jeudi 29 décembre 2011

Plutôt footeux que roi d’Espagne !

À lire l’information entre les lignes, on s’aperçoit que les meilleures places ne sont pas toujours celles que l’on pourrait croire. Ainsi, apparaît-il clairement qu’il vaut mieux être footeux que roi d’Espagne.

En effet, à 52 ans, Carlo Ancelotti devient entraîneur du PSG pour un salaire mensuel de 500 000 euros nets de tous impôts et taxes, tandis que son aîné de vingt ans, Juan Carlos, roi d’Espagne, n’a un salaire annuel que de 292 752 euros sur lequel il paye des impôts comme tout citoyen de son pays. Encore n’est-il pas à plaindre puisque ce salaire est le quadruple de celui du Premier ministre.

Ces sommes sont si astronomiques, que l’on a du mal à imaginer ce qu’elles représentent. C’est pourtant simple, pour le smicard qui ne rate aucun match du PSG, le salaire mensuel du nouvel entraîneur est égal à ce que lui gagnera en quarante ans…

Je n’ai, pour ma part, jamais fait mystère de ce que je gagnais. Après avoir répondu à la question, j’ajoute toujours : « Je n’ai pas honte de ce que je gagne, si quelqu’un doit avoir honte c’est plutôt mon patron ! » C’est exactement ce que je pense pour Ancelotti ou Beckham dont il a aussi beaucoup été question au même PSG. Ni l’un ni l’autre n’ont à rougir d’avoir accepté de tels salaires. Ils auraient été idiots de les refuser ou de ne pas chercher à les faire grimper. En revanche, ceux qui sont prêts à les payer un tel prix ne semblent pas avoir une réelle conscience de la valeur des choses ; en quoi ils rejoignent les pauvres bougres prêts à se saigner pour accéder aux gradins des stades.

mardi 27 décembre 2011

Le mythe du 21 avril

Dix ans plus tard, à quelques mois près, on se rend compte qu’aucune leçon réelle n’a été tirée du cataclysme politique survenu le 21 avril 2002.

Le personnel politique, quel que soit son bord, et ses commentateurs se montrent incapables de regarder la vérité en face, de dépasser l’explication facile donnée ce soir-là.

Ainsi donc, on nous dit que pour les prochaines élections, Jean-Luc Mélanchon pourrait être le Chevènement du moment et faire perdre François Hollande, que François Bayrou pourrait de son côté être responsable d’un "21 avril inversé".

Depuis dix ans, la thèse officielle est que Lionel Jospin a perdu le premier tour de l’élection présidentielle "à cause de"… D’abord, ce fut à cause de Christiane Taubira avec ses 660 447 voix et 2,32 % de suffrages, mais c’était un peu raciste alors on s’est retourné contre Jean-Pierre Chevènement, ce qui était d’ailleurs plus logique puisqu’il avait obtenu 1 518 528 voix et 5,33 %. Mathématiquement, les deux raisonnements se tiennent puisque l’écart entre Lionel Jospin et Jean-Marie Le Pen n’était que de 194 600 voix, soit 0,68 %.

La seule explication, la vraie démonstration de ce vote, ce n’est pas que les "petits candidats" faussent le jeu démocratique – ils en sont la substance même ! – mais que Lionel Jospin était un mauvais candidat, qu’il n’a pas su convaincre les électeurs et n’a eu que le sort qu’il méritait. Sa lamentable gestion de cet échec cuisant en a été une preuve supplémentaire évidente.

Il est intéressant de voir combien le monde politique par ailleurs si nombriliste est incapable de se remettre en question et d’assumer ses erreurs. Si François Bayrou est présent au second tour face à François Hollande ou Marine Le Pen, on pourra valablement dire qu’il a fait chuter l’actuel président de la République. Sinon, dans l’hypothèse d’un second tour entre le PS et le FN, seul le locataire de l’Élysée sera responsable du rejet des électeurs, sentiment qu’il a soigneusement entretenu dès le soir de son élection.

