François Hollande se livre dans un petit opuscule au titre évocateur, Changer de destin. Tout un programme… On imagine qu’il s’agit de changer de destin d’abord pour lui, puis, si tout se passe bien, pour la France et donc pour nous.Il a visiblement envie d’y croire et cette envie est communicative. Il sait trouver les mots. Des mots simples qui parlent au cœur en n’épargnant pas la raison. Ce n’est pas le langage de Kaa, le python dans Le Livre de la jungle, qui siffle : « aie confiance, crois en moi ! » C’est un ton plus mesuré, qui cherche à convaincre sans grandes envolées. La persuasion dans la retenue. L’inverse du miroir aux alouettes auquel une majorité de Français s’était laissée prendre il y a cinq ans.
Il s’agit moins d’un programme détaillé que de l’exposé de la philosophie qui sous-tend celui-ci. Plutôt que de nous bombarder de chiffres auxquels nous ne comprendrions pas grand-chose et qu’il nous serait quasi-impossible de vérifier, le candidat nous explique sa vision et trace le chemin qu’il propose d’emprunter pour sortir le pays d’une crise qu’il sait mondiale.
Après tout, la situation est telle qu’il vaut mieux s’engager sur les grandes lignes que sur les détails. Ce qui importe, c’est le but fixé et de l’atteindre. Surtout lorsque le premier principe posé est la justice sociale.
Bref. À la lecture de ces pages, on a envie d’y croire. Mais il s’agit d’une envie plus raisonnée qu’enthousiaste. Mais ce bémol tient moins à la personnalité de François Hollande qu’à ceux qui l’accompagnent. J’allais avoir vingt ans en 1981, c’est dire que le Parti socialiste ne représente pas franchement un espoir à mes yeux… Trop de déceptions. Trop de têtes que je n’aimerai pas voir revenir au premier plan. Or, on sent bien que parmi celles-ci, nombreuses sont celles qui chercheront à s’accrocher. Ne serait-ce que Jack Lang qui a récemment fait savoir qu’il briguait la présidence de l’Assemblée nationale. Et si la rumeur qui voit Martine Aubry à Matignon n’était pas sans fondement, alors le slogan deviendrait vite « désenchanter le rêve français ».
La question qui se pose au candidat socialiste est donc la suivante : peut-il prétendre changer le destin avec un gouvernement de revenants ? Et puisqu’il joue la carte de la jeunesse pour avancer vers l’avenir, peut-il faire autrement que de s’entourer d’une équipe qui ne soit pas déjà trop formatée par ses passages précédents dans les ministères ?
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