale, tirer de bons coups avec des femmes qui me ressemblent sur tous ces points. Pas phallocrate pour deux sous, je respecte et considère les femmes comme mes égales, n’attendant d’elles en retour rien d’autre qu’une franche camaraderie.
Nos rapports sont le plus souvent parfaitement cordiaux. Il y a toutefois des exceptions, notamment dans le domaine professionnel. C’est le cas, par exemple, avec la commandante Sérange, que j’ai rebaptisée Lady Hochet tant je trouve ridicule son militantisme féministe ; l’insistance qu’elle met sur la prononciation du « e » ajouté à son titre ou à celui de ses collaboratrices. J’avoue que j’ai beaucoup de mal avec cette affectation : « commandantheu », « lieutenantheu »… C’était bien la peine d’abandonner les beaux titres d’inspecteur et de commissaire si c’était pour en arriver à cette idiotie ! Mais, bon, je veux bien admettre que je suis un vieux con qui ne comprend plus grand-chose au monde dans lequel il vit. Je veux bien admettre également le fait d’être totalement rétrograde ; en revanche pas la moindre once de misogynie chez moi, j’aime trop les femmes pour ça. Pas toutes, c’est vrai. On a le droit de ne pas priser les connes sans être accusé pour autant de détester l’ensemble de la gent féminine.


J’entends des pas dans le couloir. Pas de charge. Quand on parle de la louve, on en perçoit le bruit des dents qui rayent le carrelage avant de les voir prêtes à vous mordre.
J’aimerais pouvoir dire que le physique est à l’image de son comportement, mais force est de constater qu’il s’agit d’une jeune femme gracieuse et magnifique, qui en a parfaitement conscience.
Nous ne nous sommes jamais entendus. Dès le premier jour, il y a eu une certaine tension entre nous. Je suis quelqu’un de conciliant, ça n’empêche pas que j’apprécie que l’on mette un minimum de formes lorsque l’on s’adresse à moi. C’est mon côté « vieille école ». Je trouve qu’une once de civilité ne nuit pas aux relations humaines en général ni dans le travail en particulier. Les morts sur ma table sont bien plus respectueux à mon égard !
— Alors, Doc, on a quoi sur l’inconnue de la voie publique ? attaque-t-elle en entrant, sans la moindre salutation.
— Bonjour Commandant Sérange !
Je sais que ça l’agace. Le « bonjour » autant que le « commandant ». Depuis le temps, si elle avait pu me faire virer, elle l’aurait fait sans hésiter. Mais c’est trop tard maintenant, ce soir c’est la retraite pour moi.
— Et vous, Commandant, vous avez quoi, sur elle ?
— Femme âgée, retrouvée gisant sur la voie publique, plus précisément sur le trottoir devant le numéro 26 de la rue de Longchamp à Vichy. Les pompiers qui sont intervenus, mais il était trop tard, ils ont constaté le décès et l’ont transférée à Lacarin. Elle n’avait ni papiers d’identité, ni téléphone sur elle qui aurait permis de l’identifier, à peine une cinquantaine d’euros en billets usagés et menue monnaie. L’enquête de voisinage n’a rien donné. Inconnue au bataillon… Mais je ne vois pas le rapport avec les résultats de vos propres constatations ou de l’autopsie.
— Aucun. C’était de la curiosité personnelle.
— C’est bien la première fois que je vous vois vous intéresser à ce genre de choses.
Bien sûr, les Légistes sont bien connus pour leur insensibilité. Plus grande encore que celle des médecins. Ne pas afficher ses émotions dans un monde qui prêche la « transparence », est sans doute devenu le summum du crime.
Elle a pourtant parfaitement raison sur ce coup-là. D’habitude, je ne m’intéresse qu’au corps que l’on m’amène et je tente, à travers lui, de découvrir ce qui à conduit à sa mort. Je n’ai pas à savoir à quoi ressemblait sa vie, même si parfois ce sont les hypothèses que je peux formuler à partir de mes constatations médicales qui permettent aux enquêteurs de reconstituer une personnalité, un parcours, pour trouver l’assassin en cas de meurtre ou la famille quand il s’agit d’un suicide, voire de la mort naturelle d’une personne non identifiée.
— Et de votre côté, Doc, vous pouvez me dire quelque chose sur elle et sur sa mort ?
