vendredi 31 décembre 2010

Les vieux de la vieille

Nous étions bien décidés à passer la soirée en riant. Loin des cotillons et autres flonflons des fêtes obligées, rien qu’entre nous quatre, petit comité et grande amitié…

En attendant l’heure des réjouissances, je me partageais entre les fourneaux où mijote tranquillement ma daube de sanglier aux cèpes, la préparation de mes cartes de vœux électroniques et mon tour d’horizon quotidien sur le Net. Le train-train d’une journée presque comme les autres.

Et puis, les informations glanées sur Internet m’apportent le premier vrai éclat de rire de cette journée. Je viens d’apprendre de Roland Dumas (88 ans) et Jacques Vergès (85 ans) vont défendre Laurent Gbagbo en concentrant leur stratégie sur une attaque en règle de la France. Me Vergès indique déjà que son client « est devenu un symbole » en ce qu’il « représente une Afrique nouvelle, une Afrique qui ne s’incline pas […] et c’est ça qui est intolérable pour les dirigeants français. »

De son côté, l’ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand précise : « Nous allons faire un Livre blanc et puis nous allons prendre la défense des autorités en place […] Plus nous avançons, plus nous savons qu’il y a eu des fraudes au deuxième tour des élections. »

Les prochaines semaines et les prochains mois risquent d’être à la hauteur de ce que nous promettent ces deux vieux de la vielle, prêts à en découdre pour leur client comme deux garnements espiègles.

jeudi 30 décembre 2010

La liberté part en fumée

Lors de mon voyage à Madrid, il y a quelques années, j’avais été marqué par le fait que là-bas les bars et restaurants affichaient en vitrine leur appartenance à la catégorie "fumeur" ou "non-fumeur". Je trouvais cette idée magnifique, bien supérieure à la stupidité française qui veut toujours légiférer sur tout. Il appartenait à chaque client de décider quel établissement il voulait fréquenter et cela réglait à mon avis le problème des mauvais coucheurs de chaque camp.

Je le dis d’autant plus volontiers qu’il y a un peu plus de dix-huit ans que je ne fume plus et que je fais profession d’aider les personnes désireuses de s’affranchir de leur addiction au tabac grâce à mes talents de magnétiseur. Je conçois qu’on puisse n’être pas fumeur et que la fumée des autres puisse déranger, mais je ne conçois pas que les problèmes de tabagisme passif ne puissent pas trouver de solutions négociées au cas par cas et nécessitent que le législateur intervienne pour tout interdire… sauf la vente des cigarettes qui rapporte trop au budget de l’État pour qu’on y touche !

Eh bien, c’en sera fini de cette spécificité espagnole dès dimanche prochain. Par un revirement historique – autant qu’hystérique – ce pays aura même la palme en matière de dureté de loi antitabagique en Europe.

Pour certains, ceci est indéniablement une avancée démocratique. Pour moi, c’est un recul. L’interdiction primant sur le dialogue raisonné, ce n’est rien d’autre que le recul de la démocratie. Certes, aujourd’hui ceux-ci applaudissent à cette restriction d’une liberté individuelle qui ne leur plaît pas, mais lorsque l’on s’attaquera demain à l’une de leurs, quelle tête feront-ils ? Je crains qu’à trop réagir en individualistes, nombreux aient un réveil douloureux un prochain matin.

À ce propos, en ces périodes de fêtes, il est bon de savoir que le prochain cheval de bataille de l’Europe est l’interdiction du gavage des oies et autres canards. Avis aux amateurs de foie gras…

mercredi 29 décembre 2010

L’homme de l’année

En ces derniers jours de 2010, les médias cherchent à nous imposer celui qui, pour eux, est l’homme de l’année. Nous ne sommes pas obligés d’être d’accord avec eux, nous avons nous aussi notre mot à dire.

En ce qui me concerne, il me semble que la palme peut parfaitement revenir à Jérôme Kerviel, condamné le 6 octobre à cinq ans de prison dont trois fermes et 4,9 milliards d'euros de dommages dans l’affaire dite de la Société Générale.

Je voterai bien, personnellement, pour sa canonisation. St Kerviel, patron des lampistes !

Certes celui par qui le scandale est arrivé, mais surtout celui qui permet à tout le monde d’en ressortir plus blanc. Si ce type est le seul responsable, alors il faut lui offrir la place de ministre du budget et des finances, car un homme capable de déjouer tous les systèmes les plus sophistiqués de contrôles bancaires et boursiers est un crac… Oui, un Krach aussi, je vous l’accorde…

En d’autres termes, face aux gagne-petit qu’on nous propose, j’aurais tendance à préférer celui-ci qui a perdu gros et ébranlé un système trop sûr de soi, qui n’a pas su ou voulu voir les écueils contre lesquels il devait se briser un jour ou l’autre.

mardi 28 décembre 2010

Les enfants trinquent

De tous les contes de Noël dont la télévision nous a abreuvés à satiété – et même au-delà, jusqu’à l’écœurement – toutes chaînes confondues, ma préférence va sans conteste à celui qui n’était pas prévu au programme. Je veux parler de cette histoire hallucinante d’un enfant de dix ans retrouvé par son grand frère, au bord du coma éthylique, non loin de leur domicile.

Une bouteille de vodka pour Noël, voilà un cadeau ingénieux ! Visiblement, le copain qui l’a fait boire n’a pas eu le même genre de problème à l’arrivée. Reste à savoir où il s’était procuré la bouteille : larcin chez les parents ou achat à un tiers ?

Le parquet de Dunkerque a ouvert une enquête contre X « pour mineur en danger », mais au-delà des questions judiciaires que cette affaire soulève, c’est une réflexion de fond qui est à mener sur un phénomène que les médias ont aimé stigmatiser chez nos voisins Anglais mais que nous ne leur envions plus : les jeunes s’alcoolisent de plus en plus tôt et de plus en plus fort. Si la seule réponse que nous puissions apporter est répressive, je doute que les choses rentrent dans l’ordre. D’autant qu’en France les campagnes publicitaires pour les vins et spiritueux ont toujours été mieux faites et plus efficaces que celles pour la prévention des risques liés à l’alcoolisme…

lundi 27 décembre 2010

Remboursez !

Il est des spectacles qui atteignent si peu leur public que les gens dans la salle se sentent floués et se mettent en colère, chahutant et hurlant « Remboursez ! Remboursez ! » pour bien marquer à quel point tout ce qu’on leur a donné à voir et entendre est une escroquerie. Ceci est vrai d’ailleurs aussi bien du spectacle vivant que d’un film de cinéma, mais je ne pensais pas que cela puisse s’appliquer à un livre. Or, il faut bien le dire, avec Formules enrichies, Mara Goyet a parfaitement réussi ce tour de force de produire un opuscule qui nous pousserait bien à renvoyer tout cela à la figure de l’éditeur en exigeant le remboursement.

La couverture porte en sous-titre Les mots et les choses d’aujourd’hui. On suppose qu’il y a là une recherche de la caution de Michel Foucault, mais il serait vain de chercher un rapport quelconque avec son œuvre. On pourrait penser à Barthes aussi ou à Muray comme nous y invite l’auteur(e) dans son avant-propos, pourtant là encore…

Non seulement ces 136 pages sont inintéressantes au possible, mais ce qui est pis et inacceptable, c’est le degré d’écriture ! Ce ne sont que « con », « chier », « merde », « putain », « salope », ou assimilé à quasiment toutes les pages. Si c’est là tout l’enrichissement des formules, mieux valait rester pauvre !

La collection Café Voltaire des éditions Flammarion nous avait habitués à des petits livres de réflexion agréables à lire parce que bien écrits tant sur le plan du style que sur celui des idées à confronter. Ici, il n’y a rien de tout cela. Peut-être l’auteur(e) a-t-elle voulu traiter son sujet d’une façon humoristique, cherchant à prendre un langage d’jeune, au bout du compte elle n’arrive qu’à un pensum pour le lecteur. On s’accroche jusqu’au bout, espérant glaner quand même, ici ou là, quelques perles – même de culture – mais c’est en pure perte.