Les électeurs sont libres de leur choix. On ne peut pas les insulter quand ils votent différemment de ce que l’on souhaite, dire qu’ils sont immatures, et leur tresser des couronnes quand on parvient à les manipuler dans le bon sens. Tantôt crétins, tantôt citoyens ? Si c’est tout ce que politiques et journalistes pensent de l’expression démocratique et du comportement républicain, c’est bien affligeant !

samedi 24 décembre 2011

Trinquons avec Peter Mayle

S’il est évidemment beaucoup question de vin dans Château-l’Arnaque, en bon gastronome, Peter Mayle ne se prive pas de quelques considérations sur les plaisirs de la table. Il nous indique au passage que la solitude au restaurant n’est pas si problèmatique que l’on voudrait bien le croire : « Dans le monde grégaire d’aujourd’hui, le dîneur solitaire est un personnage méconnu. Voire l’objet d’une certaine pitié, l’opinion populaire ayant du mal à accepter l’idée que l’on choisisse de s’attabler seul dans un restaurant bondé. Et pourtant, pour ceux qui supportent sans mal leur propre compagnie, une table pour une personne présente bien des avantages. Lorsque l’on n’est pas distrait par un autre, on peut accorder aux mets et au vin l’attention qu’ils méritent. » Cependant, si je suis prêt à le suivre sur ce terrain, en revanche j’avoue que j’ai davantage de mal à adhérer à la suite de la démonstration, dans laquelle il est question de tendre l’oreille aux conversations environnantes et d’observer le spectacle donné par les autres clients, de « considérer avec amusement et curiosité la mosaïque éternellement changeante du comportement humain. » (p. 74)

Il s’amuse au passage à égratigner la cuisine moléculaire dont on comprend bien qu’elle ne saurait satisfaire un homme qui aime les saveurs consistantes et par-dessus tout retrouver le goût de ce qu’on lui sert sans qu’il soit besoin d’un décodage permanent. Cela donne une scène tout à fait cocasse : « Ils avaient décidé d’essayer un restaurant follement branché de Santa Monica, un temple consacré aux extrêmes de la cuisine fusion et à toutes les audaces de l’expérimentation culinaire, un laboratoire gastronomique, à en croire un critique éperdu d’admiration. Ils auraient dû se méfier. On leur avait apporté une multitude de plats minuscules : certains arrivaient posés sur une cuillère à café, d’autres contenus dans un compte-gouttes. Les sauces étaient servies dans une seringue et un serveur aux manières affectées vous donnait des instructions précises sur la façon de déguster chaque plat. Plus le repas progressait, à pas de loup, d’un bijou comestible au suivant, plus Bookman devenait morose. Il de manda du pain et s’entendit répondre que le chef n’approuvait pas le pain avec sa cuisine. La patience de Bookman atteignit ses limites quand le serveur leur chanta les mérites du dessert du jour, une crème glacée d’œufs au bacon. C’en était trop : ils se levèrent et partirent chercher quelque chose à manger. » (p. 76)

On l’aura compris, à travers une histoire de vol de vin et d’enquête diligentée par l’assureur, le propos de l’auteur est de nous faire partager ses passions, n’hésitant pas au passage à nous glisser quelques adresses personnelles. Il s’amuse et le lecteur le suit du même pas. Pour le dire autrement, on peut considérer qu’il est Provençal d’adoption et qu’il le prouve an ayant la galéjade facile. On ne le lui reprochera pas !

jeudi 22 décembre 2011

Les héros de l’époque

Ce n’est pas nouveau. Déjà, dans l’Antiquité, quand le peuple grognait la solution consistait à lui proposer les jeux du cirque pour détourner son attention. C’est dire que les vieilles recettes sont souvent les meilleures !