— Femme de soixante-cinq ans, type caucasien. À première vue, je pencherais pour une rupture d’anévrisme mais je ne pourrai le confirmer qu’après l’avoir ouverte. Les prélèvements ont été faits pour la recherche d’alcool, de drogues et de médicaments. Par ailleurs, après un examen préliminaire succinct, j’ai procédé à un examen radiologique complet qui me permet d’affirmer que cette femme a été rouée de coups à plusieurs reprises, à des époques différentes et anciennes. J’ajoute qu’au vu des varices monstrueuses qu’elle présente sur chaque jambe, en même temps que de l’état de ses pieds, je dirais qu’elle a beaucoup marché et piétiné. Sur le trottoir, dans une boîte de nuit, dans un restaurant et dans un bar quelconque. Dans cet ordre-là, l’itinéraire habituel de la descente aux enfers, de la course à la déchéance. Sans parler de l’état de nécrose des poumons dû à un tabagisme démesuré, ni de celui du foie qui – à la palpation – ne laisse aucun doute sur une consommation d’alcool régulière, excessive et prolongée. Il y en a plein comme elle, pour qui la vie n’est pas si rose, mais plutôt cirrhose. Lorsque les pompiers l’on prise en charge, elle était propre, parfumée et portait des vêtements soignés sans être de luxe, ce qui exclut toutefois que nous ayons affaire à une SDF.
— Rien qui permette son identification ? Aucune prothèse ? Pas d’implant ?
— Rien de tout cela, mais c’est inutile.
J’ai marqué un blanc, histoire de produire mon petit effet. Lady Hochet me regarde, interloquée.
— Je vous présente Annick Chambrun, née à Laval (Mayenne) le 1er février 1954, où elle a passé son enfance ruelle du Four, dans une petite maison à colombage un peu délabrée, morte il y a deux jours à Vichy, le 29 octobre 2019.
— Vous la connaissiez ?
— J’ai eu cet honneur. Y compris bibliquement, mais je dois avouer que quelques décennies se sont écoulées depuis la dernière fois que je l’ai vue allongée nue devant moi. C’était déjà sur une table. De billard, je précise. Nous avions quinze ans tous les deux et cette petite séance de déniaisement m’avait coûté mon argent de poche de la semaine. Il y a des détails qui ne s’oublient pas… Comme cette marque de naissance en forme de banane épluchée au niveau du coccyx.
Il y a comme un flottement. La Commandante évalue la situation, l’éventuel conflit d’intérêts qui existe à me laisser pratiquer l’autopsie.
— Je vous ai raconté tout cela pour vous permettre une identification rapide. Avec son nom de jeune fille, sa date et son lieu de naissance, un coup de fil à la Mairie de Laval vous permettra de savoir si elle s’est mariée et je suppose qu’elle a dû laisser des traces dans l’administration fiscale ou à la sécurité sociale. Je ne vais pas vous apprendre votre boulot. Nous ne sommes pas dans une série télévisée à la noix, le légiste se contente de la partie médico-légale, ce n’est pas un enquêteur. J’ajoute qu’il n’y a pas de contre-indication à ce que je pratique l’autopsie car je n’avais pas revu Annick depuis près de cinquante ans, ni eu de ses nouvelles. On peut grandir dans le même bout de rue étroite, il arrive nécessairement un moment où la vie nous sépare. Pour ma part, je suis allé faire mes études à la faculté de Médecine de Montpellier, ensuite j’ai bourlingué un peu avant de me retrouver à Lyon, puis à Clermont-Ferrand depuis trois ans. Bref, pour que tout soit clair, si je suis quasi-certain pour l’anévrisme, je vais pratiquer une autopsie en bonne et due forme afin de déterminer si cette rupture a été naturelle ou provoquée par un coup violent porté au mauvais endroit. Quel que soit le résultat, j’espère que vous trouverez sa famille pour qu’elle ne finisse pas dans une fosse commune.
La fliquette hoche la tête ; un geste d’assentiment dans lequel elle tente de faire passer une certaine compassion, sans vraiment y parvenir. De toute façon, ce n’est pas le lieu pour ce genre d’effusions. Chacun à notre place nous nous devons de rester professionnels.
— OK, Doc, on fait comme ça. J’attends votre rapport aussi vite que possible. On embarque ses objets personnels et ses vêtements pour y jeter un œil, ensuite on les fera passer au labo pour analyse si vos conclusions écartent la mort naturelle, dit-elle en emportant le sac plastique dans lequel se trouve tout ce que la morte avait sur elle quand on me l’a amenée.