Même quand elle parle d’homophobie, elle est à côté de la plaque. Pour elle, le fait que des adultes s’en prennent à un enfant qui en a traité un autre de « pédé » en disant de lui qu’il est homophobe revient à assigner le rôle d’homosexuel à la victime : « Les adultes ont ainsi décidé de l’orientation sexuelle d’un enfant de onze ans : oui, il est homosexuel, victime d’agression homophobe et nous le défendons contre la bête immonde. Il s’était fait "traiter" de "pédé" et le voilà orienté. » (p. 71) C’est faire preuve d’une méconnaissance totale de ce qu’est une agression homophobe. Il a toujours été précisé que l’agresseur s’en prend à la victime en raison de son orientation sexuelle « réelle ou supposée. » Traiter un hétérosexuel de pédé est une agression homophobe au même titre que si la victime était effectivement homosexuelle.

Oui, remboursez ! Tout ceci est par trop écœurant. C’est vraiment se « foutre » de la « gueule » du lecteur.

Allez, affaire classée ! Classement vertical, bien évidemment…

dimanche 26 décembre 2010

Et la séparation ?

C’est sans aucun doute du mauvais esprit de ma part, et on sait bien la délectation qui est la mienne à pratiquer ce genre de sport, cependant j’avoue que j’ai été quelque peu irrité en regardant les 500 choristes de TF1 hier soir.

Je savais déjà que la chaîne ne pratique pas la séparation entre le pouvoir et elle, mais il m’a semblé qu’elle franchissait un pas supplémentaire en mettant à mal le principe de laïcité et les plus récentes lois sur les signes ostentatoires.

En effet, nous imposer Les Prêtres et Mgr di Falco tout au long la soirée, c’est peut-être un peu beaucoup. Il devait y avoir un message subliminal là-dessous. Heureusement que ce n’est pas une chaîne publique… quoiqu’elle le soit certainement au sens de "fille publique". Et là encore elle met à mal bien des textes sur le racolage !

samedi 25 décembre 2010

Noël

Je n’aime pas Noël. Peut-être ai-je été émerveillé lorsque j’étais un jeune enfant par cette période factice au cours de laquelle les vitrines des boutiques se faisaient plus clinquantes pour attirer le chaland, sans doute ai-je eu peur aussi de ces gros hommes déguisés de rouge, barbe blanche et bonnet ridicule ? Et puis après ?

Noël c’est le grand mensonge des parents qui se croient intelligents et vous grondent ensuite dès que vous essayez d’arranger la vérité à votre sauce. C’est une fausse trêve, un armistice factice : il est bien rare qu’avant la nuit du 25 décembre les claques ne tombent pas ou qu’une gueulante ne soit pas poussée.

Qui est content à Noël ? Probablement personne. Ni les parents parce qu’ils ont dépensé trop, ni les enfants parce qu’ils n’ont pas eu tout ce qu’ils demandaient, encore moins les commerçants parce que le chiffre est forcément mauvais… A-t-on jamais vu un commerçant satisfait de sa recette ? C’est aussi impossible qu’un paysan heureux de sa récolte. Y’a des professionnels du mécontentement, faut s’y faire !

Non, décidément je n’aime pas Noël et son cortège de repas interminables, d’enjouement contraint. Je trouve cela lugubre et à peu près aussi tentant qu’une semaine en club de vacances. Peut-être serait-ce différent si j’étais croyant ; encore que je ne pourrais qu’être révulsé par le mercantilisme qui a dévoyé cette date.

Vivement demain que ce soit fini !

vendredi 24 décembre 2010

Clermont-Ferrand – Beverly Hills

Au petit matin, allumant mon ordinateur, je constate que mon blog a été visité deux fois depuis minuit. L’une de Clermont-Ferrand, l’autre de Beverly Hills. Je veux bien croire que le patronyme Herment-Sauvagnat puisse aboutir sur une recherche faite en Auvergne à une cinquantaine de kilomètres des deux bourgs qui le composent, mais je suis assez dubitatif quant aux motivations d’un(e) internaute Californien(ne) à visiter les pages Web d’un Frenchee anonyme.

C’est tout le mystère d’Internet, savoir comment et pourquoi l’on tombe sur telle page plutôt que sur une autre. Il arrive qu’il se produise d’heureux hasards et, si l’on oublie de noter la bonne adresse, de ne jamais retomber dessus. Le plus souvent, on perd du temps à chercher quelque chose qui se retrouve noyé dans une masse d’informations qui ne nous intéressent pas une seconde.

Il serait sans doute passionnant de se pencher sur ce phénomène qui voit les gens les plus impatients habituellement, rester collés à leur écran et parcourir la Toile sans jamais montrer de signe d’agacement comme ils en manifestent dans les files d’attente des magasins ou des cinémas. Il y a là un dérivé des lois de l’attraction, à n’en pas douter !

De Clermont-Ferrand à Beverly Hills, en passant par tous les continents, les principales capitales ou les plus petites bourgades, Internet pourrait bien être un grand briseur de solitudes, pourtant je me demande s’il n’en est pas aussi un fantastique générateur. Fenêtre ouverte sur le monde, ne nous pousse-t-il pas davantage à rester bien au chaud chez nous, plutôt qu’à sortir y voir de plus près ?

jeudi 23 décembre 2010

Le prix de la truffe

On sait que le diamant noir n’est pas à la portée de toutes les bourses, il fait rêver sur nos plats festifs et les gourmets se "contenteraient bien" d’une omelette aux truffes pour un casse-croûte pris sur le pouce. Ceux qui n’en ont jamais mangé fantasment et son souvent déçus quand on leur en sert.

La truffe est un champignon qui se mérite, on en apprend le goût et les saveurs petit à petit, rien à voir avec ces trucs blancs qui poussaient naguère dans les carrières de craie parisiennes et que l’on peut mettre à toutes les sauces. Rien à voir non plus avec ces éclats noirs que l’on voit décorer foies gras et volailles demi-deuil aux vitrines de certains magasins et dont on ne sent pas le goût une fois en bouche.

La truffe est un joyau rare et cher. Ceux qui n’ont ni truffière ni les moyens de mettre plusieurs mois de salaire sur un kilo de champignons, sont parfois tentés d’aller se servir au pied du chêne. Ceci explique que les trufficulteurs, souvent excédés, sont amenés à faire des rondes nocturnes sur leur propriété pour décourager les amateurs noctambules. Les histoires qui se racontent sur le sujet sont légion, on en trouve quelques-unes, savoureuses, dans l’œuvre de Peter Mayle. Mais il arrive aussi que tout cela tourne au drame.

Lundi dernier, un jeune agriculteur a abattu un père de famille du village voisin, connu pour diverses affaires de vol, alors que celui-ci se trouvait sur sa propriété, armé d’un piochon à truffes. On voit bien ici que le célèbre champignon ne fait pas que dans le demi-deuil et que son prix peut rapidement devenir excessif.

mercredi 22 décembre 2010

Première critique

La passion de l’écriture est chez moi antérieure à celle de la lecture. Mes premiers textes étaient des nouvelles dont la longueur variait et qui, si l’histoire tenait la route, péchaient par le style et l’orthographe.

J’écrivais pour moi et gardais ces textes secrets, parce que j’avais bien conscience de ma carence orthographique et en éprouvais une certaine honte. Elle ne me gênait pas pour écrire, ne me freinait pas dans mon élan, mais je savais qu’un lecteur extérieur me jugerait sur cela avant même de s’attacher au contenu.

Ma première tentative romanesque date de l’année 1976. Elle ne dépassa pas le titre – Le crime de Montargis – et l’élaboration des trois personnages principaux, mais ce fut le déclic d’où devait partir toute ma production future.

Trois ans plus tard, j’achevais une nouvelle à laquelle j’attachais beaucoup d’importance. Écrite en style narratif direct, L’attente racontait quelques jours de la vie d’une famille suspendue au verdict médical qui devait suivre l’opération de la mère atteinte d’un cancer. À travers les yeux de la fille aînée, on pouvait suivre l’évolution psychologique de chacun, père, frère cadet et benjamine. Il y avait l’angoisse de la situation, l’agacement de la jeune fille devant la nonchalance affectée de son frère, mais aussi l’espoir suscité par le béguin qui était en train de naître entre elle et l’un des meilleurs amis du frère.