Je me fais cette réflexion en rapprochant deux informations et l’exploitation qui en est faite. La première concerne la condamnation de Jacques Chirac et les supputations faites autour du retrait possible de sa Grand-croix de la Légion d’honneur. À cette occasion, j’ai entendu Christophe Barbier – Directeur de la rédaction de L'Express –, dire cette énormité sur Europe 1, que cette distinction ne devrait pas être donnée systématiquement aux hommes politiques mais qu’elle devrait être réservée aux héros qui ont représenté le pays, tels que les athlètes des différentes équipes de France… La seconde, information tient au buzz fait autour de l’arrivée de David Beckham au PSG pour un salaire mensuel de 800 000 euros avec deux voitures et deux chauffeurs, plus quelques autres "petits" avantages.

Ainsi donc, nous n’aurions d’autres modèles et d’autres héros que les sportifs ? À tel point qu’il est normal de les rémunérer de façon indécente et caricaturale !

Songeons au véritable prix de l’héroïsme. Il est rarement synonyme d’enrichissement personnel. Le général de Gaulle a-t-il tiré plus que la gloire de son action, lui qui avait fait installer un compteur électrique à son nom dans les appartements privés de l’Élysée et pour qui : « ceux qui ont eu l’honneur de servir la France n’ont que faire de récompense ou de remerciement » ?

Courir derrière un ballon n’a jamais fait avancer l’humanité d’un pas. C’est un exploit sportif et artistique, je le concède bien volontiers, mais il n’y a nul héroïsme là-dedans. Surtout si l’on met en jeu de telles sommes. Le propre de l’héroïsme est le désintéressement matériel en même temps que la noblesse du but à atteindre. Et par "but" il ne s’agit pas de parler de la cage d’un terrain de football.

mercredi 21 décembre 2011

À quels seins se dévouer ?

On parle beaucoup, depuis quelques jours, de prothèses mammaires de mauvaise qualité qui pourraient être à l’origine de cancers.

On apprend maintenant que le gouvernement s’apprête, d’ici la fin de la semaine, à recommander l’explantation de ces implants PIP à près de 30 000 femmes, au nom du principe de précaution. Huit cas de suspicion entraîneront donc une dépense considérable de la part de la sécurité sociale, avant même que le lien de cause à effet soit prouvé !

Il me semblait que ladite sécurité sociale se portait mal, que les Français dépensaient trop en matière de santé. Dans ces conditions, à quoi peut correspondre la dépense envisagée ?

La première question à se poser serait sans doute de faire le tri entre les prothèses qui ont été implantées pour des raisons purement esthétiques et celles qui l’ont été pour des raisons de reconstruction suivant un acte médical. La solidarité envers les malades est le principe même de la mutualisation du système de santé, le confort des bimbos n’en fait manifestement pas partie.

Il y a des maladies orphelines qui concernent plus de huit personnes dans notre pays et pour lesquels l’État n’investit pas dans la recherche. Les gens qui en sont atteints sont pourtant malades. Ici, il s’agit de dépenser sans même savoir si cela a une utilité réelle. Sans compter qu’une opération n’est jamais anodine et sans risque. On parle beaucoup du bénéfice/risque en matière de santé, comment justifie-t-on celui qui est envisagé dans cette affaire ? N’y a-t-il pas précipitation et agitation en la matière ?

samedi 17 décembre 2011

Rendre à Nietzsche…

Dans le septième volume de sa Contre-histoire de la philosophie, intitulé La construction du surhomme, Michel Onfray s’attache à faire le tri dans une œuvre falsifiée par la sœur du philosophe. Il s’agit de rendre à Nietzsche ce qui est à lui et d’écarter les textes qui lui sont faussement attribués, soit qu’il ait lui-même recopié des citations comme autant de notes qu’il n’eut pas le temps d’exploiter par la suite et qui sont agrégées à ses écrits sans guillemets ni références, soit qu’on y ait pratiqué des coupures qui en changent le sens, doits qu’ils soient totalement apocryphes. Il s’attache à montrer que la vision du "philosophe nazie" colportée par certains ne tient pas la route au regard des véritables écrits de Nietzsche et de la vie qu’il a menée.

