« C'est par pur amour de la vraie sagesse et par souci de la vraie connaissance que je fais effort, travaille et me tourmente moi-même.» (Giordano Bruno)

« Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude
d'être encore heureux.
»
(Jules Renard)

« Le plus grand des péchés de l'amour ne sera jamais aussi terrible que le plus petit des péchés de la haine. »
(Mère Josephe)

mardi 9 février 2010

Une homophobie progressiste

L’eudémonisme social, paraît être jusqu’à présent le tome le plus politique de la Contre-histoire de la philosophie de Michel Onfray. De fait, s’opposent ici les conceptions libérales utopiques de William Godwin et Jeremy Bentham aux socialismes atopiques de John Stuart Mill, Robert Owen, Charles Fourier et Michel Bakounine.

De toutes ces figures, ma pente naturelle irait plus spontanément vers Owen, Mill ou Bakounine. J’ai beaucoup de mal à entrer dans le magma cosmique de Fourier ; Godwin ne m’apparaît pas comme un personnage bien sympathique et Bentham me laisse un sentiment assez mitigé lorsqu’il se mêle de parler d’homosexualité.

En 1785, il publie un Essai sur la pédérastie dans lequel il dit souhaiter la dépénalisation de l’homosexualité afin que soit donné à chacun de vivre sans risquer la prison ou le bûcher. Jusque-là, il va sans dire que je n’ai pas de critique à formuler et l’on pourrait dire que l’auteur est à la pointe du progrès et d’un combat qui s’avérera encore long jusqu’à la victoire finale. Hélas, il n’entre pas la moindre compassion là-dedans ; ce n’est que pure morale intégriste, à tel point qu’on pourrait qualifier sa position au mieux d’homophobie progressiste.

« Ne cherchons pas la compassion du philosophe. Bentham a des mots durs pour caractériser les pratiques homosexuelles : "vice affreux", "abominations", "crimes", "goût dépravé", "penchant vicieux", "penchant ridicule", "penchant excentrique et contre nature", etc. […] » (p. 106) Pourtant, malgré ce jugement sévère, Bentham reconnaît que ceux qui ont ces goûts n’ont pas une vie facile. « Il parle en effet de la "persécution" des homosexuels, de "ces réprouvés de la sexualité", des "malheureux poursuivis pour ce crime", de "préjugés", d’un "malheureux pédéraste des temps modernes", etc. Autant de façons d’exprimer sa désapprobation d’une pratique et, dans le même mouvement, de signaler son approbation tacite… » (p. 106)

Il y a donc bien une position philosophique progressiste dans la démarche de Bentham, qui se montre révolutionnaire sur le sujet, et sans doute est-ce un mauvais procès que de lui reprocher cette vision hypermoraliste de l’homosexualité dans le même temps où il appelle à sa dépénalisation afin qu’elle puisse se vivre sereinement dans la discrétion. Mais parler de "crime", de "dépravation", de "vice", d’"abomination", etc. reste pour moi tout à fait abject. Quant à la discrétion souhaitée, elle ne fait que souligner les limites de la tolérance de l’auteur. Oui, il faut dépénaliser ces pratiques barbares, mais qu’en revanche ceux qui s’y adonnent se cachent et fassent en sorte qu’on oublie jusqu’à leur existence.

La position est d’ailleurs assez paradoxale de la part de celui qui voulait panoptiser la société afin que chacun soit en permanence sous le regard et le contrôle de l’autre. Toutefois, pour cet utilitariste, on comprend que l’homosexuel ne présente aucun intérêt et ne vaut pas même la corde pour le pendre.

lundi 8 février 2010

Plaisir

Le plaisir – et j’entends là tous les plaisirs, de quelque sorte qu’ils soient – ne vaut que s’il est partagé.

Sexuellement, être attentif au plaisir de l’autre autant qu’au sien est une règle à laquelle il faudrait ne jamais déroger, mais l’on sait bien que, hélas, nous sommes loin d’atteindre à l’universalité de cette loi. Là aussi les égoïsmes sont en force.

Sans aller sur ce terrain où chacun aurait sans doute à dire, un autre exemple tout aussi courant est celui du plaisir d’offrir. Faire un cadeau, c’est bien évidemment faire plaisir à l’autre, cependant notre choix se porte naturellement sur une idée qui nous plaise au moins autant qu’à la personne à qui nous destinons cette offrande. C’est bien la preuve de cette théorie. Dès lors qu’il est partagé, le plaisir se décuple, il se crée une émulation entre les parties prenantes.