lundi 31 décembre 2007

La commission ad hoc, mon capitaine !

Ce qui va sans dire va toujours mieux en le disant, comme chacun sait. C’est sans doute pourquoi la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l’Éducation a diligenté deux enquêtes similaires – l’une auprès de 7 688 élèves de CM2, l’autre auprès de 5 856 de leurs aînés de 3e – portant sur l’apprentissage de l’histoire, de la géographie et de l’instruction civique, d’où il ressort qu’une bonne connaissance du français est indispensable à l’apprentissage des autres disciplines ! Je me demande bien qui pouvait en douter, à part quelques technocrates en mal de se faire mousser ?
Ces deux enquêtes s’inscrivent dans la perspective d’« évaluations-bilans » par disciplines scolaires en fin de primaire et fin de collège, qui ont été engagées depuis 2003 avec l’étude sur la « compréhension écrite et orale ». Renouvelées tous les six ans, ces enquêtes doivent permettre de suivre l’évolution du « niveau des élèves. » Les résultats publiés en 2008 porteront sur les sciences et les mathématiques. On voit mal comment les conclusions pourraient être différentes et en quoi les matières scientifiques nécessiteraient une moins bonne maîtrise de la langue véhicule de l’enseignement.
Quoi qu’il en soit, les résultats de ces études sont proposés dans le langage jargonnant cher à l’Éducation nationale et il y a fort à parier que si l’on en proposait la lecture aux élèves-cobayes, les résultats sur la compréhension d’un texte seraient encore plus catastrophiques que ce qu’ils sont déjà.
La vraie question est donc : ayant constaté un affaiblissement du niveau élémentaire de la langue chez nos chères têtes blondes, dans la mesure où l’on n’a pas trouvé pour l’heure le moyen d’y remédier, ne faudrait-il pas, pour l’ensemble du système d’enseignement, tenter de se mettre à la portée de son auditoire afin de s’en faire comprendre ?
J’écris ceci près du radiateur, ma place habituelle depuis les temps immémoriaux où déjà je trouvais mes maîtres hermétiques et heureux de l’être pour se donner un air d’intelligence. Ceux qui voulaient bien descendre de leur piédestal – l’estrade du bateleur – étaient loin de déchoir ! Les efforts qu’ils consentaient pour venir vers nous étaient le plus souvent payés de retour, ils nous donnaient envie d’aller vers eux et quelquefois la rencontre avait lieu.
Quand j’entends un conseiller pédagogique parler d’une « production » à propos du tableau d’un artiste, comme il parlerait du dessin d’un gosse, je me dis qu’il est temps de redescendre sur terre. Les Misérables, une "production" de Victor Hugo ? Le David, un "modelage" de Michel-Ange ? N’y a-t-il pas là, aussi, une certaine volonté de brouiller le langage et donc sa compréhension ?

dimanche 30 décembre 2007

Le venin des Dard

« Mon désir le plus cher, en cette seconde, serait de déguiser cette pédale en T-bone steak… » Voilà, sous la plume de Patrice Dard – Alias Alix Karol – une parfaite illustration de l’homophobie habituelle des polars.
Démonstration : qu’avait bien pu faire cet homosexuel pour mériter l’envie d’un tel traitement ? Avait-il osé faire des avances au héros ? Eh bien bon, c’est justement l’inverse qui s’était produit. Le macho croyant peloter une dame à l’heure de pointe dans le métro et, ayant glissé une main sous sa jupe, avait fini par découvrir qu’il s’agissait d’un travesti.
Donc, pour le public qui lit ce genre de romans, ce qu’il faudrait retenir c’est qu’il est tout à fait normal de mettre ses doigts sous les jupes d’une inconnue dans la cohue des transports publics, mais qu’en revanche il n’y a pire pervers qu’un homme habillé en femme qui ne demande rien à personne. J’avoue que cela me laisse songeur !
On m’objectera que ce bouquin a été publié en 1977, que les choses ont évolué depuis trente ans. Je n’en suis pas persuadé. J’ai d’ailleurs d’autres exemples, plus récents, pour le prouver si nécessaire. Mais surtout, il me suffit de dire que cet Assassin pour tout le monde est une réédition 2007 à laquelle l’auteur ni l’éditeur n’ont cru devoir rien changer, ce qui prouve bien qu’ils continuent l’un et l’autre sereinement dans la voie de la propagation d’une image caricaturale de l’homosexualité et des réactions "naturelles" que celle-ci doit engendrer chez un "vrai mâle". Pathétique et lamentable !
Ce fond d’homophobie tient probablement de l’héritage familial si l’on se souvient de l’avant-dernier roman de Frédéric Dard. Dans Napoléon Pommier, en effet, nous avions eu droit à 319 pages dans lesquelles il n’était question que de "fiotes" sans âme et sans tripes où l’auteur n’hésitait d’ailleurs pas à intervenir dans le récit pour donner son propre avis sur la place des homosexuels dans la société : « Il y a cinquante ans, tu te faisais enculer, les gens se bouchaient le nez et se voilaient la fesse. À présent, c’est titre de gloire […] Moi, je veux bien. Chacun ses trous, hein ? Qu’une dame soit en ménage avec son caniche royal ou qu’un valet de ferme embroque ses chèvres, c’est pas ma bitoune qui trinque ! […] Ce que j’en suis, c’est la pube faite autour, les manifs revendicatives de nos messieurs-dames énuclées de l’œil de bronze. L’importance qu’elles revêtent. » J’arrête là. On peut dire que tout y est : le regret des temps anciens de l’invisibilité, l’amalgame zoophile, la réduction de l’homosexuel à la folle et au rôle passif, le rejet de la revendication du droit le plus élémentaire à la dignité. Sur ce dernier point, on peut bien évidemment critiquer les Gay Prides, mais tout est dans la manière de le faire et le choix des mots. Ceux-ci ont été écrits il y a six ans et demi, ils me font toujours le même effet répulsif.

samedi 29 décembre 2007

Rafraîchissant comme un rosé de Provence

Au Cap Ferrat, un photographe d’agence aperçoit par hasard une célèbre toile impressionniste quitter la villa d’un milliardaire, soigneusement emballée, à bord d’une camionnette de plombier. Intrigué, il cherche à en savoir plus et met le nez sans le savoir dans une combine aux ramifications internationales. Aidé d’un marchand d’art honnête, il va remonter la filière malgré les embûches et les dangers.
La Femme aux melons est un roman sans prétention autre que de divertir son lecteur, mais cela, il le fait bien. Peter Mayle en profite au passage pour nous parler des endroits qu’il aime en France, entre Paris et la Provence. Ce n’est ni de la grande littérature, ni le meilleur ouvrage de l’auteur, cependant il ne faut pas bouder le plaisir qu’on y prend car il est vrai que nous avons parfois besoin de faire une pause dans un cycle de lectures "sérieuses" et de nous laisser entraîner par des choses légères.
J’apprécie Peter Mayle justement pour cela : son manque de prétention. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est nous parler des endroits qu’il aime et des gens pour lesquels il a de l’estime. Il le fait tantôt à travers des récits autobiographiques, tantôt au fil de ses romans, ou encore dans son Dictionnaire amoureux de la Provence. Un Anglais qui partage avec moi cette passion pour l’un des plus beaux coins du monde ne peut pas me laisser indifférent. C’est un parti pris que j’assume totalement.