À l’inverse, il commence son livre par la présentation d’un philosophe français, Jean-Marie Guyau, dont l’œuvre est loin d’être sans parenté à ses yeux avec l’idéologie de Vichy. Une façon de montrer qu’il est facile de se tromper de cible et que seule la paresse intellectuelle permet de perpétuer une telle erreur.

Le "surhomme" dont nous parle Onfray n’a rien à voir avec un géant bodybuildé à l’attitude fascisante. Il insiste sur la déviance totale d’interprétation du concept. Le "surhomme" de Nietzsche n’était rien de plus qu’un homme capable de se dépasser et aspirant à la Vie Sublime dans le siècle, qui a « compris que la volonté de puissance a les pleins pouvoirs, qu’il faut vouloir cette volonté qui nous veut, puis l’aimer pour accéder à une jubilation suprême. Une technique de sagesse à la portée de tous ».

vendredi 16 décembre 2011

Conjuguons…

Au moment où le centre prône l’union nationale, où il est question de conjuguer les talents de chacun, dans le même temps que d’autres parlent de conjuguer nos efforts, mon attention a été particulièrement retenue par une analyse de Renaud Camus dans Le Grand Remplacement. Il y déplore avec justesse une flagrante déliquescence de la conjugaison française dans le langage quotidien, quelles que soient les strates de la population.

Comment ne pas être d’accord avec son analyse : « Le langage n’est pas seulement un instrument de communication. Il est d’abord un instrument de perception. L’œil ne voit pas ce que l’esprit ne sait pas nommer. Le vocabulaire est un des moyens du regard. Il est aussi, et la syntaxe avec lui, un des moyens de la pensée. Moins nous avons de mots, moins nous sommes aptes à concevoir. Moins nous avons à notre disposition de modes et de temps, moins nous sommes aptes à réfléchir. » (p. 99) ?

La sagesse populaire ne dit-elle pas, devant certaines situations, « les mots me manquent » ? Les lieux communs sont souvent frappés au coin du bon sens.

Je me souviens d’avoir eu des instituteurs m’enjoignant de ne pas utiliser le passé simple dans mes rédactions. Or, je l’employais à bon escient et sans fautes ; mais le dogme était que c’était un temps trop difficile à manier. Plutôt que de s’y appesantir, on préférait l’escamoter.

Une fois de plus, les grands principes égalitaires ont abouti à un nivellement par le bas. Les grands objectifs se sont toujours heurtés aux partisans du moindre effort et nous constatons aujourd’hui l’ampleur de la catastrophe. On la vérifie dans le langage parlé, à la radio, à la télévision, dans la rue, en famille, et tout autant dans l’écrit, qu’il s’agisse des journaux, des blogs ou forums Internet, ou des livres édités dans les plus grandes maisons. De moins en moins de correcteurs compétents, donc de plus en plus de coquilles ou de fautes grossières. Où apprendra-t-on la langue si même les livres ne font plus foi ?

mercredi 14 décembre 2011

Habileté présidentielle

La réponse du chef de l’État à ses concurrents faisant campagne pour la promotion des produits français est intéressante. Elle est aussi imparable : mieux vaut en effet acheter des produits d’une marque étrangère fabriqués en France – on ne s’y ruinera pas, ils ne sont pas si nombreux ! – de préférence à des produits de marque française fabriqués à l’étranger.

Ceci dit, une fois que l’on a applaudi à cette vérité, on se demande où ce beau discours nous mène. Qu’a fait cet homme devant les délocalisations forcenées de l’Industrie nationale, y compris de la part d’entreprises au capital desquelles l’État est parti prenante ? Un examen des dépenses publiques permettrait-il de vérifier l’application de ce nouveau dogme de campagne ?