— Vous aurez mon rapport dans la soirée. Pas le choix de toute façon, je suis à la retraite ce soir. C’est mon dernier cadavre.
— Désolé que ça tombe sur elle…
— C’est la vie. Joyeux Halloween, Commandante !
Elle s’en va en haussant les épaules. Elle n’a jamais prisé l’humour des carabins. Nous n’allons pas nous manquer, ce qui fait que nous aurons au moins ça en commun après ces trois années glaciales entre nous.


Il y a bien d’autres choses que j’aurais pu dire à Lady Hochet. À quoi bon ? Si la cause de la mort est naturelle, elle n’a pas besoin de les connaître ; si elle ne l’est pas, alors elle les découvrira elle-même et se fera sa propre idée. Même si j’avais parlé, je n’aurais pu empêcher son jugement à l’emporte-pièce. Or, pourquoi rajouter du malheur au malheur ?
Tout ce que je peux savoir d’Annick, au-delà du service rendu à l’adolescent boutonneux que j’ai pu être, relève de l’intime autant que d’une certaine subjectivité. Les mots qui me viendraient aux lèvres orienteraient les enquêteurs dans une direction qui pourrait se révéler fausse et donneraient au bout du compte une très mauvaise image de moi. Mais ce n’est pas ma personne que je veux protéger, c’est le souvenir de la petite princesse blonde, légèrement boulotte, de la ruelle du Four, celle que toutes les mères du quartier citaient en exemple à la bande de petits voyous que nous étions censés être, nous, les garçons.
Habituellement, je reste silencieux lorsque je travaille. Je n’éprouve aucune envie de faire la conversation aux morts que je dissèque. Pour moi, il ne s’agit que d’un corps sans souffle ni âme, nul besoin de se mettre en frais. Je n’ai jamais prisé l’idée de lancer indéfiniment une balle contre un mur ; parler à un cadavre serait du même acabit. Pourtant, dans le cas présent, parce que je connaissais Annick autrefois, me vient l’irrépressible besoin de lui dire certaines choses. C’est absurde et douloureux, cela se nomme sans doute la nostalgie.


— Si l’on m’avait dit que je te reverrais un jour et, qui plus est, dans ces circonstances… À un jour près, on se serait manqué. La vie nous joue de ces tours, parfois ! Peut-être aurait-il mieux valu, d’ailleurs, que tu arrives ici dans vingt-quatre ou quarante-huit heures. Ainsi je n’en aurais rien su. J’ai beau être blindé, je serais un fieffé menteur de prétendre que cela ne me chamboule pas un minimum de te voir là, sur cette table en inox où il va falloir que je te découpe.
Devant ce cadavre, dont la peau fripée par endroits indique un poids irrégulier ponctué de régimes aussi draconiens qu’inutiles, comment ne pas se demander où sont passées la petite fille et l’adolescence que j’ai connues ? Et ces cheveux blancs coupés si courts, à la place de ton abondante et longue crinière blonde… pourquoi ? Afin d’éviter qu’on te les tire comme aimaient le faire bêtement les gamins du quartier ?
Tout ceci n’a pas de sens : toi, premier corps entre mes cuisses, dernier corps sur ma table d’autopsie comme s’il y avait une quelconque boucle à refermer.
Une multitude d’images remontent à ma mémoire, qui appellent des sentiments qui me perturbent et me placent devant un miroir où je n’aime pas ce que je vois. Trop tard pour les regrets ou les remords, pourtant !
Dieu que tu as pu nous agacer, aussi loin que remontent mes souvenirs. Tu étais la petite fille modèle, celle qu’on nous citait en exemple en permanence, nos mères ne reculant devant aucun lieu commun pour nous vanter les mérites de « la P’tite Annick » et dire « elle ira loin », « elle saura mener sa barque », « elle n’aura aucun mal à faire son trou » et autres fadaises. Tu n’y étais pour rien. Tu avais la chance d’être belle comme un ange et il est heureux que l’on t’ait donné le bon Dieu sans confession, parce qu’après… Tu as voyagé loin, de Dakar à Tamanrasset où ta barque a fini de couler si j’en crois la rumeur de l’époque. Quant à faire ton trou, je me souviens qu’à l’adolescence on t’avait surnommé « la taupe » parce que tu t’allongeais facilement dans les creux des terrains vagues ou le long des berges de la Mayenne. Pute ? Salope ? Nous étions prompts à juger à l’emporte-pièce après en avoir profité ; trop jeunes et trop bêtes pour essayer de comprendre, de percevoir une détresse qui s’exprimait sans doute ainsi.