vendredi 28 décembre 2007

Le choix des mots

Nous discutions de mes écrits avec un ami et il m’a expliqué pourquoi Un objet de scandale est la nouvelle qu’il préfère. Il cherchait ses mots et avouait lui-même ne pas les trouver, en égrainant certains qu’il récusait aussi vite. Notamment lorsqu’il dit qu’il y a dans ce texte « moins de prosélytisme dans les autres. »
Il a retiré ce mot aussitôt que prononcé, mais je veux m’y attarder. Non, effectivement, je ne fais ni n’ai fait à aucun moment du prosélytisme. Ma position quant à l’homosexualité est très claire, depuis toujours : on se sent attiré ou non par son propre sexe et en fonction de cela on est prêt ou non à tenter l’expérience. De cette expérience on en déduira soit que l’on avait raison, soit au contraire que l’on s’était trompé. Vouloir "recruter" est une idiotie, tout comme en est une le discours qui consiste à dire qu’il faut « tout essayer dans la vie ». Pour un hétérosexuel, se faire sodomiser alors que ce n’est pas sa nature, c’est simplement avoir les idées courtes.
Mes textes sont en revanche plus ou moins militants, ce qui est loin d’être la même chose. Ils visent non pas la promotion de l’homosexualité – qui n’en a pas besoin –, mais de l’idée que c’est un mode de vie normal et donc respectable, qu’a contrario le mépris, la haine et la violence qui se déchaînent trop souvent encore contre les homosexuels doivent disparaître par l’éducation de préférence, mais aussi par la sanction si nécessaire.
Pour dire vrai, même le terme "militant" me gêne un peu, car il fait écho à un reproche homophobe. Parler du rejet de l’homosexualité afin de le combattre ne pourrait être que du militantisme, donc suspect par essence. Tout cela nourrit ma réflexion depuis des années et concourt à accentuer cette image de militant que certains veulent me donner. Image que je ne rejette d’ailleurs pas totalement à partir du moment où je me définis comme gay. Je pense que le terme "gay" apporte une nuance fondamentale que n’a pas le terme "homosexuel". Dans un cas il s’agit d’une prise de position, dans l’autre d’une injonction. Schématiquement, je dirai que l’on vous colle l’étiquette « homosexuel », vous assignant du même coup un rôle social – souvent en creux d’ailleurs –, tandis que l’on revendique l’étiquette « gay » de sorte que l’on prend les devants, choisissant nous-mêmes la place que nous voulons occuper. À partir du moment où je dis que je suis gay, qui pourrait encore me traiter de pédé sans se rendre ridicule ?

jeudi 27 décembre 2007

Des souvenirs plein l'album

Afin de me donner un peu de cœur à l’ouvrage, je me suis mis à écouter Longue distance, l’avant-dernier album de Véronique Sanson que j’ai emprunté à la Médiathèque l’autre jour.
De tout temps j’ai aimé cette artiste, pour sa voix comme pour ses textes, mais je n’ai jamais possédé le moindre album d’elle. Ma discothèque est essentiellement composée de musique classique et d’opéra, il y a cependant un peu de variété, mais je me ruine déjà suffisamment en livres…
Véronique Sanson, je l’écoutais beaucoup ces dernières années lorsque j’allais rejoindre Olivier à Arles. Lui était un fan inconditionnel et avait l’intégrale. Je lui avais offert cet album-là et une place pour la tournée à Aix-en-Provence.
Au-delà de la musique et les images qu’elle fait naître, il y a en arrière-plan beaucoup de souvenirs qui viennent se surimprimer. Je n’avais pas prévu cela en introduisant le CD dans l’ordinateur. Je ne pensais qu’au plaisir et voilà que c’est le spleen qui rapplique ! Je ne vais quand même pas me refuser le bonheur d’écouter ce disque sous prétexte qu’un autre bonheur m’a été arraché. Et quand retentissent les premiers accords de J’aime un homme, je me dis que moi aussi j’ai connu cela et qu’effectivement c’était L’Homme de Farandole.

mercredi 26 décembre 2007

En effeuillant la Marguerite.

Je n’ai jamais beaucoup aimé Marguerite Duras. D’elle, j’avais lu L’Amant après qu’il eut obtenu le Prix Goncourt, sans grand enthousiasme, puis son livre suivant Les yeux bleus cheveux noirs avec un agacement grandissant. Mon sentiment était que Duras aurait pu être un grand écrivain si elle avait bien voulu se donner la peine d’aller au bout des choses au lieu de se contenter d’esquisser des phrases sans se croire obligée de les fignoler. Sans doute ce jugement était-il abrupt, mais je le livre tel quel et sans fausse honte car je pense qu’il est admis de se tromper si l’on est sincère et que cela vaut mieux en tout cas que de bêler avec la masse sans accorder d’importance à ce que l’on fait.
Je ne reviens pas sur ce que je pense de ces deux livres, mais je veux dire ici que La Douleur est un texte qui pardonne tout. Oui, Duras était un grand écrivain… quand elle voulait s’en donner la peine. Ces pages sur le retour de Robert Antelme de Buchenwald sont d’une force prodigieuse. On ne peut que regretter que toute l’œuvre ne soit pas à la hauteur. C’est d’autant plus vrai que le dernier texte joint à ce volume en est la parfaite démonstration : des mots qui s’enchaînent pour un sens tellement caché qu’il serait vain d’essayer de le trouver. Et même en faisant abstraction du sens, on ne trouve aucune sonorité poétique qui pourrait nous le faire oublier.
Je m’incline donc devant La Douleur de Marguerite Duras, mais nullement devant le talent qu’on lui prête. Elle a gâché celui qu’elle avait et c’est ce que je lui reproche, parce que je sens bien toutes les promesses non tenues qu’il y a dans ce qu’elle écrit.

mardi 25 décembre 2007

Désespoir du peintre

Depuis quelque temps déjà j’avais en tête de raconter une histoire mettant en scène un jeune artiste peintre confronté à un bouleversement majeur dans sa vie. Je ne savais pas encore très bien par quel biais attraper la chose mais j’entrevoyais la progression de l’intrigue. Maintenant les choses se sont mises en place dans mon esprit et j’ai pu, hier, m’attaquer à la rédaction de ce texte qui s’intitule Désespoir du peintre.
Jérôme, un photographe freelance d’une quarantaine d’années rencontre Pierrick, un peintre de cinq ans son cadet, à La pièce du fond, un bar de rencontres homosexuelles. Ce qui n’aurait pu être qu’un coup d’un soir se transforme en une véritable passion. Jérôme perd un peu son self-control et oublie les précautions d’usage, alors il se soumet à un test de dépistage VIH. Celui-ci se révèle négatif. Pierrick décide d’en faire autant par amour, malheureusement le résultat n’est pas le même. En l’apprenant, il pense que tout s’effondre autour de lui et que Jérôme va l’abandonner pour sauver sa peau, en quoi il se trompe totalement.
Mais le sida n’est pas le seul écueil sur le chemin de leur amour passionné. D’autres dangers les guettent. Ce ne sont pas les grandes crises qui mettent l’amour en péril, mais davantage les petits tracas sans importance qui usent la résistance de chacun. Ces deux-là ne parviendront pas à trouver un équilibre, alors même que tout concourt à prouver qu’ils sont complémentaires, que jamais ils n’ont trouvé une osmose aussi parfaite avec un autre homme dans leur vie.
Cette histoire sert également de support à une réflexion sur l’art, le bareback, l’intrusion de la maladie dans un couple naissant. Sans doute avons-nous tous de belles certitudes sur tout cela, mais qu’en reste-t-il à l’épreuve des faits et selon les circonstances ?