Allons, soyons sérieux ! Bien joué pour la pirouette, mais c’était le b-a-ba. Tout amateur de cirque confirmera que le clown doit savoir tout faire : équilibriste, jongleur et prestidigitateur. Ce n’est pas le plus dur de son métier, car en plus il doit faire rire. Et là, c’est loin d’être gagné…

lundi 12 décembre 2011

La liberté affranchie du remords

En attaquant ma lecture de la pièce de Jean-Paul Sartre, Les mouches, j’étais un peu inquiet. Pour tout dire, les mythes grecs, même revisités, sont loin d’être une passion pour moi. Dieu n’est pas ma tasse de thé, aussi on imagine ce que je peux ressentir devant des dieux multiples, entiers ou demis…

Mais ce drame dépasse le simple retour d’Oreste à Argos et la vengeance du fils d’Agamemnon. Derrière cet argument de départ, l’auteur développe une démonstration philosophique autour de deux axes principaux : le repentir et la liberté.

Après avoir assassiné Agamemnon, Égisthe a tenu la cité d’Argos par le repentir de ses habitants. Il a organisé une cérémonie annuelle au cours de laquelle les morts viennent hanter les vivant durant tout un week-end. La culpabilité intériorisée est la meilleure des chaînes pour que chacun se tienne tranquille. Or, lorsque Oreste revient, il trouve que la population est lâche, que les regrets qu’elle exprime sont un moyen trop commode de se défaire de ses crimes.

Alors qu’il pense repartir sans se faire connaître, le jeune héros rencontre sa sœur Électre et décide de rester afin de débarrasser Argos d’Égisthe et de sa complice Clytemnestre, veuve d’Agamemnon et donc sa propre mère.

Oreste a été élevé dans un esprit philosophique de liberté, il rejette les superstitions, ce qui ne laisse pas d’inquiéter Jupiter en personne qui sent que cette vengeance pourrait lui faire perdre l’ascendant qu’il a sur la cité. Il tente d’abord de le persuader de passer son chemin puis va trouver Égisthe pour le prévenir du danger et le pousser à anticiper le geste d’Oreste, mais en vain.

Oreste tuera donc Égisthe et Clytemnestre, assumant son crime sans remords et libérant ainsi Argos par ce double crime qui revient à endosser toutes les fautes de la cité. Jupiter ne sera perdant qu’à moitié car Électre ne résistera pas à la tentation du repentir. Son frère, quant à lui est seul, riche de sa liberté, sans dieu au-dessus de sa tête. Jupiter l’a dit à Égisthe : « Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres », c’est pourquoi il faut tout faire pour le leur cacher !

Cette pièce reste d’actualité. Elle est un appel à la résistance contre les mauvaises légitimations des régimes en place, les alliances entre pouvoir temporel et spirituel bien sûr, mais sans doute aussi les alliances plus modernes comme celles des pouvoirs politiques et économiques. Le geste d’Oreste, au-delà de la vengeance personnelle à laquelle il ne tenait pas plus que cela en arrivant à Argos, est le fondement libérateur d’une renaissance de la cité étouffée pendant quinze ans.

samedi 10 décembre 2011

Mouchée par un gosse

Une courte phrase est souvent plus efficace qu’un long discours. Les politiciens le savent mieux que quiconque. Ils se livrent souvent bataille à coup de ces "petites phrases" qui font le bonheur de la presse et des chansonniers, c’est un jeu auquel ils se livrent entre eux, en quelque sorte entre initiés. Mais il arrive que l’arroseur soit arrosé par un canal qu’il n’attendait pas. Michele Bachmann, homophobe virulente et candidate à l’investiture républicaine pour les élections présidentielles américaines de 2012 en a fait les frais la semaine passée en Caroline du Nord.

Alors qu’elle participait à une séance de signature de son dernier livre, une vidéo postée sur Internet montre un petit garçon de huit ans s’approcher d’elle et murmurer quelque chose d’inaudible. La candidate se penche alors verts l’enfant et lui fait répéter. Paralysé par le trac, il s’exécute et répète : « Madame Bachmann, maman est gay et elle n'a pas besoin d'être soignée. » Michele Bachmann s’est détourné sans répondre – sinon un « bye-bye » embarassé –, visiblement sans voix. Rester sans voix, c’est tout ce qu’on lui souhaite dans sa course à l’investiture !

jeudi 8 décembre 2011

Littérature d’enfermement

En lisant Le Bien du Mal, cinquième volume des Journaliers de Marcel Jouhandeau, je ne pouvais m’empêcher de faire une analogie entre cette œuvre et une émission de téléréalité dite d’enfermement. N’aurait-il pas en quelque sorte inventé le concept ?