Bien sûr, cette nouvelle avait un point de départ réel : le cancer de la mère d’une de mes amies et ma passion pour le copain de son frère, mais tout le reste était une transposition de mes propres fantasmes devant la maladie et la mort annoncée. Le résultat était à mon avis digne d’être soumis à une critique extérieure, aussi me laissais-je convaincre par une camarade de lycée de lui confier la vingtaine de pages dactylographiées de mon tapuscrit.

À vrai dire, je ne me souviens plus quelle fut sa réaction, ni si elle exprima un avis. En revanche, je revois avec exactitude le jour où elle me rendit la chemise bleue dans laquelle était serré mon texte. C’était un début de matinée ensoleillée, dans le couloir du premier étage du lycée, devant la porte de la salle de Maths. Elle me dit qu’elle s’était permise de faire lire la chose à son père et que celui-ci lui avait demandé si je n’étais pas pédé. Je ne voyais pas bien le rapport entre ma sexualité – tenue parfaitement secrète à ce moment-là – et une telle nouvelle, aussi Viviane m’expliqua-t-elle que la question était motivée par le fait que le texte était écrit au féminin. J’étais trop abasourdi par tant de balourdise pour en rire. Ainsi donc, un homme ne pourrait pas écrire une histoire racontée du point de vue d’un personnage féminin sans encourir le risque d’être assimilé à un homosexuel ? Si j’avais voulu aborder cette histoire sous le biais du chien de la famille, à coup sûr on aurait pu me croire zoophile ! Peut-être avait-il lu le titre trop vite, transformant L’attente en La tante ?

Je ne sais pourquoi j’ai repensé à cette histoire ce matin au réveil, trente et un ans après. L’attente dort quelque part dans un carton d’archives, mais son contenu est encore présent à ma mémoire bien que je n’aie pas eu l’occasion de relire ces pages depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui, plus personne n’ignore que je suis homosexuel et pourtant depuis ce jour-là je n’ai plus écrit au féminin. Cette première critique, pour ridicule qu’elle ait été, n’est sans doute pas étrangère à cela. J’avais seize ans, j’étais mal dans ma peau et l’on venait de me coller une étiquette d’autant plus effrayante qu’elle était hors contexte.

Je n’ai jamais su quel métier exerçait le père de Viviane. Je me souviens qu’elle était une fille assez sophistiquée, habillée avec une certaine recherche, ce qui laisse supposer qu’elle était d’une classe sociale entre moyenne et supérieure. Son père devait être cadre ou ingénieur et avoir le niveau intellectuel qui correspond à ce type d’emploi. Sa réaction est d’autant plus incompréhensible.

mardi 21 décembre 2010

Cinéma

Le cinéma, en tant que salle de spectacle, m’attire de moins en moins. Je reste un grand amateur de films, cependant je ne supporte plus ces lieux de projection devenus toujours plus grands, plus bruyants, plus chers, gavés de publicité et qui en outre hésitent entre le statut de salle de spectacle et de fast-food. J’aime trop ma tranquillité pour supporter toutes ces nuisances bien longtemps. Quand on en arrive à ne plus pouvoir se concentrer sur le film à cause des spectateurs qui ont tendance à prendre le lieu pour le dernier salon où l’on cause, il faut savoir ne plus insister.

Bien sûr, tous les cinéphiles diront qu’un film est fait pour être vu sur grand écran, dans une salle spacieuse et impeccablement sonorisée. Je ne le conteste pas, seulement il me semble que ce qui est plus indispensable encore c’est le confort et la réceptivité du spectateur. Or, dans les conditions que j’ai dites, confort et réceptivité n’ont plus de sens pour moi. C’est un peu comme si la salle de cinéma était devenue un concentré de tout ce qui me hérisse en ce bas monde. Ceux qui n’ont pas connu les vieilles salles de quartier, à une époque où l’émerveillement était encore possible, où les spectateurs n’étaient pas blasés avant même d’acheter leur billet, ne peuvent pas comprendre ce genre de nostalgie.

Les complexes "méga" n’ont rien été d’autre que des amplificateurs de désagréments. C’était inévitable. La rentabilité des établissements a exigé l’augmentation du prix des places, celle du quota de publicités projetées avant le film et l’introduction du pop-corn et des boissons gazeuses en gobelets gigantesques. La multiplication du nombre de places, de son côté, ne pouvait qu’aboutir proportionnellement à celle des incivilités et du sans-gêne.

Dans ces conditions, je préfère attendre quelques mois et voir le film en DVD, acheté chez un soldeur au prix de la place de cinéma, seul ou en petit comité…

lundi 20 décembre 2010

À l’épreuve des faits

Je pensais qu’il n’était pas si compliqué que cela de se passer d’une automobile, surtout lorsque l’on réside dans une grande ville dotée de moyens de transports en commun et qu’il y aurait bien des avantages à se séparer de sa voiture, ce serait avant toute chose une fantastique source d’économies (entretien, essence, assurance, parkings…). Mais de la théorie à la pratique, il faut bien avouer qu’il y a tout un monde.

Après quatorze ans de bons et loyaux services, mon véhicule vient de me lâcher brusquement. Le montant des réparations devient trop conséquent au regard de la valeur du bien qui n’est même plus quotté à l’argus. Il ne reste plus que la solution de trouver une nouvelle auto, ce qui n’est pas aussi simple qu’il y paraît au moment où tout le monde joue la montre pour bénéficier des derniers jours de la prime gouvernementale.

Depuis jeudi, je suis donc tributaire du véhicule qu’une bonne âme veut bien me prêter lorsqu’elle ne l’utilise pas. C’est dire que je ne suis pas entièrement libre de mes mouvements, qu’il me faut ajuster mes rendez-vous en ville sur les siens. Les transports en commun, c’est bien beau, mais ce n’est pas si pratique que cela en définitive. Surtout si l’on doit trimballer avec soi une encombrante table de massage pliante. Et puis l’on se rend compte, quand on en a vraiment besoin, que le maillage du réseau n’est pas aussi exhaustif qu’on veut bien le dire. Sans parler de la cadence des rotations suivant les lignes, ni du fait que nous sommes en période de vacances scolaires et universitaires, ce qui réduit d’autant les fréquences de passages sur certaines lignes de bus !

Les meilleures résolutions du monde se heurtent souvent à l’épreuve des faits. Nous pouvons avoir de grandes idées, une volonté réelle de dépasser les contingences auxquelles nous ne sommes que trop habitués, nous ne contrôlons pas tous les leviers qui nous permettraient d’aboutir à nos fins. Il faut avoir l’humilité de le reconnaître, d’autant que nous protestons souvent contre ceux qui voudraient feindre de croire que l’on peut atteindre en ce monde au "risque zéro" et que nous n’avons pas à être soumis à des aléas qui nous dépassent.

Un vieux dicton affirme que « l’homme propose et Dieux dispose », c’est une façon confortable de voir les choses. Mais pour qui ne croit pas à une instance supérieure, l’axiome reste vrai ; nous proposons mais ne disposons que très rarement. Il y a le hasard, la nécessité, les conjonctions, et tant d’autres événements qui s’imposent à nous qu’en définitive il est bien rare que tout se passe comme nous le souhaitions ou l’avions prévu. C’est peut-être mieux ainsi, au fond ? À quoi ressemblerait l’homme si tout était écrit et tracé dès le départ, si rien ne venait jamais infléchir un tant soit peu son parcours ? Il n’aurait pas plus de vie qu’un objet assemblé tout au long d'une chaîne de montage, sur laquelle il avancerait sans à-coup, à un rythme régulier et monotone.

