samedi 25 février 2012

Tant de haine…

On a parfois froid dans le dos en lisant les commentaires – anonymes ou sous pseudonymes, ce qui revient au même – de certains internautes à la suite d’articles de presse en ligne. Toute la panoplie y passe, l’insulte, le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie, parfois même l’appel au meurtre.

Les sites français "régulent" le plus souvent ce genre de propos. Les sites étrangers sont beaucoup plus laxistes car ils respectent avant tout la législation du pays où ils sont basés. Ainsi, n’importe quel excité pourra-t-il exprimer la quintessence de sa bile sur Yahoo, quand Libération.fr lui barrera la route.

Ne devrait-on pas s’arrêter quelques secondes sur le verbe "réguler", bel euphémisme de circonstance. Le fait même de ne pas employer un verbe plus catégorique tel que "supprimer", "caviarder", "interdire", "censurer" etc., indique probablement que ce filtrage se fait plus ou moins à contrecœur. Sans doute au nom de l’ancien mot d’ordre soixante-huitard « Il est interdit d’interdire ». Beau slogan qui n’était rien d’autre, au départ, qu’une blague de chansonnier lancée à la radio par Jean Yanne.

Je lisais hier des commentaires tout à fait abjects suite au décès par balles d’un jeune homme à Marseille. Tout juste si certains n’étaient pas prêts à accorder la Légion d’honneur à l’assassin… Il est vrai qu’on la donne à n’importe qui, mais tout de même !

On pouvait lire pêle-mêle le souhait qu’une riposte ne se fasse pas trop attendre, qu’il fallait que tous ces gens-là s’entre-tuent pour nettoyer la ville, que la mort d’un dealer n’était pas regrettable et tant d’autres inepties. Quand on abat les gens dans les entrées d’immeubles à coup de fusil-mitrailleur, on peut s’attendre à ce qu’il y ait des balles perdues et si une guerre des gangs se développait, les risques en seraient démultipliés.

Mais avant même d’en venir à réfléchir sur les conséquences d’une intensification de l’affrontement, ce qu’il faut retenir de ce déversement de haine, c’est le peu de prix accordé à la vie humaine et aux règles de droit censées régir notre société. L’absurdité de ces réactions, c’est qu’elles ne prennent pas en compte une variable essentielle : nous ne savons pas ce qui peut se produire dans notre entourage. Ce jeune homme abattu peut aussi bien être un membre de notre famille plus ou moins lointaine demain. Ces illuminés sont-ils prêts à applaudir au meurtre de leur cousin comme à celui de cet inconnu ?

L’anonymat et l’instantanéité de leurs messages leur ouvrent la porte à un déversement d’insanités irréfléchies. Ils appellent cela des commentaires, quand ce ne sont que des crachats. Il n’y a dans leur propos, aucune réflexion, pas la moindre retenue, rien qui montre en fait qu’ils soient dignes qu’on s’intéresse à ces pauvres babillages teigneux qu’ils déversent pour se donner l’impression d’exister.

La clef se trouve peut-être là : ils ont tant de mal à exister qu’ils ne peuvent que se réjouir de la mort des autres, qui les rend eux-mêmes un peu plus vivants, même si c’est en creux.