Dix ans plus tard, à quelques mois près, on se rend compte qu’aucune leçon réelle n’a été tirée du cataclysme politique survenu le 21 avril 2002.
Le personnel politique, quel que soit son bord, et ses commentateurs se montrent incapables de regarder la vérité en face, de dépasser l’explication facile donnée ce soir-là.
Ainsi donc, on nous dit que pour les prochaines élections, Jean-Luc Mélanchon pourrait être le Chevènement du moment et faire perdre François Hollande, que François Bayrou pourrait de son côté être responsable d’un "21 avril inversé".
Depuis dix ans, la thèse officielle est que Lionel Jospin a perdu le premier tour de l’élection présidentielle "à cause de"… D’abord, ce fut à cause de Christiane Taubira avec ses 660 447 voix et 2,32 % de suffrages, mais c’était un peu raciste alors on s’est retourné contre Jean-Pierre Chevènement, ce qui était d’ailleurs plus logique puisqu’il avait obtenu 1 518 528 voix et 5,33 %. Mathématiquement, les deux raisonnements se tiennent puisque l’écart entre Lionel Jospin et Jean-Marie Le Pen n’était que de 194 600 voix, soit 0,68 %.
La seule explication, la vraie démonstration de ce vote, ce n’est pas que les "petits candidats" faussent le jeu démocratique – ils en sont la substance même ! – mais que Lionel Jospin était un mauvais candidat, qu’il n’a pas su convaincre les électeurs et n’a eu que le sort qu’il méritait. Sa lamentable gestion de cet échec cuisant en a été une preuve supplémentaire évidente.
Il est intéressant de voir combien le monde politique par ailleurs si nombriliste est incapable de se remettre en question et d’assumer ses erreurs. Si François Bayrou est présent au second tour face à François Hollande ou Marine Le Pen, on pourra valablement dire qu’il a fait chuter l’actuel président de la République. Sinon, dans l’hypothèse d’un second tour entre le PS et le FN, seul le locataire de l’Élysée sera responsable du rejet des électeurs, sentiment qu’il a soigneusement entretenu dès le soir de son élection.
Les électeurs sont libres de leur choix. On ne peut pas les insulter quand ils votent différemment de ce que l’on souhaite, dire qu’ils sont immatures, et leur tresser des couronnes quand on parvient à les manipuler dans le bon sens. Tantôt crétins, tantôt citoyens ? Si c’est tout ce que politiques et journalistes pensent de l’expression démocratique et du comportement républicain, c’est bien affligeant !