« Le Transsibérien quitte chaque jour Moscou, gare de Iaroslav, à 16 h 50 […] Une semaine plus tard il arrive à Vladivostok, son terminus en Sibérie orientale. Il est alors, à la montre du voyageur, 6 h 30 […] Le train n’a pas pris une minute de retard, bien qu’il ait parcouru 9 288 kilomètres. La fameuse incurie russe ? Ignorée de l’organisation ferroviaire, qui non seulement respecte les horaires avec une précision méticuleuse, mais se montre exemplaire jusque dans le programme esthétique. La gare de Vladivostok, point d’arrivée, est l’exacte réplique de la gare Iaroslav à Moscou, point de départ : une sorte de château russe, blanc, de style composite, avec un corps central et deux ailes, assemblage harmonieux d’arches, de toits pointus, de créneaux, non sans un brin de fantaisie supposée cosaque. » (p. 9) Voici, résumé en quelques phrases, le voyage auquel nous convie Dominique Fernandez dans Transsibérien. Un voyage qu’il a lui-même effectué il y a deux ans, lors d’un échange culturel organisé à l’occasion de l’année de la Russie en France. Voyage rendu trois fois plus long par les escales du groupe dans les villes jalonnant le parcours : Nijni-Novgorod, Kazan, Ekaterinbourg, Novossibirsk, Krasnoïarsk, Irkoutsk, Oulan-Oudé.Ce qui saute directement aux yeux du lecteur plongé dans ce livre, c’est l’extrême jeunesse de son auteur. Quatre-vingt-un ans au moment où il vit et écrit ce voyage. Chaque étape, et l’on pourrait dire chaque tour de roue, est pour lui l’occasion d’évoquer des souvenirs de lectures, de tableaux, de musique ou de ballets. On sent que ses compagnons de voyage sont moins Ferrante Ferranti, qui signe les photographies illustrant l’ouvrage, Jean Echenoz, Sylvie Germain, Olivier Rolin, Danièle Sallenave, etc. que Léon Tolstoï, Alexandre Dumas, Jules Verne, Anton Tchekhov, Evguenina Guinzbourg, Varlam Chalamov, Alexandre Soljenitsyne, Ossip Mandelstam, et d’autres. Sans cesse, il confronte ses souvenirs de lectures à la réalité du périple effectué.
Ce n’est pas ici un simple récit de voyage, avec une plate description de steppes et taïgas infinies, mais une évocation amoureuse d’un pays et d’un peuple pour lesquels l’auteur n’a jamais dissimulé son attrait et sa tendresse.
Il existe un art de voyager, de le faire avec intelligence, opposé à la conception du voyage organisé des tours-opérateurs dans laquelle à force de voir trop de choses et trop vite, on ne voit rien. Dominique Fernandez nous en administre ici une belle leçon. L’œil attentif, l’esprit curieux, le cœur ouvert à la rencontre, n’hésitant pas à quitter le groupe pour des incartades personnelles, il nous entraîne au-delà du décor, interroge la réalité profonde.
Confortablement installé dans notre fauteuil préféré, nous sommes pourtant dans ce train mythique et participons à ce voyage. Nous voyons les couleurs, sentons les odeurs, entendons la rumeur du train et le bruit des fanfares venues nous accueillir à chaque entrée en gare. Tout cela est si puissant que nous pourrions dire sans mentir : « J’y étais ! »
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