Tout y est : un lieu clos dans lequel sont enfermés des personnages qui s’aiment ou se détestent, vivent les uns sur les autres entre indifférence et frictions… Des alliances se créent, qui se défont aussi vite. On passe du rire aux larmes, de la tendresse à la révolte. Même le découpage du récit s’apparente souvent au montage de postproduction de ces émissions dont il a beaucoup été question ces dix dernières années !

S’il y a bien un mélange d’exhibitionnisme et de voyeurisme dans la relation qui s’instaure entre l’auteur et son lecteur, nous devons toutefois noter une différence fondamentale entre cette littérature d’enfermement – morale autant que physique – et lesdits reality shows, celle-ci tient dans la haute qualité de langage et de style qui n’a rien de comparable à l’indigence des dialogues télévisés. En outre, il s’agit moins d’occuper le terrain du paraître que celui de la réflexion ; de pousser celle-ci au plus profond des êtres et des choses.

Jouhandeau m’agace parfois, notamment lorsqu’il trempe sa plume dans une moraline rancie, cependant il m’enchante toujours. L’agacement n’est au fond que la marque d’une infime déception de le voir céder trop facilement à une pente judéo-chrétienne prêchi-prêcha pourtant en totale contradiction avec bien des aspects de son propre comportement. Mais je dois admettre également qu’il lui arrive de me toucher lorsqu’il aborde certaines questions religieuses.

Au fond, ce qui rend cet homme si attachant, c’est le fait qu’il ne soit pas dupe de cette comédie qu’est la vie. Il nous livre plus d’une réflexion qui vaut d’être méditée, ainsi lorsqu’il affirme : « N’être bon à rien qu’à être bon, c’est quand on a tout fait, d’avoir encore tout à faire. » (p. 135)

mercredi 7 décembre 2011

Le cinéma à la conquête de la Californie

Parmi les grands romans historiques de Gore Vidal, Hollywood est indéniablement une réussite. Fleuve et foisonnant, ce récit mêle réalité et imagination pour brosser un tableau fascinant des États-Unis au début du siècle dernier, au moment où l’industrie du cinéma prend son essor tandis que de l’autre côté de l’Atlantique l’Europe est plongée dans une guerre dévastatrice.

Le roman commence en 1916, à la veille de l’entrée des États-Unis dans le premier conflit Mondial. Il suit parallèlement l’évolution politique de ce pays, les tractations électorales, les tensions au sein des Assemblées, et le développement d’un cinéma dont la puissance sera mise au service de la propagande militaire.

On croise ici les grandes vedettes de l’écran de l’époque, comme Douglas Fairbanks, Mary Pickford, Cecil B. De Mille, Charlie Chapelin, aussi bien que les principaux personnages de la vie publique, tels Woodrow Wilson, Franklin et Eleanor Roosevelt et l’on assiste à un fascinant ballet historique.

Un grand roman n’est pas là que pour nous dépayser, il pose également les jalons d’une réflexion sur des sujets de société, à la fois historiques et actuels. Ici, il est question de la naissance de la Société des Nations, des difficultés à faire aboutir un projet dans lequel le président Wilson mettait tout son poids, et qui sera vidé de sa substance. On voit également l’industrie cinématographique se faire une place de choix parmi les principaux leviers du pouvoir, à côté de la politique et de la presse et devenir un instrument de façonnage de l’opinion publique pour le meilleur et pour le pire. Un siècle plus tard, les choses sont-elles fondamentalement différentes ?

lundi 5 décembre 2011

Une question mal posée

L’attaque des socialistes contre les voyages présidentiels en province était faite sous un mauvais angle. La réplique était évidente et ne s’est pas fait attendre. Le tout est de bonne guerre, c’est dire qu’il s’agit d’une passe d’armes qui ne relève que de l’esbroufe, tant d’un côté que de l’autre.