lundi 24 décembre 2007

Il ventait devant ma porte…

Il y a ceux dont on voudrait être sans nouvelles, qu’ils nous lâchent… C’est le cas par exemple de Pascal, qui fût mon amant un certain temps et qui pendant six ans a attendu que l’homme de ma vie me largue pour tenter à nouveau sa chance. Depuis, il me harcèle de propositions ineptes, de mains baladeuses lorsque nous nous rencontrons… Il ne veut pas comprendre que sa jalousie déplacée, sa suspicion insultante ont tué en moi définitivement tout sentiment amoureux à son égard.
Il y a ceux à qui j’ai rendu quelques services quand ils en avaient besoin. Je l’ai fait par amitié, sans arrière-pensée, simplement parce que j’étais dans une situation qui me permettait de les aider. J’ai prêté de l’argent à tel ou telle, je me souviens avoir payé les études de ce garçon hétéro qui fut mon meilleur ami et pour qui j’avais bien plus qu’un petit béguin. Il avait les capacités d’aller plus loin, moi les moyens financiers de le faire, c’eût été absurde de ne pas mettre les deux choses en commun. Il m’a remboursé quand il a pu, ils m’ont tous remboursé. Puis ils ont disparu. Comme ceux qui s’invitaient à ma table midi et soir au temps de mes vaches maigres où je n’ai guère eu plus de deux têtes à têtes amoureux par mois pendant plus d’un an dans mon propre appartement tellement défilaient les ami-e-s en quête de réconfort… Je sais bien que le bien que l’on fait est impardonnable et que nos ennemis sont toujours plus fidèles que nos amis. Je le sais, mais je ne m’y habitue pas !
Il y a encore le cas des ex… Nous avons partagé de bons moments au minimum, de l’amour bien souvent, de la passion quelquefois. Et puis plus rien. Il semble impossible et utopique de construire une amitié vraie sur les ruines d’un amour. Seul R. donne de ses nouvelles de loin en loin depuis huit ans. Il le fait lorsqu’il a besoin de moi pour des démarches administratives ou autres. Ou bien lorsqu’il se souvient que nos deux corps étaient d’une entente plus parfaite que nos esprits. Dans les deux cas il appelle et vient et nous finissons par rejouer nos meilleures scènes.
Enfin, il y a tous ceux-là qui négligent d’appeler ou de passer parce qu’ils n’ont besoin de rien, parce que pour le moment tout va bien pour eux. Nicolas que je n’ai pas revu depuis le jour de mon anniversaire, lorsqu’il est reparti avec Rencontre au bord du fleuve de Christopher Isherwood. Et quand on me connaît, on sait que je ne prête pas mes livres à n’importe qui ! Il y en a d’autres, à quoi bon tous les citer…
C’est Noël. Si je croyais encore au gros bonhomme rouge à barbe blanche, ceci serait la lettre que je lui enverrais. En conclusion je lui dirais que le seul cadeau qui me ferait plaisir serait que tout le monde sorte des boutiques, arrête de dépenser des fortunes pour se donner bonne conscience et, à la place, se fende d’un coup de téléphone, d’une visite ou d’une lettre pour ceux qui comptent un peu pour eux, dépense des trésors d’amitié et de tendresse car ces trésors-là sont inépuisables et ne coûtent rien. Ils ne le savent pas, parce qu’ils n’ont jamais osé y toucher pensant se démunir. Or c’est l’inverse, ceux qui n’y touchent jamais n’en trouveront plus lorsqu’ils en auront besoin car ce genre de trésor a la particularité de s’assécher en même temps que le cœur.
Que sont mes amis devenus
Eux que j'avais si près tenus
Et tant aimés ?
...
Ce sont amis que le vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
(Rutebeuf)

Joyeux Noël et sans rencune car tout ceci n'est que tristesse infinie.

dimanche 23 décembre 2007

Une page est tournée

Christian Bourgois est mort. Avec lui disparaît l’un des derniers grands éditeurs français. Oh ! je sais que sa maison était petite, mais son catalogue prestigieux montre bien qu’il avait le flair des vrais amoureux de la littérature.
Je lui dois de merveilleux moments en compagnie de Copi, d’Alan Hollinghurst dont La piscine-bibliothèque m’a complètement bluffé, de Christopher Isherwood et son Mémorial avec en contrepoint Le temple de Stephen Spender, sans oublier E. M. Forster et Maurice.
Il était aussi le créateur de 10/18 avec Dominique de Roux, collection de poche de grande qualité dans laquelle j’ai puisé les premiers romans d’Edmund White, le splendide Drôle de garçon de Shyam Selvadurai, Stephen McCauley, la Chronique d’un été de Patrick Gale entre autres…
Bref, pour moi le nom de Christian Bourgois valait largement plus qu’un label de qualité, alors il n’y a rien d’étonnant à ce que sa mort m’attriste et qu’il m’ait paru important en dire deux mots ici.

samedi 22 décembre 2007

La Folle d'en Face ou la pudeur de l'attentat

Il y a des rencontres fortuites qui peuvent se révéler d’une grande importance dans notre vie. C’est ce qui s’est produit pour moi avec Pedro Lemebel.
Je fouillais dans les boîtes d’un bouquiniste sur le marché de la place du Capitole et je suis tombé sur Je tremble, ô Matador. Ce qui m’a fait m’arrêter, c’est moins la couverture que le fait que ce livre soit édité dans la collection Denoël & d’Ailleurs qui m’a déjà apporté de grands moments de bonheur, notamment avec David Leavitt. Je n’ai donc pas hésité et bien m’en a pris !
Ce roman chilien est un vrai bijou, une pure merveille où se mêlent dans un jeu de miroirs éblouissant les sentiments les plus contrastés mais où domine et triomphe la tendresse.
À Santiago, un travesti sur le retour emménage dans une grande maison abandonnée. Pour tout le monde, il devient « la Folle d’en Face » et nous ne le connaîtrons pas sous une autre identité. Un jeune homme rencontré à l’épicerie lui demande d’entreposer chez lui des caisses de livres puis de lui permettre de se réunir là avec des amis étudiants pour travailler leurs cours. Carlos est jeune et beau, elle ne résiste pas à la tentation de lui être serviable, même si elle n’est pas dupe sur le contenu des caisses et la teneur des réunions. Peu à peu, elle se laisse embarquer dans la préparation d’un attentat contre Pinochet. Elle s’éprend de Carlos qui s’attache à elle d’une certaine façon.
Bien sûr, l’attentat contre le dictateur est un échec. Par précaution, tous ceux qui y ont été mêlés de près ou de loin doivent quitter la capitale. Pour la Folle d’en Face, cela revient à abandonner tout ce qu'elle a construit, c'est-à-dire le peu qui lui reste. Elle s’y résout avec fatalisme mais émet l’exigence de revoir Carlos une dernière fois.
Pathétique et sublime, écervelée et pragmatique, la Folle d’en Face fait partie de ces personnages qui vous accompagnent encore longtemps après que le livre soit refermé.

vendredi 21 décembre 2007

Ne dépassons pas les bornes !

Le Bureau de vérification de la publicité (BVP) vient de sortir une note intitulée «Homosexualité en publicité: le dilemme et les bornes» et en a profité pour critiquer l'affiche de la dernière campagne de prévention du VIH par l'Inpes qui représente «très crûment» deux hommes faisant l'amour. Le directeur du BVP rappelle que «la doctrine déontologique qui s'est imposée depuis la très sensible affaire du Salon Rainbow Attitude (automne 2005) consiste à accepter des représentations publicitaires de personnages ouvertement homosexuels, à condition que les postures ne soient pas hypersexualisées et les propos choquants pour le grand public», même s'il reconnaît que ce genre de visuel ne serait «pas plus acceptable pour un couple d'hétérosexuels
Tout cela est bien beau. On aimerait cependant que ce parti pris de protéger la sensibilité des gens soit général de la part du monde publicitaire et que l'on tienne compte effectivement de ce qu'il peut y avoir de choquant pour un gay à voir des couples hétérosexuels dans la même position ou des femmes dénudées à longueur de spots pour vendre la moindre tranche de jambon industriel !
En l'occurrence, s'agissant de l'affiche incriminée, ayons le courage de dire que cette photographie – outre sa qualité esthétique – est efficace. Car, enfin, n'oublions pas que le but d'un support publicitaire est d'atteindre la cible à laquelle il s'adresse. Dans le contexte actuel d'un redémarrage de l'épidémie chez les homosexuels, que fallait-il montrer ? Un préservatif emballé pour bien leur rappeler que l'enveloppe est souvent plus résistante que la capote qu'elle contient ?
Sous prétexte de mettre des "bornes nécessaires", il ne faudrait pas non plus se montrer complètement borné ! Dans le cas présent, il s'agit d'une question de santé publique.

jeudi 20 décembre 2007

Bourdieu, mais c'est bien sûr !