L’épreuve des faits, n’est sans doute rien d’autre que la preuve de la vie. Une sorte de preuve par neuf, incontestable.

dimanche 19 décembre 2010

Conneries de Parisiens

Le père Charles allait sur ses quatre-vingt-dix ans, le plus lentement possible et parfois d’une démarche hésitante, mais pour le reste il y allait en pleine forme. Ce n’est plus le travail aux champs qui l’accablait, à part houspiller son fils et sa bru, gueuler après les chiens, critiquer les dernières acquisitions de bétail, il n’avait plus grand-chose à faire à la ferme, mais il savait encore s’occuper, se rendre utile ou faire comme si… Ses petits-enfants pensaient de lui que c’était un vieux con, c’était dans l’air du temps. Eux ne s’enterreraient pas ici toute une vie, Jonathan n’en avait que pour la musique et se faisait virer de tous ses boulots pour incapacité à arriver à l’heure les lendemains de concert, Amandine finirait un jour ses perpétuelles études et se déciderait à épouser un garçon aisé ou à entrer dans l’administration fiscale. Bref, elle irait où se trouve l’argent facile. Tous deux n’avaient jamais compris la passion du vieux pour ses terres, ses bêtes, les horaires impossibles et les vacances inexistantes.

La vie s’écoulait sans heurts particuliers pour lui depuis que sa femme l’avait quitté un matin d’été, au chant du coq. Elle s’était levée, avait allumé le feu de bois dans la vieille cuisinière Rosières, réalimenté la fontaine dans laquelle l’eau se tiendrait chaude toute la journée, préparée la cafetière, sorti deux bols et s’était effondrée dans un bruit de vaisselle brisée. C’était il y a vingt ans. Elle ne lui manquait pas plus que cela. Ils avaient vécu un demi-siècle côte à côte, eu un fils, élevé des quantités de veaux, trait des milliers de litres de lait, s’étaient aimés au début et haïs à la fin. Une vie normale en somme.

Charles n’était pas mauvais bougre, il était d’un autre temps, moins sophistiqué que celui d’aujourd’hui. On y valorisait le travail plus que les loisirs, à tel point que le chômage y était quasi inexistant. On allait à pieds en sabots et il y avait moins de morts sur les routes. La vie était certainement plus saine, mais il avait su se faire aux avancées technologiques. Le tracteur Pony avait remplacé les deux bœufs et désormais son fils avait un de ces mastodontes à cabine climatisée et gadgets dernier cris. Dans les années cinquante, il avait eu une Aronde qu’il avait maintenue aussi longtemps que possible et qui pourrissait maintenant sous un arbre dans le pré derrière la maison, son fils avait aujourd’hui un 4x4 impressionnant. Lui ne sortait plus beaucoup au-delà de la cour de la ferme. Il ne voyait plus grand monde non plus depuis que l’épicier, le boucher et le boulanger ne faisaient plus la tournée avec leurs camionnettes respectives. Alors il tuait le temps, avant que celui-ci ne le tue à son tour, en regardant la télévision. Ça lui faisait une compagnie. À son âge, on n’a plus beaucoup de copains à voir, soit qu’ils sont aussi peu mobiles que vous, soit qu’on a fini par se fâcher pour une histoire sans importance, soit le plus souvent qu’ils sont morts et enterrés.

Ces derniers temps, le père Charles s’amuse beaucoup devant le petit écran. Il s’amuse et il peste contre ce qu’il appelle les "conneries de Parisiens". Figurez-vous que la France entière est en train de découvrir qu’il neige en hiver ! Que voulez-vous, depuis le temps qu’ils nous serinent qu’il n’y a plus de saison, il fallait bien que cela arrive. Et vous verrez qu’à ce train-là, nous aurons trop chaud en été ! Même le Premier ministre parle de la neige et du beau temps depuis Moscou, accusant ceux qui font la météo d’en être responsables. « En voilà un qui a dû en faire des études pour dire autant de bêtises », grince-t-il devant le poste. Pas besoin d’avoir fait l’ENA pour savoir qu’il n’y a qu’une chose à faire au moment du bulletin météo : aller pisser un coup.

Chaque soir, le père Charles sort dans la cour au moment du bulletin météorologique et il pisse dru, le nez dans les étoiles pour peu qu’il y en ait. Nul besoin d’une carte satellite, de l’annonce de la position de l’anticyclone ou des relevés de températures, il sait le temps qu’il fera demain. On voit le temps à sa fenêtre comme on y voit midi, la météo est probablement l’émission la plus bête du PAF, comme ils disent. Il faut les voir, présentateurs et présentatrices, déplorer la pluie de demain ou se féliciter des températures "au-dessus des normales saisonnières". La pluie est nécessaire à la vie, aux cultures, au bétail et aux hommes, trop de chaleur est nuisible à l’ensemble. Ce n’est pourtant pas compliqué à comprendre !

La vérité est qu’il y a encore des saisons et c’est là tout ce qui les embête. Tous, ils voudraient un été perpétuel ; avec un peu de pluie la nuit, mais que ce soit sec au matin. Les cons ! « Putain, c’est bien des conneries de Parisiens », s’emporte-t-il en se resservant un canon de rouge.

Toute sa vie il s’est adapté au temps, suivant son rythme, respectant les cycles et les lunes. Il a suivi la sagesse des anciens, de ceux qui lui avaient appris à connaître la nature qui le ferait vivre et à la respecter. Oh ! pas un respect au sens écolo-gogo, mais une complicité de tous les jours, un donnant-donnant qui convenait aux deux. Quand il neigeait, il restait à la ferme où il trouvait enfin le temps de réparer ce qui devait l’être et se trouvait en souffrance dans la remise ou bien à fendre du bois pour qu’Ernestine n’ait qu’à puiser selon ses besoins. Quand la terre était détrempée il attendait qu’elle sèche ; quand elle était trop sèche et craquelée, il attendait qu’il pleuve. C’était peut-être un cul-terreux le père Charles, mais il savait une chose que tous les citadins se sont empressés d’oublier : la vie est une patience. Son âge en est une preuve supplémentaire.

samedi 18 décembre 2010

Quelle mémoire ?

À l’occasion du procès de Klaus Barbie, Alain Finkielkraut s’interrogeait dans La Mémoire vaine sur la partition entre crime de guerre et crime contre l’humanité ainsi que sur la portée d’un tel procès devant l’Histoire.

La définition qu’il donne du crime contre l’humanité est on ne peut plus claire : « C’est le sens, la portée tout à la fois ontologique et judiciaire de la notion de crime contre l’humanité que de rétablir entre l’homme et le crime le lien rompu par la machine technico-administrative, et que de le rappeler, en traitant comme des personnes les rouages de l’appareil nazi, que le service de l’État n’exonère aucun fonctionnaire d’aucune bureaucratie, ni aucun ingénieur d’aucun laboratoire, de sa responsabilité d’individu. » (p. 24), pourtant on sent bien que cela ne suffit pas. Derrière les définitions, il y a toujours d’autres enjeux. Ce livre le montre bien.

Les crimes du nazisme se sont banalisés au fil du temps, on l’a vu avec l’apparition des thèses négationnistes de la fin des années soixante-dix. Il est donc nécessaire d’organiser la mémoire collective, mais en prenant soin de se prémunir contre l’écueil que constituerait la manipulation en lieu et place de l’organisation.

Le procès Barbie était l’occasion de donner la parole aux survivants, cependant celle-ci a été tronquée par la présentation médiatique qui en a été faite, toujours futile et spectaculaire.

Tirer les crimes de Barbie de l’oubli était une chose nécessaire mais non suffisante. Cela a permis de s’interroger sur la hiérarchie des crimes commis, entre ceux qui étaient prescrits et ceux qui ne l’étaient pas, d’affiner la notion de crimes contre l’humanité et de la remettre d’actualité. En revanche, le spectacle qui en est résulté n’était sans doute pas à la hauteur de ce que pouvait en attendre la Mémoire. Ce n’était peut-être qu’une vaine comédie. Tragique et douloureuse, certainement, mais vaine au bout du compte.