Quand j’ai profité de tes faveurs tarifées, sur le billard de l’arrière-salle du café où notre petite bande avait ses habitudes, je me suis toujours demandé si le patron touchait sa commission – en argent ou en nature – ou s’il favorisait ton commerce afin de te tenir pour te mettre sur le trottoir à son compte. Le passage vers l’Afrique, était-ce lui qui l’avait organisé ? Étais-tu consentante ou s’agissait-il d’une vente ? On a dit partout dans la ville que c’est ce qui a tué tes parents, mais les gens disent tant de choses à propos de ce qu’ils ignorent !
Je ne crois ni au Bien ni au Mal ; le manichéisme est le pire des raccourcis qui soit, le summum de l’incompréhension. Rien n’est jamais si simple ou tranché aussi nettement qu’on pourrait le croire ou le souhaiter. La vie et l’Homme sont tout en complexité, c’est ce qui en fait l’intérêt.
Moi, je ne garde de toi que les bons moments, nos escapades en bande quand nous nous échappions de la ruelle du Four pour traverser le Pont Vieux et nous égayer sur l’autre rive dans le Jardin de la Perrine, et les engueulades lorsque nous rentrions le soir venu si nos parents s’étaient aperçus de notre absence. Comment ne s’en seraient-ils pas rendu compte, avec le silence soudain revenu dans la ruelle étroite où nos cris résonnaient habituellement ?
Puis tu as grandi, comme nous tous. Changé aussi. La petite fille sage et timide s’est faite plus sûre d’elle, provocante. Mai 68 n’a pas été sans effet sur tes quatorze ans, le vent de libération sexuelle qui soufflait t'a emporté avec lui.
Que fuyais-tu ? Qui fuyais-tu ? Y avait-il de lourds secrets familiaux derrière la façade à colombage ?
Je t’aimais bien mais je ne te désirais pas. Tu étais au fond comme une sœur pour moi, puisque nous avions passé toute notre enfance collés l’un à l’autre dans l’espace quasi clos de cette venelle du centre historique. Quand tu m’as proposé tes services, je crois que j’ai dit oui pour faire comme les autres, ne pas passer pour un trouillard ou pire encore. L’excitation dont j’ai fait preuve était surtout celle du défi, de la découverte, du passage à un autre âge. C’était très bien, j’en garde un bon souvenir, pourtant entaché d’un goût d’amertume. La conscience, au moment du plaisir, de la faute commise et qui ne m’a jamais quitté depuis. Je n’aurais pas dû faire cela comme ça, ni avec toi. Mais il était déjà trop tard pour y penser ou pour y changer quoique ce soit.
Tu étais déjà expérimentée ; j’étais puceau et maladroit, pourtant je sais que je ne t’ai pas fait mal. Or, en voyant les résultats de l’examen radiologique que j’ai pratiqué tout à l’heure, avec les nombreuses fractures mal réduites qui sont un signe courant chez les femmes battues qui ne vont pas voir un médecin afin d’éviter les questions, comment ne pas se dire que j’ai été un maillon de la chaîne de toute cette violence ?
Au moment où mon scalpel découpera dans ta chair, tu ne pourras plus rien me cacher, ou si peu. Je saurai notamment si tu as eu des enfants ou si tu as préféré les faire passer. Cette sorte d’intimité là me terrifie. C’est d’autant plus idiot qu’à notre âge, si de telles choses ont eu lieu, on peut être certain qu’elles sont lointaines.
Je ne cherche que deux choses : l’assurance que mon diagnostic initial est le bon – rupture d’anévrisme – et que ta mort a été naturelle. Les nombreuses traces de coups antérieures plaident paradoxalement pour une vie récente plus apaisée, cependant il me faut la certitude que tu n’en as pas reçu un il y a deux jours qui aurait provoqué cette rupture.
Rassure-toi, je vais faire cela du mieux possible. Mes doigts sur ta peau seront bien plus experts, moins tremblants qu’il y a un demi-siècle. Aujourd’hui aussi est un dépucelage, inversé, en somme. À mon tour de te renvoyer les mots que tu m’as murmurés en te plaquant contre moi lorsque nous avons refermé la porte de la salle de billard : « Allez, montre-moi ce que tu as dans le ventre ! »
 

Toulouse, 26 décembre 2019 — 1er janvier 2020

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