Généralement, la mort d’une personne entraîne un consensus autour de sa mémoire qui aboutit bien souvent à la parer d’un voile d’hypocrites louanges. On a vu ce phénomène toucher indifféremment n’importe quel membre de notre famille aussi bien que le pire des dictateurs ou le personnage public le plus controversé. Souvenons-nous par exemple des manifestations de tristesse au Chili lors de la disparition du général Pinochet, ou des écœurantes couronnes de roses tressées pour François Mitterrand par ceux-là mêmes qui l'insultaient dans les derniers mois de sa présidence…
Il fallait une exception pour confirmer la règle, aussi un homme a échappé à cela, injurié post-mortem comme il fut traîné dans la boue de son vivant, c’est Pierre Bourdieu. Dans Célébration du génie colérique, Michel Onfray répond aux attaques dont le sociologue a été la cible dans la presse – toutes tendances confondues – dans la semaine qui a suivi son décès. Ce Tombeau de Pierre Bourdieu, ainsi qu’est sous-titré ce petit livre fort intéressant, démontre avec brio la cabale de ceux qui, à gauche et à droite, profitent du système libéral auquel il n’a cessé de s’attaquer et tentent de faire de lui un aigri sans surface. Petits dieux de la bien-pensance, ils cherchent en somme à le modeler à leur image.
Onfray et Didier Eribon font élever leurs voix discordantes dans ce concert unanime, ce qui nous rassure : la possibilité de penser contre les tenants du système n’est pas morte avec Bourdieu. « Qu’ils ne se réjouissent pas trop vite ! Je n’ai pas fini de les faire chier » disait-il. Ces deux-là lui donnent raison.

mercredi 19 décembre 2007

J'ai peur des mouches !

Le Dr Yaël Grosjean, chercheur au Centre intégratif de génomique de l’Université de Lausanne a modifié génétiquement une mouche Drosophile mâle afin de changer son comportement sexuel. Cette pauvre mouche du vinaigre est donc désormais attirée autant par les mâles que par les femelles, son homosexualité potentielle étant le résultat d’une réduction du « taux de glutamate à l’extérieur des neurones qui déterminent le comportement homosexuel » et ce chercheur Suisse jubile, car il pense que « la présence d’un groupe de neurones déterminant un comportement homosexuel explique que le comportement homosexuel est détecté dans toutes les espèces. »
Cette histoire d’apprenti sorcier pourrait prêter à sourire. J’en vois d’ici qui ne manqueront pas d’y voir une mise en pratique de l’expression "enculage de mouche", mais j’ai bien peur que cette nouvelle ne soit en rien réjouissante.
Il y a des années que des scientifiques essayent de démontrer une cause génétique à l’homosexualité. Certains l’on fait dans un but humaniste, pensant que la découverte d’un gène de l’homosexualité mettrait fin à toute homophobie moralisatrice ; cependant pour d’autre il s’agit d’avoir une vision eugénique : s’il y a un gène, on pourra faire des tests de dépistage prénatal et corriger la nature ou stopper la grossesse en cas de repérage de "l’anomalie".
Je ne sais pas quelles sont les motivations de M. Grosjean, je ne veux l’accuser de rien, sans doute a-t-il les meilleures intentions du monde, seulement sa découverte – si elle est sérieuse et vérifiée – peut donner les pires choses entre de mauvaises mains.
Lorsque Karl-Maria Kertbeny forge le mot « homosexuel » en 1868, il veut que l'on cesse de considérer la sodomie comme un vice et montrer qu’il s’agit d’un comportement inné et permanent. Il n’imaginait probablement pas que le glissement du champ judiciaire au champ médical pourrait produire toutes les horreurs que l’on a pu connaître au nom de la "guérison" du patient : théorie de la castration du Dr Daniel en 1893 ; thérapie électrique d'aversion du Dr Louis Max en 1935 développée par J. Srnec et K. Freund en Techcoslovaquie ; chocs convulsifs par Metrazol du Dr Owensby en 1937 associés dès 1941 à des électrochocs par le Dr Samuel Liebmann ; expériences du Dr Carl Vaernnet à Buchenwald en 1944 ; sans parler des nombreuses lobotomies infligées aux homosexuels – consentants ou non – par des médecins… Suisses.

mardi 18 décembre 2007

Le verbe de Martin du Gard

Dans Devenir, Roger Martin du Gard met en scène la rencontre de Jean Cocteau et Édouard de Max dans un bain de vapeur, puis l’engouement du célèbre acteur pour le poète adolescent dont il va promouvoir les vers devant le Tout-Paris lors d’une séance de lecture mémorable. Bien sûr quelques détails ont été changés, mais l’allusion – c’est davantage que cela – est tout à fait transparente.
La description de Cocteau est assez fidèle, elle fait de Jem un personnage attachant, bien qu’il soit tout à fait secondaire dans le roman. On est loin du portrait rosse et mesquin que fait du poète adulte André Gide dans Les faux-monnayeurs où il le présente en corrupteur de la jeunesse.
Martin du Gard montre toujours beaucoup de sympathie pour les personnages homosexuels de ses romans ou même au théâtre dans Un taciturne. Son parti pris est celui de l’observation du personnage et de sa restitution fidèle, il ne cherche pas la caricature, ne se mêle pas de morale. Rien à voir avec la rigidité protestante de Gide.
J’apprécie énormément le style de Martin du Gard dont j’ai lu Les Thibault il y a fort longtemps. Cependant, c’est un sentiment assez pénible qui ne m’a pas quitté tout au long de ce petit livre-ci. Il y a quelque chose d’insupportable chez André Mazerelles, le personnage central – il n’est pas question de parler de héros en l’occurrence ! –, qui est cette incapacité à se réaliser, voire même à réaliser quoi que ce soit. Il y a en lui une passivité proprement écœurante. Toute cette histoire est tendue comme un ressort vers le drame final, inévitable. Ce drame qui d’ailleurs sera extérieur à André, d’une certaine façon, comme si son incapacité allait jusqu’à rater même cela.

lundi 17 décembre 2007

Désespoir matinal

C’est comme une sorte de désespoir qui me gagne au réveil… Il y avait ce garçon, beau, tendre et passionné, à la peau si douce, qu’un ami m’avait présenté. Cela avait tout de suite collé entre nous. Nous avions fait l’amour comme des fous, chahutant les meubles dans l’emportement de notre fougue. Comme les dieux étaient avec nous, Alain avait dû rejoindre Jacques à l’improviste, nous laissant seuls pour la journée…
Le désespoir, donc, parce qu’il a suffi d’ouvrir les yeux pour comprendre que tout cela n’était qu’un rêve. Un rêve tellement précis cependant ! Je me revois, cœur battant, heureux de cette rencontre que je n’attendais pas, qui comblait soudain mon besoin d’aimer et d’être aimé de retour, qui effaçait cette sensation de vide abyssal que j’éprouve depuis cet été.
Bien sûr, il y a ceux qui jouent de mon corps, non comme d’un objet, plutôt comme d’un instrument dont ils cherchent à tirer le meilleur écho à leur désir, mais quel que soit le plaisir que j’y prends cela ne suffit pas. Il me manque l’essentiel, cette tendresse dont je suis boulimique – jamais rassasié – et que j’ai besoin de dispenser à mon tour sans retenue.
Je n’ai pas voulu me rendormir, de peur de ne pas le retrouver derrière mes paupières closes ou – pis encore – de le perdre une seconde fois lorsqu’il faudrait les rouvrir. Je l’ai aimé passionnément, pour l’éternité d’un songe qui n’a peut-être pas duré plus de quelques secondes.
L'homme de ma vie m’accusait d’être un "cœur d’artichaut" et c’est pourquoi il m’a quitté.