Ce livre remet les choses en perspectives et montre que l’insignifiance du grade de Klaus Barbie ne peut pas être une excuse car c’est le professionnalisme et la docilité de chacun des rouages insignifiants de la machine qui a provoqué le pire. Rien n’est excusable car l’excuse déresponsabilise. Il fallait que le châtiment soit exemplaire afin que nul ne puisse plus jamais s’abriter derrière l’écran de fumée des ordres reçus et exécutés sans faille. Au-delà de la responsabilité des chefs, c’est la culpabilité de chaque niveau de la hiérarchie qu’il s’agit de dénoncer : « La découverte de quelques grands criminels ferait plus de mal que de bien si elle devait servir de prétexte à l’octroi pour tous les autres d’un non-lieu général » (p. 41) Car il ne faut pas oublier qu’« Un peuple tout entier a été, de près ou de loin, associé à l’entreprise de la gigantesque extermination ; un peuple unanimement groupé autour de son chef qu’il avait maintes fois plébiscité avec frénésie, à qui il confia tant de fois son adhésion enthousiaste, en qui il se reconnaissait. » (p. 45)

jeudi 16 décembre 2010

Suicide

Nous nous trouvons particulièrement démunis devant la mort volontaire des gens qui nous sont proches, quel que soit leur âge. Cet acte n’est pas plus acceptable de la part d’une personne mûre que de celle d’un enfant, contrairement à ce que nous ressentons face à la mort naturelle selon l’âge du défunt.

Nous ne comprenons pas, nous cherchons des explications même si la personne a laissé une lettre, un mot, un signe. Ce n’est rien d’autre au fond qu’un sursaut égoïste de notre part, nous nous sentons agressés dans notre torpeur quotidienne, nous nous insurgeons et voulons juger de haut la victime que nous transformons en criminel. Nous nous sentons bêtement coupables et pensons n’avoir d’autre issue que d’accuser le mort d’avoir failli, de s’être dérobé.

Non, le suicide n’est pas l’expression de la pire des lâchetés comme le pensent certains. C’est au contraire l’aboutissement du plus grand courage. Il en faut pour mettre fin à ses jours et plonger dans l’inconnu, avec le risque d’échouer et toutes les complications que cela implique.

J’ai toujours eu la tentation du suicide, mais jusqu’à ce jour elle a été constamment contrebalancée par ce que j’appellerai « la volonté morbide de savoir jusqu’où aller plus loin, descendre plus bas… »

On est bien loin d’un dernier espoir de voir s’arranger les choses. Il n’y a là qu’une curiosité désespérée. Chacun trouve sa flamme où il peut, ce peut n’être qu’une veilleuse ou un feu furieux mais qu’elle s’éteigne et il ne reste plus que la cendre, une poussière que le vent balaiera à jamais.

mercredi 15 décembre 2010

Un amical portrait

En complément à toutes les biographies que l’on aura pu lire, avec Jean Genet, menteur sublime, Tahar Ben Jelloun nous offre un récit vivant et nuancé, en même temps que très amical, de sa relation avec Jean Genet. Une relation qu’il a lui-même bien du mal à qualifier, tant elle était soumise au contrôle et au bon vouloir d’un homme somme toute insaisissable.

Dans les douze dernières années de sa vie, nous découvrons un Genet entièrement concentré sur son combat au côté des Palestiniens et se passionnant pour les luttes révolutionnaires du moment – Zengakuren au Japon, Black Panthers aux USA, Fraction armée rouge en Allemagne –, reniant presque son œuvre littéraire et ne conservant qu’un peu de considération pour une œuvre théâtrale qui lui rapporte des revenus réguliers. Détaché également des choses du sexe et particulièrement critique à l’égard des homosexuels militants qu’il méprise.

Genet continu à entourlouper tout le monde, promettant l’écriture de tel ou tel scénario, pièce ou livre contre une confortable avance ou une invitation à se mettre au vert quelques mois et ne livrant rien, considérant que sa parole ne vaut pas contrat écrit. Il disparaît et réapparaît à sa guise, convoque qui il veut voir mais n’est joignable de personne. À Paris, il vit dans un petit studio que lui prête Alexandre Bouglione, meublé à minima afin de ne pouvoir être saisi par quelque huissier qui le poursuivrait. Il n’a pas de compte en banque, mais se promène avec des liasses de billets dans ses poches fermées par une épingle à nourrice de sûreté.

Il y a aussi son attachement pour Mohamed, son amitié pour Leila Shahid, l’écriture de son dernier ouvrage Un captif amoureux qui se fait dans l’urgence d’une mort qui approche à grand pas, victoire d’une maladie qu’il a voulu cacher à tous le plus longtemps possible.

Ce portrait est un véritable hommage, dans lequel la complaisance n’a pas de part. Tahar Ben Jelloun n’a pas été dupe des petits travers d’un homme qui l’avait choisi sans qu’il sache très bien ni pourquoi ni quelle était la place qui lui était attribuée dans le cercle restreint des "intimes" si ce mot avait un sens…

Un livre à dévorer. Et ce n’est pas ma chienne qui dira le contraire, la garce !

mardi 14 décembre 2010

Les dessous d’un dresscode…

Une polémique est née à la suite de la publication par la banque suisse UBS d’un document de 44 pages instituant un dresscode complet à l’usage de ses employés.

En soi, que des banquiers doivent revêtir une sorte d’uniforme afin de véhiculer l’image de leur entreprise n’a rien de choquant. On pourrait en revanche s’interroger sur le fait que ladite entreprise ne fournisse pas l’uniforme requis et que celui-ci soit à la charge de chaque salarié, mais après tout c’est une question qu’il appartient aux syndicats de négocier.

Ce qui retient l’attention en revanche, c’est le ridicule auquel atteint ce document en allant jusque dans les moindres détails, prodiguant des conseils parfois totalement infantilisants. Même les sous-vêtements ne sont pas laissés à la libre appréciation de ceux qui les portent. À l’attention des hommes, il est précisé : « Pour des raisons esthétiques et d’hygiène, ainsi que pour des questions de bien-être général, nous vous recommandons de porter un maillot de corps. Choisissez vos sous-vêtements de façon à ce qu’ils soient fonctionnels, ne se voient pas par-dessus vos vêtements, ni ne se devinent par-dessous. […] Les sous-vêtements doivent exclusivement être fabriqués à partir de tissus de qualité supérieure, être facilement lavables mais également rester en bon état au bout de plusieurs lavages. » (p. 36) S’agissant de la lingerie féminine, sont énumérés les « Coloris acceptés pour les collants et mi-bas : gris, noir, anthracite. » (p. 23)

Il est permis de se demander si, à ce stade, la chose ne relève pas du harcèlement. En quoi les dessous – par définition non visibles – relèvent-ils d’une prescription de la hiérarchie d’un employé ?

En tant que client, j’attends avant tout de mon banquier qu’il ait des compétences. Il y a longtemps que j’ai compris que l’habit ne fait pas le moine et que sous les apparences les plus austères se cachent parfois les pires dépravations. Que je sache, Bernard Madoff n’était pas du genre jean et chemise hawaïenne, ça ne l’a pas empêché d’être un bel escroc !

lundi 13 décembre 2010

Phallométrie

L’Agence des droits fondamentaux de l’Union Européenne (FRA) a mis en lumière une pratique pour le moins bizarre de la République tchèque. Dans le cadre des demandes d’asiles formulées à la suite de persécutions homophobes, alors que la plupart des états membres se basent sur des entretiens avec la personne faisant la demande, les Tchèques ont recours à des examens "phallométriques" destinés à vérifier l’homosexualité des prétendants au droit d’asile.

La pratique de ces examens consiste à faire visionner un film pornographique hétérosexuel au demandeur dont le pénis a été préalablement équipé de capteurs destinés à mesurer l’alimentation sanguine. S’il n’y a pas de réaction face aux scènes projetées, on obtient la preuve de l’homosexualité de la personne. Il s’agit en somme de la récupération des vieux procédés de thérapies répulsives.

On croit rêver ! Personne ne s’est demandé si le fait pour un homme – quelle que soit son orientation sexuelle – de se retrouver équipé de capteurs et de se sentir surveillé ne risque pas d’entraîner une inhibition de sa libido. En quoi l’absence de réaction à un pseudo-stimuli peut-elle permettre d’affirmer l’homosexualité ou l’hétérosexualité du sujet ? C’est tout simplement grotesque !