Regardons les choses de plus près. Puisqu’il est évident que le président est candidat mais qu’il est tout aussi évident qu’on peut difficilement saucissonner son temps entre ces deux casquettes, sans doute pouvons-nous prendre les choses sous un angle plus objectif.

Un déplacement présidentiel en province revient en moyenne à 90 000 euros. En novembre, il y en a eu une quinzaine, soit 1 350 000 euros. S’il s’agit d’une moyenne mensuelle, cela représente annuellement 16 200 000 euros.

Nous sommes dans une période de crise monumentale. Chacun doit faire des efforts et le gouvernement de cesse de nous dire qu’il faut réduire les dépenses publiques en supprimant des fonctionnaires. À l’ère du numérique et de la visioconférence, on peut légitimement se demander si les balades du chef de l’État ne sont pas clairement inutiles. 16,2 ME, c’est déjà bon à prendre comme économie, non ?

On pourrait appliquer le même raisonnement aux ministres. Par exemple, on se demande bien la nécessité pour le ministre de l’Intérieur d’aller à Marseille au chevet d’un policier blessé. L’administration est une voie hiérarchique. Il lui suffisait d’appeler le préfet, qui aurait répercuté sur le directeur du SRPJ, qui aurait fait suivre au commissaire divisionnaire, qui en aurait touché deux mots au commissaire en charge du dossier, qui aurait délégué un inspecteur à l’hôpital. Quatre appels téléphoniques contre un déplacement pléthorique et dispendieux…

Je n’ai parlé ici que de fonctions, ne citant volontairement pas les noms de ceux qui les occupent, parce que cette remarque vaut pour maintenant autant que pour le futur. Il est temps que les économies se fassent à tous les niveaux. Les déplacements dont il est ici question n’ont d’autre but que l’entretien d’une image médiatique, ils ne sont d’aucun effet sur la marche du pays.

Un dernier détail : le président de la République est venu à Toulouse, reparti à Paris pour aller deux jours plus tard à Gimont dans le Gers. De Toulouse à Gimont, il y a 52 km ! On remarquera l’efficacité de l’organisation des voyages présidentiels. Si le chef de l’État n’a pas la possibilité de faire coïncider deux manifestations françaises, on imagine son pouvoir sur l’ordre du monde !

dimanche 4 décembre 2011

Trop (de) vieux ?

Je suis tombé par hasard – et avec une grande jubilation – sur un court texte de Régis Debray, publié en 2004, un an après la canicule. Présenté comme un rapport d’expert, Le plan vermeil se dit une Modeste proposition. C’est surtout un pamphlet très efficace sur la situation de la vieillesse dans un monde qui n’en tient que pour la jeunesse et le modernisme. Satirique et provocateur, l’auteur s’en donne à cœur joie et pousse à l’extrême des raisonnements dont on sent bien qu’ils sont déjà plus ou moins dans l’air du temps.

Derrière les sarcasmes et l’ironie, on sent bien que le but de Régis Debray et de nous secouer un peu de la torpeur indifférente qui est la nôtre face au vieillissement de la population dans une société entièrement axée sur la consommation. Il montre que, toute minoritaire qu’elle soit numériquement, la jeunesse tient le haut du pavé et impose un rythme trépident qui fait que nous sommes passés « d’un âge d’espérance à un âge d’impatience. »

Les seniors sont évacués de nos préoccupations. Inutiles, ils deviennent quasi-invisibles et peuvent mourir en masse dans l’ignorance la plus totale au cours d’un été trop chaud. Bien que numériquement forts, ils ne sont représentés par aucun lobby communautaire. Ainsi entend-t-on davantage parler des cinq cents morts annuels dus au sida en France que des quatre-vingt mille occasionnés par l’Alzheimer.