dimanche 16 décembre 2007

Halter ego

Il est toujours intéressant de confronter nos propres indignations à celles des autres. En ce sens, la lecture de Je me suis réveillé en colère, de Marek Halter, est très enrichissante. Toutes ses colères ne sont pas nécessairement les miennes, certaines aboutissent à des visions différentes entre nous sur un même sujet, mais c’est justement en cela que je les ai appréciées : elles nourrissent ma propre réflexion.
Sur l’Europe, dont je disais deux mots il n’y a pas longtemps, il me fait bondir en expliquant qu’il ne comprend pas pourquoi Jacques Chirac a choisi de soumettre la Constitution au référendum et que le vote négatif des Français était une bêtise, qu’ils ont ainsi « saboté l’évolution de l’Europe ». En revanche, je suis d’accord avec lui lorsqu’il affirme que l’élargissement de l’Europe est une idée juste mais qu’elle venait trop tôt car « on n’invite pas ses voisins dans une maison en chantier. »
Je ne veux pas récapituler chacune des vingt et une colères de ce livre, mais je terminerai en notant cette réflexion sur la différence fondamentale qui existe pour Marek Halter entre le racisme et l’antisémitisme, à laquelle je n’avais jamais réfléchi sous cet angle. Le racisme est la haine de l’autre en ce qu’il est dissemblable, alors que « l’antisémitisme, lui, exprime la haine de l’autre parce que trop semblable. Les Juifs sont blancs parmi les Blancs, noirs parmi les noirs […] Physiquement, ils ne se distinguent pas de la majorité de la population au sein de laquelle ils vivent : ils en paraissent aux yeux des antisémites plus inquiétants encore. » Cette analyse montre, à mon sens, que l’on a tout à fait raison de rapprocher l’homophobie et l’antisémitisme, car effectivement il s’agit bien de la même peur fantasmagorique d’une infime différence au sein du trop semblable.
Qu’il s’agisse du racisme, de l’antisémitisme, de l’homophobie, cela relève de la même étroitesse d’esprit, de la même incapacité à comprendre que fondamentalement la différence est une richesse. Si nous étions tous semblables, physiquement, dans nos choix religieux, dans nos pratiques sexuelles etc., la vie deviendrait impossible. Ce qui crée le mouvement, c’est ce qui sort du rang.

samedi 15 décembre 2007

Au maire inconnu…

Dominique Baudis participait hier soir à Toulouse à un meeting de soutien à la candidature de Jean-Luc Moudenc aux élections municipales. J'ai vu cela aux informations régionales. J'en parle ici parce que j’ai été atterré par le reportage diffusé, à tel point que je me demande s’il ne s’agissait pas davantage d’une manipulation journalistique que du reflet fidèle de la réalité.
Cet homme a été maire de Toulouse pendant 18 ans et détient même le record de longévité à ce poste depuis que l’élection du premier magistrat se fait au suffrage universel. Son départ remonte à six ans et, effectivement, depuis lors il n’était plus intervenu dans le débat public municipal puisque son poste de président du C.S.A. le lui interdisait. Il fit pourtant la Une de la presse locale, régionale et nationale pendant de nombreux mois – il y a quatre ans – lorsque son nom se retrouva mêlé à une affaire criminelle sordide. A cette époque il fut bien rappelé jusqu'à l'écœurement que c'était un notable toulousain et qu'il était maire de la ville. Or, voilà que l’on nous montre deux jeunes filles d’une vingtaine d’années qui nous disent n’avoir jamais entendu ce nom, et ne pas savoir qui peut bien être cet homme dont on leur parle…
Nous sommes décidément bien peu de chose !
On peut apprécier ou contester le bilan de Dominique Baudis au Capitole, mais ignorer son passage me semble difficile. Même en ne s’intéressant pas particulièrement à la vie politique locale. D’ailleurs, parler d’un maire ne devrait pas revenir à parler de vie politique, mais de vie quotidienne. Le métro toulousain, par exemple, c’était lui.
Ainsi donc, les jeunes toulousains seraient ignorants des hommes qui ont façonné leur ville. Est-ce si grave ? Oui, car le présent est construit sur du passé et avant de monter l’étage supérieur de l’avenir il est bon de s’interroger sur la solidité des fondations de l’édifice, sur la nature du terrain…
À propos de terrain, les parents de ces deux jeunes filles ont-il jamais entendu parler de Louis Bazerque ?

vendredi 14 décembre 2007

Le déni démocratique

Le Traité européen « simplifié », signé hier à Lisbonne, devra être ratifié avant le 1er janvier 2009. Pour la France il le sera dans l’urgence, avant le lancement de la campagne des élections municipales le 18 février prochain. Le président de la République en a décidé ainsi, tout comme il a décidé de la voie parlementaire contre le référendum. C’est un choix politique.
C’est le choix d’ôter toute chance de légitimité démocratique à une institution qui n’en a aucune et qui souffre, à cause de cela, de la suspicion et du rejet d’un grand nombre des citoyens de ses vingt-sept pays membres. Deux pays, dont le nôtre, ont voté « non » la dernière fois ; il me semblait logique qu’ils soient consultés à nouveau, puisque c’est leur verdict qui a entraîné cette nouvelle proposition de texte (la proposition est nouvelle ; pour le texte, c’est moins sûr). Il faut que nos gouvernants soient bien peu sûrs de la validité de ce traité pour renoncer à tenter de nous convaincre de l’accepter et préférer nous l’imposer ! Parmi les choses difficiles à expliquer, il y aurait notamment le fait que la Charte des droits fondamentaux ne soit opposable ni au Royaume-Uni ni à la Pologne, ce qui revient à reconnaître qu’il n’existe pas d’union véritable.
Je ne dis pas qu’il ne faut pas faire l’Europe, je dis qu’il ne faut pas la faire comme cela ; contre les peuples qui la composent, sans les consulter sur les choix essentiels qui modifient leur vie. Or, en toute occasion, l’Europe intervient dans notre quotidien par les réformes qu’elle impose aux États. Il ne faudra pas ensuite s’étonner de voir ces mêmes peuples « se rebeller contre les lois parce que nous les avons faites sans [eux] » ainsi que disait joliment Montaigne, parlant des femmes !
Accepter sans broncher le déni démocratique que constitue l’abandon du référendum pour la ratification de ce traité constitutionnel, au prétexte que l’on n’est pas certain du résultat de la consultation, c’est ouvrir du même coup la possibilité de l’abandon du principe même de l’élection. Comment tous nos beaux démocrates et nos fervents républicains ne voient-il pas cela, alors que paradoxalement les seuls à monter aux créneaux sont les partis extrémistes, de droite comme de gauche ? S’il y a un tel consensus politicien sur l’évitement de la consultation électorale, à ce compte pourquoi le chef de l’État organiserait-il des présidentielles en 2012 dans la mesure où il ne serait pas assuré d’être son propre successeur ?
Fort heureusement, il est peu probable qu’on en arrive à une telle extrémité et j’admets volontiers crier « au loup ! », cependant il faut bien se dire que quand le loup est là, il est déjà trop tard pour crier.
Décidément, plus j’y pense et plus je me dis que l’Europe « c’est une chose trop grave pour la confier à des politiques » pour paraphraser Georges Clemenceau.