Au-delà du grotesque, c’est également une pratique inhumaine et dégradante même si ces tests ne sont pas réalisés sans le consentement écrit du requérant comme le précisent les autorités tchèques ; d’autant plus, comme le souligne la FRA, que nombre de ces hommes « ont déjà subi des mauvais traitements en raison de leur orientation sexuelle et sont donc particulièrement traumatisés par ce genre d'exposition ».

Il y a une chose que l’on voudrait voir mesurer avec une précision toute scientifique, c’est la connerie humaine. Mais j’ai bien peur que même la fameuse échelle de Richter n’y suffise pas, tout extensible qu’elle soit…

samedi 11 décembre 2010

Des souris et des homos

Certaines recherches scientifiques ne laissent pas de me déconcerter. Je ne comprends pas très bien leur finalité ou n’ose pas la comprendre. Ainsi de cette information parue récemment dans le journal Biology of Reproduction, qui annonce que des scientifiques américains se sont servis de cellules souches afin de produire des souris à partir de deux mâles. Selon eux, cette technique pourrait permettre de sauver des espèces en voie de disparition.

Ces chercheurs texans affirment qu’en faisant varier leur technique, « il serait aussi possible de générer du sperme à partir d'un donneur femelle et produire des mâles viables et des rejetons femelles avec deux mères ».

S’ils admettent que le chemin sera long avant de pouvoir appliquer ce procédé aux humains, les auteurs de cette étude pensent que leur technique pourrait trouver une utilisation afin de permettre la reproduction entre homosexuels. Une nouvelle forme d’homopharentalité pourrait ainsi voir le jour prochainement, alors même que les formes actuelles ne sont que rarement prises en compte par les États. On imagine déjà les polémiques qui agiteront notre pays…

Tout cela me laisse assez perplexe. Cependant je suppose que c’est dans la logique des choses. On a commencé par créer des OGM sur les plantes et les animaux, il n’y avait aucune raison que l’on ne s’attaquât pas à l’homme. Tout ceci a un arrière-goût de Meilleur des mondes qui n’est pas pour me réjouir. À force de vouloir repousser toujours plus loin les limites, ne finirons-nous pas par nous faire un mal irrémédiable ? Les manipulations génétiques chez les plantes s’accompagnent de leur stérilisation afin que les semenciers gardent le contrôle du marché, qui contrôlera la reproduction humaine et dans quel but ? Le contrôle n’est jamais très joli à l’arrivé, je le crains…

vendredi 10 décembre 2010

On a le droit de ne pas aimer

Il y a la pensée unique, le politiquement correct et toutes sortes de modes qui s’imposent comme des valeurs réelles alors qu’elles ne sont rien d’autre que l’expression d’un manque de jugement personnel. C’est affligeant et révoltant. Mon plus jeune fils vient d’en faire d’un même mouvement la découverte et les frais.

Alors qu’il venait de terminer le premier trimestre de sa sixième avec une moyenne excellente et les félicitations du Conseil de classe, il vient d’échouer lamentablement à une interrogation écrite de Français portant sur la lecture des Contes du chat perché de Marcel Aymé. Il n’a su répondre qu’à la première question et a séché totalement sur les autres. Sa mère en a fait une montagne, amplifiant l’épisode qui déjà le désolait.

La vérité est qu’après avoir lu le livre, il ne lui en restait rien. Et je le comprends. C’est absolument sans intérêt. Je n’ai jamais rien lu d’aussi inintéressant que cet indigeste pensum qu’on a voulu m’imposer lorsque j’avais son âge. Il faut arrêter avec ce snobisme qui consiste à aduler des livres sous prétexte que ça se fait. Un autre de ces ouvrages insipides pourtant portés aux nues : Le Petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Quelle merde ! Rien à sauver là-dedans. Mal écrit, pas d’histoire, à la limite un graphisme, mais pour ma part je cherche encore le chef-d’œuvre. On sait déjà que pour compléter la trilogie, je coulerai volontiers la barque de Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome, dont je n’ai jamais réussi à lire ne serait-ce que le premier chapitre jusqu’au bout…

Je ne dis pas que c’est moi qui ai raison, j’affirme simplement que chacun a le droit d’avoir sa propre opinion et de ne pas aimer. Pourquoi faudrait-il être obligé de se montrer admiratif devant une œuvre, quelle qu’elle soit ? Parce que le plus grand nombre sacrifie à cette adulation ? Mais à tel compte, il faudrait admirer les dictateurs plébiscités au motif qu’ils ont été portés au pouvoir par le plus grand nombre…

Les listes de livres au programme des différentes classes ne m’ont jamais porté à la lecture, j’ai toujours préféré faire mon propre chemin et résister à ces sirènes aux voix éraillées à force d’entonner sempiternellement le même chant. J’ai sans doute fait des impasses impardonnables, mais fais en revanche tant de belles découvertes qui ont compensé cela. Par exemple, si Les Contes du chat perché m’ont écœuré, Marcel Aymé m’a enchanté dans son théâtre avec La Tête des autres.

La lecture est un plaisir qui ne supporte pas la contrainte. Tant que le système scolaire n’aura pas compris cela, il n’aura rien compris. Il faut donner aux jeunes de tous âges le goût d’ouvrir des pistes plutôt que de leur donner l’impression qu’il n’y a rien en dehors des voies tracées, des plats insipides qu’on leur sert toujours froids. La passion est une chaleur, un mouvement éruptif, une génération spontanée tellement éloignée des ratiocinations molles et automatiques de professeurs qui ne croient même plus à ce qu’ils disent à force de le répéter.

Il s’agit moins d’imposer les classiques que de donner le goût à tous de les découvrir. Il faut développer le sens critique de chacun, apprendre à aimer par soi-même plutôt que se soumettre au goût d’autrui. Il n’est pas question de rejeter La Princesse de Clèves au profit du moindre opus de Marc Lévy, mais d’affirmer qu’on a le droit de préférer le second pour peu que ce soit pour de bonnes raisons et pas seulement pour le chiffre de ses tirages. Le plus grand des best-sellers peut être la pire des œuvres alors qu’un authentique chef-d’œuvre peut n’avoir qu’un tirage confidentiel. Tout cela est évident. Il faut aimer une œuvre avec son cœur, quand la raison s’en mêle la partie est déjà perdue : on n’aime plus vraiment, on apprécie et c’est tiédasse. Le cadavre sera bientôt froid…

jeudi 9 décembre 2010

Vingt ans après

Si Alexandre Dumas a publié Vingt ans après, l’année suivant Les Trois Mousquetaires, Scott Turow, lui, a bien mis vingt ans pour nous livrer la suite des démêlés de Rusty Sabich et Tommy Molto. Et nous voyons que le temps n’a pas effacé la rancœur du second à l’égard du premier, même s’il a appris à faire preuve d’une certaine prudence dans l’art des poursuites engagées. Entre eux, nous le savons depuis Présumé innocent, il y a le meurtre de Carolyn Polhemus pour lequel Rusty Sabich a été innocenté.

Vingt ans ont donc passé et Innocent toujours, nous raconte les nouveaux ennuis de celui qui est devenu juge principal à la cour d’appel de Kindle Conty et candidat à la Cour suprême. Il se réveille un matin à côté du cadavre de Barbara, sa femme. Pendant une journée, il ne prévient personne, fait le ménage dans la chambre, veille la morte. Il n’en faut pas plus à Jim Brand, le bouillant second de Tommy Molto, pour flairer un nouvel homicide.

S’en suit un imbroglio judiciaire et humain dans lequel nous voyons que les faits les plus anodins peuvent se retourner contre nous suivant l’interprétation qu’on en fait. Avec patience, les deux procureurs vont avancer leurs pièces dans l’ombre afin d’obtenir une inculpation pour meurtre. Le titre de l’ouvrage nous annonce dès la couverture que Rusty est toujours innocent, mais que s’est-il passé ? Barbara est-elle morte de mort naturelle ou y a-t-il eu une overdose médicamenteuse comme le prétend l’accusation ? Et si tel est le cas, était-elle volontaire, accidentelle ou criminelle ?