Puisque nous ne voulons pas voir ce phénomène, la proposition devient presque naturelle de créer un "Bioland" ? Il s’agirait de concentrer tous les vieux dans une zone géographique abandonnée, tel le plateau du Larzac, sur lequel seraient regroupées les structures d’accompagnement nécessaires. Ce serait une sorte de parc d’attraction pour personnes en fin de vie, dans lequel on leur apprendrait à ne pas s’accrocher inutilement et diminuerait ainsi leur espérance de vie pour la ramener à une durée plus raisonnable afin d’alléger la charge financière – retraites, structures médicales, etc. – que les plus âgés d’entre nous font peser sur la collectivité.

Le texte ne tranche pas entre électrochoc destiné au réveil des consciences et introspection sur le propre vieillissement de l’auteur, âgé de soixante-trois ans au moment de la rédaction de ce rapport explosif. Derrière cette vision négative outrancière de la vieillesse, se profile comme une évidence le rappel des valeurs positives qu’elle avait autrefois. Ce que l’on pourrait prendre au premier abord comme une entreprise de démolition est peut-être plus sérieusement l’amorce d’un vaste chantier de réhabilitation.

samedi 3 décembre 2011

Des gens de deux sortes

Dans la multitude et la diversité des gens qui nous entourent, il y a deux catégories qui se distinguent assez facilement : ceux qui vous accablent de leurs malheurs – grands ou petits, réels ou imaginaires – et ceux qui mettent un point d’honneur à vous les laisser ignorer.

J’espère mourir le sourire aux lèvres, assurant à ceux qui m’entourent que tout va bien et que demain sera encore meilleur. Non par optimisme, mais plutôt par souci d’élégance. À quoi bon parler aux autres des choses auxquelles ils ne peuvent rien changer ?

Beaucoup ne comprennent pas cette attitude. Ils sont même nombreux à me la reprocher. Pourtant, quand ça ne va pas et que je m’enferme dans le silence, plus que rares sont ceux qui essayent de prendre de mes nouvelles. Ce silence, ils ne s’en aperçoivent et ne me le reprochent que rétrospectivement. Comme s’il avait été unilatéral…

Pourquoi devrions-nous nous épancher ? À quoi correspond réellement la compassion ? Je me demande, pour ma part, s’il n’y a pas, caché derrière tout cela, une volonté plus ou moins consciente de se rassurer en voyant que d’autres ne vont pas bien non plus. Je crains qu’il y ait davantage de spontanéité dans les petits travers des hommes que dans leurs grands sentiments affichés. C’est un peu ce que disait La Rochefoucauld : « Nous aurions souvent honte de nos plus belles actions si le monde voyait tous les motifs qui les produisent. »

jeudi 1 décembre 2011

DSK : suite sans fin…

Depuis la mi-mai, il n’a pas dû se passer un jour sans que les initiales par lesquelles on désigne l’ancien patron du FMI n’apparaissent dans les médias. Plus souvent pour le pire que pour le meilleur.

Le revoici sur le devant de la scène avec une nouvelle théorie du complot. Celle soulevée fort à propos par un journaliste américain quelques jours à peine avant la sortie du second livre que Michel Taubmann consacre à DSK.

Des théories de complot, on pourrait en échafauder à la pelle. Si l’on se pose la question primordiale de savoir à qui profite directement le crime, le biographe lui-même apparaît en pôle-position pour peu que l’on fasse dans le cynisme…

Outre la déforestation à outrance de la planète, entre les journaux et les ouvrages consacrés à cette affaire – une plainte déposée par Eva Joly devant un tribunal international pour crime écologique majeur serait-elle envisageable ? – il n’y a pas grand-chose à retenir de cette histoire. Ce n’est qu’un vulgaire scandale sexuel. Rien de plus. Et la meilleure preuve c’est que le plus grand nombre s’en branle !