jeudi 13 décembre 2007

Un Wilde inatendu

L’Âme humaine est un essai publiée en 1891 – sous le titre The Soul of Man under Socialism, puis raccourci lors de la réédition de 1905 en The Soul of Man – qui est toujours d’une grande actualité. Sinon dans l’aspiration à un socialisme totalement utopique, du moins par les analyses et observations qu’il propose, notamment sur l’homme, l’art ou la presse.
On découvre un Oscar Wilde bien différent de celui auquel nous sommes habitués, dont le sérieux du propos ne se dissimule plus derrière la pirouette ou sous le mot d’esprit. L’auteur part ici en guerre contre la facilité ; celle des riches à l’être, celle des pauvres à le rester, celle de l’artiste ou du journaliste à flatter les plus bas instincts du public. Contre un système de pensée qui asservit l’homme dans tous les domaines, à travers la politique ou la morale.
Wilde rêve d’un socialisme qui ne soit pas autoritaire et aboutisse à une société dans laquelle chacun « aura sa part du bonheur et de la prospérité. » Pour cela, il faut revenir sur une erreur fondamentale : « L’homme a cru qu’il importait d’avoir, ignorant qu’il importe d’être. La véritable perfection de l’homme réside non en ce qu’il a, mais en ce qu’il est. » Un autre travers qu’il lui faudra corriger, c’est que « ses émotions agitent l’homme plus que son intelligence, et […] la souffrance attire plus aisément la sympathie que la réflexion. »
Seule l’émergence d’un individualisme pur peut sauver l’homme. Un individualisme qui ne soit pas un égoïsme car « l’égoïste a des exigences envers les autres. L’individualiste non, puisque ça ne lui apporterait aucune satisfaction. » Devenu individualiste, l’homme sera aussi résolument altruiste et ne mesurera pas sa sympathie à l’aune des pratiques de son voisin ainsi qu’il l’a fait jusqu’à présent.
L'auteur reconnaît lui-même que rien de ce qu’il propose n’est pragmatique, mais insiste sur le fait que c’est justement en cela qu’il faut le tenter, parce qu’une solution pragmatique n’est rien d’autre qu’une « chose qui existe déjà, ou que l’on pourrait appliquer dans les conditions existantes. » Or, ce sont bien ces conditions qu’il faut faire évoluer et l’homme avec elles.

mercredi 12 décembre 2007

Le carnet du major Makine

Il y a dans Cette France qu’on oublie d’aimer, d’Andreï Makine, quelques passages intéressants. Notamment ce portrait de l’intellectuel français dont il dit qu’il « se voit obligé d’exécuter une suite de gestes et de mimiques sans aucun respect pour la vraisemblance de son personnage. Propriétaire d’une résidence de millionnaire à Marrakech, il parlera au nom des déshérités. N’ayant jamais été confronté au racisme qui sévit en Afrique, il agonira le prétendu racisme héréditaire des Français. […] À mes amis étrangers perplexes devant de telles incohérences, je suggère de considérer l’intellectuel français comme l’une des composantes de la francité folklorique, au même titre que le beaujolais nouveau, le béret basque, les grèves à la SNCF, etc. À ce titre-là, le personnage devient presque attachant. Jusqu’au moment où cette figure emblématique se met à défendre Mao ou les khmers rouge. On sent alors que le folklore a ses limites et que l’irresponsabilité intellectuelle peut se rendre complice des pires massacreurs. » C’est rosse, mais c’est bien vu hélas !
De beaux passages aussi sur la langue française, les raisons de son rayonnement et de son déclin. Mais dans l’ensemble ce petit livre est un peu décevant, trop superficiel pour convaincre.

mardi 11 décembre 2007

Le prix du sang

L’Association de défense des victimes de l’affaire du sang contaminé (ADVASC) ne veut pas entendre parler de l’ouverture du don du sang aux homosexuels. Pour elle, c’est « un cadeau empoisonné » et « en cédant aux pressions de quelques associations homosexuelles, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot mène une politique dont les transfusés paieront le prix. » De tels propos sont inacceptables, ils ne sont ni plus ni moins que de l’homophobie et me donnent la désagréable impression que les victimes d'hier sont prêtes à prendre le rôle des bourreaux d'aujourd'hui.
Je comprends la douleur et le ressentiment des personnes contaminées par transfusion, celle de leurs proches aussi. Mais il ne faut pas se tromper de cible. Si des homosexuels ont donné leur sang, c’était un geste de solidarité. On leur reproche assez par ailleurs d’être des asociaux, de ne pas se préoccuper de la communauté, etc. pour s’abstenir de venir les vilipender quand ils font preuve du contraire.
Ceux qui ont donné du sang contaminé ne l’ont pas fait sciemment, et ce pourrait tout aussi bien être des dons hétérosexuels qui sont à l’origine de cette catastrophe. Non, ce qui est en cause, ce ne sont pas les donneurs, ce sont ceux qui en connaissance de cause ont diffusé les lots dangereux ! Les coupables ne sont pas les donneurs bénévoles, mais bel et bien ceux qui ont voulu faire passer le business avant tout ! Inutile de refaire ici un procès qui a eu lieu.
Aujourd’hui, l’Établissement français du sang (EFS) est alarmé par une pénurie de dons et une augmentation de 5 % de la demande cette année. Les techniques de dépistage ont grandement évolué depuis 1983 et si le risque résiduel d’une contamination par transfusion n’est pas totalement écarté, les chiffres sont plutôt rassurants : une étude de l’institut de veille sanitaire parle d’un risque sur 1,7 million de dons pour la transmission de l’hépatite B et d’un pour 2,6 millions s’agissant du sida. Bien sûr si l’on tombe sur cette poche-là, c’est inacceptable. La notion même de « risque résiduel » fait froid dans le dos, mais c’est un fait que le risque zéro n’existe pas. Nulle part et en rien. Alors faut-il se priver de tous les dons possibles ? Sachant que ces risques sont les mêmes s’agissant de dons effectués par des hétérosexuels ! J’ai déjà dit ici ce qu’est ma position personnelle, aussi je n’y reviens pas. Il n’empêche que cette réaction de l’ADVASC ne peut que me conforter dans mon choix.
Une autre solution consiste à choisir de se priver de sang parce que l’on n’a pas confiance dans celui qui est proposé. Cette dernière phrase est choquante, j’en ai conscience, mais elle a le mérite d’interpeller la conscience de chacun : pourquoi toujours imputer aux autres les malheurs de la terre ? Chaque décision que nous prenons nous engage nous aussi.

lundi 10 décembre 2007

Enterrement de première classe

Madame Royal se voit très bien gagner la prochaine élection présidentielle, fût-ce même sans l’appui d’un parti politique. C’est en tout cas ce qui ressort de ses propos d’hier sur Canal +.
Si l’on en croit ce qu’écrit Bernad-Henri Lévy dans Ce grand cadavre à la renverse, les peaux de bananes, pièges grossiers autant que grotesques, qui lui ont été mis sous les pieds par ses amis du Parti socialiste, montrent à l’évidence qu’elle réussira mieux sans eux qu’avec !
Je ne sais pas si ce pari est réaliste ou réalisable, mais je me demande s’il ne faudrait pas envisager un galop d’essai. Pourquoi ne pas tenter le coup sur les municipales par exemple ? De préférence en s’attaquant à une ville tenue par un dinosaure du PS histoire de mettre les rieurs de son côté (en cas de victoire) ?
Quoi qu’il puisse se passer, il y a une chose qu’elle a réussie et que ne pourront lui enlever ses anciens camarades : à défaut d’être la première présidente de la République, elle restera à tout jamais la première candidate et cela suffira à la faire entrer dans l’histoire. Ainsi, on se souviendra plus longtemps de son nom que de celui de ces gagne-petit frileux qui faisaient voter une loi sur la parité non point pour donner leur chance aux femmes, mais pour se réserver au moins la moitié du gâteau quoi qu’il arrive, ces beaux messieurs de la langue de bois dorée qui pensent qu’en politique il y a « le langage meeting et la réalité ».
Une autre chose dont l’histoire devra se souvenir et ériger en leçon pour l’avenir : l’attitude de Madame Royal après la défaite montre – et il en était besoin, hélas ! – qu’elle avait plus de classe, plus de légitimité et plus d’envergure pour prétendre à la magistrature suprême qu’un Lionel Jospin de triste mémoire : mauvais candidat et plus encore mauvais perdant !
Bref, Madame Royal nous promet pour 2012 un enterrement de première classe, reste à savoir qui sera le cadavre.