Scott Turow poursuit son œuvre avec maestria. Il est le maître incontesté du polard judiciaire. Il sait, mieux que quiconque, mettre en lumière la façon dont tournent les rouages d’une justice très complexe à laquelle il a voué sa vie professionnelle. Ce livre fait partie de ceux qu’on a du mal à lâcher une fois qu’on les a dans les mains. Une véritable réussite.

mercredi 8 décembre 2010

Promotion canapé

Ce n’est un secret pour personne qu’en politique aussi la promotion canapé est un bon moyen d’arriver à ses fins. Il est malgré cela surprenant de voir une femme la revendiquer et s’insurger de n’y avoir pas accès.

En vérité, la polémique entre Marine Le Pen et Michel Drucker n’est rien d’autre que cela. Elle veut faire partie du club, lui ne veut pas lui ouvrir les portes. Et quand on connaît la couleur du fameux canapé, on comprend que ce soit le bordel cette histoire !

Au-delà du rire, il n’empêche que les arguments avancés par la demanderesse ne sont pas dénués de sens. Émission du service public, Vivement Dimanche ne devrait pas faire de discrimination. Après tout, en quoi l’extrême gauche serait-elle plus fréquentable que l’extrême droite et pourquoi la première aurait-elle droit de siéger – Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon y ont eu droit – et pas la seconde ? D’un autre côté, Drucker ne présente pas une émission politique et à ce titre il n’est pas tenu d’inviter tous les représentants de partis.

On comprend bien qu’il ait des raisons personnelles pour ne pas désirer la venue de Marine Le Pen, tout comme il n’avait pas reçu son père, mais on ne voit pas très bien comment peut se terminer cette polémique. Si le Conseil supérieur de l’audiovisuel impose Marine Le Pen sur son plateau, Michel Drucker peut très bien faire jouer la clause de conscience. Dans ce cas, il y aurait une émission avec un autre présentateur – voir plusieurs nouveaux si toute l’équipe décidait de faire jouer la même clause – et ce ne serait plus Vivement Dimanche, donc l’impact serait moindre que celui initialement espéré. En revanche, dans l’hypothèse où Drucker présentait malgré tout l’émission, elle ferait certainement un record d’audience car tout le monde serait curieux de voir comment il se sortirait de cette situation.

Encore une fois, et quel que soit le résultat final de cet échange musclé, le Front National aura su occuper le devant de la scène médiatique tout en se plaignant de n’en faire pas partie. Une vielle recette, maintes fois réchauffée, ce qui ne la rend que meilleure. La véritable question est de savoir comment faire pour ne pas tomber indéfiniment dans le panneau.

mardi 7 décembre 2010

Tiens, j’ai un cœur…

Ce sont mes détracteurs qui vont être déçus : j’ai un cœur. Et en plus il va très bien, pas prêt de me lâcher si j’en crois le cardiologue consulté ce matin. Putain ! deux mauvaises nouvelles d’un coup…

J’ai toujours été persuadé que je claquerai un jour d’un coup, la tête dans mon assiette, sans souffrance et sans m’en apercevoir. Mon grand-père paternel faisait de l’angine de poitrine, ce qui aurait dû l’emporter si une bombe anglaise ne s’en était chargée à quelques jours du débarquement ; mon père est mort brutalement d’un infarctus postérieur massif, dont on ne meurt habituellement pas, c’est dire si mon pronostic a des chances de se réaliser.

On m’avait d’ailleurs conseillé de me faire suivre régulièrement, après le décès de mon père, mais je me suis montré sur ce point d’une totale négligence. Quinze ans plus tard, il m’a semblé que c’était le moment de faire un geste en ce sens. J’ai donc consulté. Le cardiologue n’a pu que constater que tout allait bien et que je ne semblais pas particulièrement inquiet. À quoi bon ?

Ma petite mécanique va donc poursuivre sa route sans trop d’accrocs. Tant pis pour ceux qui lorgnent sur mon assurance-vie ou ceux que je dérange.

lundi 6 décembre 2010

Chiche !

La Confédération générale des Petites et Moyennes Entreprises a annoncé que certains commerçants pourraient ne plus diffuser de musique dans leur établissement pour protester contre la hausse d’une taxe reversée aux artistes-interprètes et producteurs.

Il y a longtemps que je n’avais pas lu une aussi bonne nouvelle ! Enfin nous aurons la paix en faisant nos courses dans les magasins, nous pourrons déjeuner en toute tranquillité dans notre restaurant préféré, sans avoir à subir ce tintamarre ambiant contre lequel nous ne pouvions rien et que nous supportions tant bien que mal.

Alors je dis "chiche !", allez-y, fermez vos transistors, coupez vos lecteurs de CD et foutez-nous la paix une fois pour toutes. En quoi le silence reposant vous fait-il si peur ? La musique pousse à l’achat ? Eh bien, décidément, je ne suis pas fait comme tout le monde. Moi, elle me donne envie de fuir. Je préfère encore les odeurs de tabac à cet insupportable bruit de fond, quasi-systématiquement inharmonieux dans le contexte. Même les morceaux dits de "relaxation" finissent par me scier les nerfs dans les boutiques vantant un prétendu retour à la nature…

Chiche, chiche, chiche ! Que la Sacem et la Spré augmentent un peu plus leurs taxes et qu’on en finisse une fois pour toutes. Mais j’ai bien peur qu’en matière de "musak", cette menace de la CGPME ne soit que du… pipeau !

dimanche 5 décembre 2010

Derrière les mots…

Je tique souvent sur le glissement de sens de certains mots qui rend l’usage de ceux-ci à la fois aléatoire et inefficace, brouillant le message que l’on voulait véhiculer, créant un décalage entre l’émetteur et le récepteur. Je m’aperçois qu’au-delà de cela, le vocabulaire et la syntaxe sont révélateurs de la personnalité de celui qui les emploie et de la manière avec laquelle il en fait usage. Révélateurs du milieu, bien sûr, et pas simplement au niveau culturel. Mais ceci n’est pas le plus intéressant. D’autant que les apparences peuvent être trompeuses. Combien parmi ceux qui se veulent l’élite, manient une langue pauvre en mots et riche en constructions fautives !

Je connais bien des personnes, d’un faible niveau d’études, dont le langage vaut mieux que celui de la majorité des journalistes et présentateurs télé, ou de bien des leaders politiques de ce pays. Ils possèdent assurément un vocabulaire moins étendu, mais savent en user à bon escient et se faire comprendre parfaitement. Il est reconnu que le nombre de mots dont nous nous servons dans le langage quotidien est assez restreint au bout du compte. Quelques centaines suffisent pour peu qu’on sache les assembler correctement.

Assistant à une conférence avant-hier, j’ai été particulièrement affligé par la pauvreté de la langue de l’oratrice. Vocabulaire quasi inexistant, syntaxe aussi improbable qu’invraisemblable. Peu importe le sujet traité, ce qui était à retenir c’était l’irrespect de la conférencière vis-à-vis de ceux qui étaient venus l’écouter. Elle traitait son sujet autant que son auditoire, par-dessus la jambe. Il fallait se pincer pour le croire. Mais le plus drôle était sans doute que cette personne était persuadée d’être excellente dans sa prestation.

On pourrait croire qu’elle avait choisi délibérément de n’utiliser que des mots simples de manière à se mettre à la portée du plus grand nombre, ce serait sans doute louable, quoiqu’un tantinet prétentieux, mais ce n’était manifestement pas le cas. Tout dénonçait un manque de préparation, une improvisation pour laquelle elle n’était pas prête.