dimanche 9 décembre 2007

Le trou dans le mur

C’est toujours le même bonheur que la lecture de Michel Tremblay et ce n’est pas Le trou dans le mur qui me fera changer d’avis ! Je crois que le Québécois peint mieux encore que Simenon les petites gens. Il y a une raison essentielle à cela, c’est qu’il les aime. Le Belge, lui, était froid et clinique. On ne lui sent aucune empathie avec ses personnages, il se sert d’eux pour une démonstration magistrale et en fait autant de sujets d’expérimentation. Pour Michel Tremblay, il est évident que c’est tout le contraire. Il nous parle de personnes qu’il aime, qui peuplent son univers depuis l’enfance et pour lesquels il a un profond respect. La meilleure preuve de l’attachement qu’il leur porte est qu’on les retrouve de livre en livre, romans ou pièces de théâtre. La pièce en contrepoint du roman, ce que faisait aussi Yves Navarre, parce que l’intensité dramatique passe mieux dans le dialogue entre les protagonistes que diluée dans le récit. Il ne faut pas y voir une redite, loin de là, c’est l’histoire du Plateau-Mont-Royal et de la Main qui se poursuit et se construit par petites touches précises pour donner à l’arrivée un tableau général de la comédie humaine d’un quartier de Montréal. Cependant, Tremblay ne s’arrête pas au dramatique, il sait en tirer un certain humour, ce qui montre bien sa faculté d’observation et sa grande acuité. Je ne crois pas avoir eu l’occasion de lire quelqu’un qui parle des travestis avec autant d’humanité, il nous entraîne à rire avec elles et non à rire d’elles, c’est cette nuance qui fait toute la différence.

samedi 8 décembre 2007

Éloge du paraître

Éloge du paraître est un très beau plaidoyer pour les conventions – qu’elles soient esthétiques, grammaticales, structurelles ou autres – qui forment le ciment d’une société. J’ajouterai le ciment « culturel », la culture étant prise ici dans son sens profond et ne cédant rien à la mode du colifichet dont on l’affuble depuis quelques décennies ; celle dont Fontenelle disait que « c’est ce qui reste quand on a tout oublié. » Or, il est a se demander si grand nombre d’entre nous ne l’ont pas oubliée elle aussi.
Renaud Camus s’insurge contre l’idéologie dominante du sympa qui veut que l’on sacrifie tout à son bien-être personnel, que l’on privilégie le commode, le plus pratique, plus simple ou plus confortable sans se soucier des règles et moins encore de l’origine de celles-ci dans lesquelles on ne voit plus qu'entraves, oubliant que par ailleurs elles nous libèrent et/ou nous protègent également. Au « moi je » des tenants du plus-être, la conclusion oppose avec justesse et simplicité que « le paraître est la grande école de l’être. »

vendredi 7 décembre 2007

Un peu de pudeur ne nuirait pas…

Quand j’entends Bernard Laporte prôner le bénévolat pour les jeunes de 18 à 25 ans en proposant d’instituer un service civique de « cent heures obligatoires par an, afin de mobiliser les énergies des jeunes dans les clubs et les associations » j’hésite entre l’éclat de rire et la colère. Quoi qu’il en soit, je me dis qu’un peu de pudeur ne nuirait pas dans le débat politique. Non que je sois par principe opposé à un service civique – encore faudrait-il que celui-ci s’effectuât dans un service public pour autant qu’il en reste – mais parce qu’il me semble qu’il y a des personnes moins bien placées que d’autres pour parler de bénévolat. Et pour en mal parler, d’ailleurs.
Entendons-nous sur les mots. Le bénévolat c’est un don de soi, de son temps, de son expérience etc. qui est basé sur le volontariat. C’est ce qui en fait tout l’intérêt, je veux dire la beauté, l’efficacité et – osons le mot – le prix. Dès lors qu’il deviendrait obligatoire, ce serait du travail sous contrainte. Non payé de surcroît, ce qui aux yeux de la loi porte un nom : l’esclavage ! En outre, ces « cent heures » me font irrésistiblement penser à une peine de travaux d’intérêt général prononcée contre un délinquant.
Et puis, où est la cohérence dans tout cela ? D’un côté le président de la République qui répète à l’envie « travailler plus pour gagner plus » et de l’autre son secrétaire d’État qui parle de bénévolat pour les jeunes. Chômeurs, on ne leur trouve pas de travail, mais dès qu’il n’est plus question de les rémunérer on trouverait à les occuper… Je me demande si on n’est pas en train de réinventer le S.T.O. de triste mémoire (pour ceux qui en ont).

jeudi 6 décembre 2007

La force imbécile

L’autorité est bien souvent – pour ne pas dire toujours – une force imbécile. Certes, on pourrait dire que c’est moins son fait que celui de ceux qui l’exercent, mais je me demande dans quelle mesure on ne peut pas lui imputer cette imbécillité à partir du moment où elle semble contaminer tous ceux qui sont investis de la moindre de ses parcelles.
Mon expérience est très ancienne sur ce sujet. Par exemple, je me souviens qu’à l’âge de seize ans j’avais trouvé un travail pour un mois d’été dans un grand magasin de la rue de la Convention à Paris. J’étais au sous-sol où se situait l’alimentation, je m’occupais du stock et du réassort. Je n’avais pas moins de trois chefs de rayons pour me donner des ordres. Tous les matins, l’un me disait une chose, l’autre passait cinq minutes plus tard pour un premier contrordre que démentait le troisième un peu plus tard au profit d’une autre tâche, tant et si bien qu’il aurait fallu tout commencer et ne jamais rien finir. Forts des consignes données, ils se retrouvaient ensuite au café du coin pour s’envoyer un whisky, comme en attestait leur haleine. Cela dura trois jours. Le quatrième, je les appelais dans la réserve et leur dit ce que chacun m’avait demandé dans le quart d’heure précédent, ajoutant que dorénavant le mieux serait qu’ils aillent directement au café et me laissent gérer le boulot. La solution devait leur convenir car à partir de cet instant j’ai eu la paix, aussi incroyable que cela paraisse !
Finalement, ces trois-là n’étaient pas bien méchants. J’ai pu m’en rendre compte plus tard, à la fréquentation d’innombrables "petits-chefs". Nous connaissons tous ces roquets hargneux dont le seul mode d’expression semble être l’aboiement et à qui l’on mettrait volontiers un coup de pied sous la queue pour les calmer.
Mon postulat a toujours été qu’un donneur d’ordre devrait être capable lui-même d’exécuter ce qu’il demande, mais on en est loin. Fini le temps où l’encadrement était issu des rangs, formé sur le tas. Nous sommes à l’ère des grandes écoles où la théorie est bien la seule pratique. Le caractère des anciens n’était pas meilleur, du moins avaient-ils un semblant de légitimité du fait qu’ils étaient au courant du boulot.
Que faudrait-il alors , une autorité moins brutale, plus courtoise ? Je crains hélas que celle-ci serait en définitive davantage hypocrite qu'autre chose. Donc le mieux est de se passer d'autorité. C'est pourquoi cela fait dix-huit ans que je suis mon propre patron, le seul que j'arrive à supporter. Et encore, pas toujours…

mercredi 5 décembre 2007

Politique du rebelle

Comment ne pas me sentir concerné par cette Politique du rebelle ? Je me suis toujours considéré comme libertin et libertaire, donc hédoniste. À la lecture de ce livre, je me découvre proche de Nietzsche pour qui "Il m’est odieux de suivre autant que de guider" et de Blanqui qui ne voulait "Ni Dieu, ni maître."
Faut-il en conclure que je suis anarchiste ? Probablement d’une certaine façon. Cependant, je ne cache pas que je me sens assez dubitatif devant ce système. N’est-ce pas l’utopie par excellence ? Refuser toute forme de pouvoir contraignant est certes tout à fait tentant, cependant la discipline anarchiste n’en est-elle pas une forme particulièrement condensée ? Autrement dit, l’anarchisme ne constitue-t-il pas lui-même la négation de l’anarchie ?
En fait, je mets ma liberté au-dessus de tout principe et ne veux l’aliéner à aucune cause. Ce n’est pas de l’égoïsme forcené dans la mesure où je reste prêt à venir en aide à quiconque en a besoin, mais sans aucun doute une forme d’individualisme. Et donc de misanthropie.
Politique du rebelle est un très bon Traité de résistance et d’insoumission. Michel Onfray s’y montre passionné et passionnant. De la veine du Traité d’athéologie dont je m’étais régalé il y a quelques mois.

mardi 4 décembre 2007

Précision généalogique

Cet "oncle" dont je parlais hier n’en était pas vraiment un, d’autant qu’il était une pièce rapportée. Un Cantalou… Nos généalogies auvergnates sont souvent compliquées, j’ai ainsi tout un cousinage qu’il me serait bien impossible d’expliquer et de défricher, mais elles savent aussi être pleines d’humour lorsqu’elles permettent la réunion d’une Gouttière et d’un Grenier !
Par ma mère, je viens des Combrailles. D’un petit village situé à une vingtaine de kilomètres de St-Gervais d’Auvergne où sont pour partie des origines de Renaud Camus. Quelques maisons qui furent désenclavées au milieu des années soixante-dix quand enfin la route fut poursuivie et goudronnée. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les troupes allemandes n’arrivèrent jamais jusque-là, elles s’arrêtèrent au village précédent et renoncèrent à traverser le bout de forêt qui était devant elles, c’est dire que l’on était bien là-bas au bout du monde.
Tous ces lieux sont dans l'arrondissement de Riom, pour Herment et Sauvagnat il faut aller dans celui de Clermont.

lundi 3 décembre 2007

Vertige de l'ignorance

Une chose me hante depuis l’adolescence, c’est la vanité de l’accumulation du savoir, la fragilité du trésor intellectuel. L’idée que la somme des connaissances que nous avons acquises au long de notre existence disparaisse avec nous m’est proprement insupportable.
J’ai formulé ceci à propos d’un "oncle" enseignant qui voua sa vie à la transmission d’un savoir qu’il jugeait essentiel, poursuivant son action au-delà de la retraite en s’occupant de la Ligue dont il fut président. J’étais admiratif devant sa culture et je ressentais comme un crime que celle-ci au fond soit si éphémère. Encore ne savais-je pas à quel point puisque cet homme fut terrassé par la maladie d’Alzheimer de façon foudroyante. Son esprit battit la campagne du jour au lendemain après le décès de son épouse qu’il adorait. Couple d’inséparables sans enfant, le départ de l’une fut le désastre de l’autre. Mes craintes étaient fondées, de tout ce merveilleux bagage, de cette encyclopédie, il ne resta rien. Alors à quoi bon ?
Pourtant, sans doute est-ce en mémoire de cet homme que j’ai repris le flambeau. A la manière dilettante et jubilatoire qui était la mienne et qu’il ne détestait pas. Je crois qu’il aimait ma révolte devant le convenu. Elle l’amusait, mais il la prenait au sérieux. Lui, savait bien que tous les chemins mènent à Rome et que c’est finalement la destination qui importe seule. J’ai flâné en chemin, butiné ici et là au hasard de l’inspiration, mais cela ne m’a pas empêché de faire mon miel.
J’ai moi aussi cette culture qui parfois intimide mes interlocuteurs. Sans raison, je voudrais qu’ils le comprennent. Pour ma part, je sais bien que sous ce vernis le bois est vermoulu. Plus j’avance, plus je me rends compte de mes lacunes, de tout ce que je voudrais connaître, savoir et retenir alors que je n’en aurai pas le temps. Je suis maintenant saisi de vertige du haut de mon ignorance !
C’est une fuite en avant dans laquelle l’appétit vient en mangeant ; je sais que je ne serai jamais rassasié, que c’est un état boulimique. Il ne restera rien de tout cela après moi, mais je continue car c’est une drogue.
Je pense à la justesse de ce mot d'Amadou Hampaté Ba : « En Afrique, tout vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle. » Je viens de refermer le 85e livre de l’année, qui est aussi le 1 688e sur ma liste de lectures depuis le 21 décembre 1985 et comme chantait Jean Gabin : « Aujourd’hui je sais. Je sais qu’on ne sait jamais ! » Ça ne m’empêchera pas, une fois posé mon stylo, d’attraper le bouquin suivant. Je ne manque ni de réserve ni de ténacité.

samedi 1 décembre 2007

Mes écrits

Mis à jour le 18/01/12
Le but principal de ce blog est la mise en ligne de mes écrits. Certains sont déjà disponibles sous forme de fichier ".pdf" d'un simple clic sur le lien [télécharger]. Je travaille à la mise en place de nouveaux liens qui devraient donner d'autres accès, tels que [résumé], [extrait] et fiche de [projet].

Roman
- Soliloque amoureux [télécharger]
- L'Exemplaire de Bordeaux (en cours)

Nouvelles
A • Straights

- Des hommes ensevelis tout droit contre des arbres
[télécharger]
- Quelque part, une guerre
[télécharger]
- Lettre d’amour à Alejandra
[télécharger]
- Compte à rebours (*)
[télécharger]
- La femme aux deux montres
[télécharger]
- J'entendrai des regards que vous croirez muets [télécharger]

B • Gays
- Le vol des éphémères [télécharger]
- Nous n’irons plus au bois…
[télécharger]
- L’éthique du mensonge (en cours)
- Matin de septembre
[télécharger]
- Un objet de scandale
[télécharger]
- Cœurs de Lyon
[télécharger]
- La maladie de Charles (en cours)
- Désespoir du peintre [projet] [télécharger]

Théâtre
- Malvina
[télécharger]
- Cas de conscience
[télécharger]
- Une montre en or
(en cours)
- Quittons-nous bon ennemis (en cours) [projet]

Essais
- Homophobies
- Ce que font les garçons entre eux - Construction d'une identité homosexuelle positive à travers la littérature moderne
(en cours)
- Le silence déchira son cris - Yves Navarre, romans d'une vie (en cours)
- Éléments sur une culture gay - Bibliofilmographie (en cours)
- Éléments sur la famille gay (en cours)
- Autour de la littérature - Chroniques - Tome I (2007-2009)
- Autour de la littérature - Chroniques - Tome II (2010-2011)
- Autour de la littérature - Chroniques - Tome III (2012-…) (en cours)

Varia
- En quelques mots - Abécédaire
- Comme dit le poète - Citations (en cours)
- Je me souviens encore - Souvenirs (en cours) [projet] [extrait]
- Eux et quelques autres - Souvenirs (en cours) [projet] [extraits]

Journal
1. Backrooms et autres villégiatures
[novembre 2002-juin 2003]
2. Le défilé des amants [juillet 2003-novembre 2003]
3. Notre-Dame des passes
[novembre 2003-mars 2004]
4. L’Amour en partage
[avril 2004-août 2004]
5. La queue de la comète
[septembre 2004-mars 2005]
6. La métamorphose des teubs
[mars 2005-août 2005]
7. Les bons coups et les mauvais
[août 2005-février 2006]
8. Le teste-amants
[février 2006-août 2006]
9. L’inversion du sujet
[août 2006-janvier 2007]
10. Cacao et cocaïne
[janvier 2007-mai 2007]
11. Le sentiment de l’absence
[juin 2007-novembre 2007]
12. La volonté de jouissance [novembre 2007-février 2008]
13. Sur les ailes de l'Ange [février 2008-mai 2008]
14. Opinions et impressions [mai 2008-juillet 2008]
15. La tentation d'un Il [août 2008-octobre 2008]
16. Amant de l'écart [novembre 2008-février 2009]
17. Un sentiment de passage [février 2009-juin 2009]
18. Le Cœur souverain [juin 2009-décembre 2009]
19. La liqueur magique [janvier 2010-mai 2010]
20. Hommage de l'auteur absent de ces lieux [janvier 2010-décembre 2009]
21. Le champ du départ [janvier 2011-décembre 2011]
22. L'année des cinquante ans [janvier 2012-…] (en cours)

(*) Il existe une version occitane intitulée Compte a l'arrenvèrs (Traduction et adaptation d'Olivier M.) [télécharger]