De plus en plus, les gens veulent exister par la parole. Il s’agit pour eux de la monopoliser afin d’occuper l’espace, de se pousser en avant. Le plus souvent ils n’ont pas d’autre but que cela. Entendons par là qu’ils n’ont pas de projet plus concret, que cette prise de pouvoir ne vise pas à la transmission d’un message essentiel, ou à la mise en branle d’un plan plus vaste. Comme si parler n’était qu’une manière parmi tant d’autres de faire du bruit. Le silence est tellement préférable dans ces conditions !

samedi 4 décembre 2010

Ardi gasna

Il y a des formules magiques, dans les contes orientaux, qui ouvrent grand les portes dérobées des grottes dans lesquelles les voleurs cachent leur butin. Qui ne connaît pas le fameux « Sésame, ouvre-toi ! » d’Ali Baba ? Eh bien, il existe en gastronomie de tels mots de passe pour l’accès au plaisir. « Ardi gasna » est de ceux-là. Ceux qui aiment le fromage de brebis de grande qualité ne pourront qu’être d’accord avec moi.

Découpé en fines tranches pour lui garder toute sa saveur, servi avec une cuiller de confiture de cerises d’Itxassou, ce fromage est le meilleur des desserts, la façon la plus parfaite de clore un bon repas. On peut éventuellement se passer de la cuiller de confiture, mais c’est une hérésie que de vouloir le servir avec une fade pâte de coing espagnole, insipide et sans le moindre goût, dont même la texture n’apporte rien.

Ardi gasna est une promesse de délices qui ne supporte pas les à peu près de la cuisine maniérée. Il n’est adepte que de simplicité et de pureté, comme les pâturages et les brebis qui l’ont fait.

vendredi 3 décembre 2010

À chacun sa banderole

Le tribunal de Bobigny juge cinq supporters du PSG pour avoir déployé une banderole composée de onze panneaux de 5 mètres, sur laquelle était inscrit : « Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch'tis », au Stade de France en mars 2008. Banderole qui est restée visible durant trois minutes.

Les prévenus sont jugés pour "provocation à la haine ou à la violence lors d'une manifestation sportive" et risquent une peine d’un an de prison, 15 000 euros d’amende et une interdiction de stade de cinq ans.

Ce qui était une blague de très mauvais goût semble avoir largement dépassé l’intention initiale des auteurs. On se souvient de l’émoi qu’avait provoqué l’incident, d’autant plus qu’il avait été filmé et relayé en direct à la télévision.

Ce qui retient mon attention dans ce procès, ce sont les propos des parties civiles, entendus hier soir à la radio. En gros, ils disent qu’il n’est pas anodin de traiter quelqu’un de pédophile, que c’est un crime. Je veux bien les croire. Encore que je me demande s’il n’y a pas des degrés…

Voici cinq jeunes désireux de participer à l’ambiance contestable d’un stade de football, qui veulent se moquer des gens du Nord dont ils trouvent sans doute qu’on parle trop après la sortie du film de Dany Boon, le mois précédent. Ce n’est pas malin, c’est une mauvaise blague de potache. Qu’on leur interdise l’accès à un stade est sans doute suffisant. Mais que dire d’un président de la République qui traite les journalistes de « pédophiles » en pleine conférence de presse ? Eh bien, rien. Pour le moment je n’ai entendu personne faire le rapprochement. Si j’étais l’avocat d’un de ces jeunes je ne me gênerais pas pour en parler. Si l’insulte est une plaisanterie dans la bouche du premier personnage de l’État, elle ne peut être un crime dans celle de jeunes supporters excités. Il est vrai que le président, lui, est constitutionnellement reconnu irresponsable…

jeudi 2 décembre 2010

La France côté cour

Dans De l’esprit de cour, Dominique de Villepin montre comment chaque époque et chaque monarque ont eu la cour qu’ils méritaient. La dérive curiale n’est pas un hasard, de même que, si elle est inscrite dans le caractère des hommes, elle n’est pas non plus une fatalité ou une nécessité.

Bien sûr, on s’attend à la lecture de ce livre à une charge contre l’actuel président de la République, mais cet ouvrage est bien plus sérieux que cela. Le locataire de l’Élysée ne vaut pas plus que les quelques pages qui lui sont consacrées à la fin et montrent avec brio que là aussi il a poussé à un glissement des choses puisqu’il est lui-même animé d’un esprit de cour : « Pour la première fois, le pouvoir se confond avec la cour. Mieux, le pouvoir se fait cour. Voilà le paradoxe. Nicolas Sarkozy n’est pas tant le monarque offert aux regards que le premier des courtisans, qui s’épuise dans l’art de séduire l’opinion, qu’il a érigée en nouveau souverain en lieu et place du peuple. » (pp. 206-207)

Il y a dans ces pages une belle analyse de La malédiction française qui veut que les serviteurs de l’État passent plus de temps à se servir plutôt qu’à le servir. Chacun étant plus soucieux de ses prébendes et des honneurs qu’il pourrait s’attirer que de travailler au bien de tous. S’il est un peu rosse, j’ai beaucoup aimé le développement sur la présidence de Valéry Giscard-d’Estaing et notamment le côté puéril de cette anecdote : « Sa présidente est également passée à la postérité par son observation sourcilleuse d’un protocole qui l’amenait par exemple à se faire servir avant certains de ses hôtes, choquant à juste titre ses visiteurs et nous couvrant, à travers lui, de ridicule. Le constat est d’autant plus accablant que cette mise en scène d’un autre âge voisine avec une volonté criarde de proximité qu’illustrent les "dîners" chez les Français ou l’invitation à petit-déjeuner des éboueurs, sans oublier bien sûr les solos d’accordéon. » (p. 167)

L’ambition de ce livre et d’éradiquer « notre virus curial en le sortant de l’ombre où s’il s’épanouit pour le jeter dans la lumière, qu’il craint plus que tout. » (p. 222) Sans doute est-ce un vœu pieux, une belle utopie, mais c’est aussi un défi qui mériterait que chacun s’attache à le relever parce que, dit Villepin, « La France respire en grand quand le défi en faut la peine. » (p. 222)

mercredi 1 décembre 2010

Un tramway nommé Délire

Je crois qu’on se souviendra longtemps de la mise en chantier du tramway de Toulouse. Une gabegie monumentale depuis la première heure. Un tracé primitif qui s’arrête à Blagnac sans passer par l’aéroport pour ne pas faire d’ombre au lobby des taxis, puis la décision d’y prolonger la ligne dans une seconde tranche qui coûtera plus cher que si on l’avait fait dès le départ. Rien que pour cette raison, les contribuables devraient pouvoir poursuivre les décisionnaires pour "dilapidation de l’argent public". Ils ont bonne mine, après cela, de se gargariser de "développement durable" à longueur de discours !

La cerise sur le gâteau, c’est tout de même l’annulation de l’inauguration pour cause de grève. Saluons pour une fois la décision de distribuer les petits-fours aux associations, plutôt de les mettre à la poubelle, et tâchons d’oublier la facture colossale de ce non-évènement…

Tisséo n’a plus qu’une solution pour s’en sortir dignement : ne pas céder à ses employés. Le concept d’une grève avec revendications salariales avant même d’avoir commencé à prendre son service est nouveau et inacceptable. Quant à la menace de renoncer à leur polyvalence, que la direction en prenne acte et considère cela comme une démission pure et simple, tout en se retournant contre les démissionnaires pour leur faire rembourser le prix des semaines de formation.

J’ai souvent montré ici que je suis davantage enclin à soutenir les grévistes qu’à les combattre ou stigmatiser leurs mouvements. Là, je ne peux pas les suivre. Il y a des causes qui sont défendables, d’autres qui ne le sont pas. La leur fait manifestement partie des secondes.

Pour tout dire, le versement de la prime de lancement (300 euros) étendu à l’ensemble du personnel reviendrait à rejoindre le clan des élus gaspilleurs, ce ne serait que la poursuite de la dilapidation de l’argent public. L’argent de nos impôts. Quant au surcroît de responsabilité du fait du nombre de voyageurs transportés dans une rame par rapport à celui contenu dans un bus, on peut légitimement se demander si le fait de circuler sur des rails dans des couloirs réservés ne le compense pas, face à des chauffeurs confrontés à un trafic anarchique et des stationnements en double ou triple file tout au long de leur parcours.

Le prix du ticket a déjà pris une claque cet été, on est en droit d’attendre un retour sur nos investissements. Cela semble en tout cas une question de bon sens.