Une chose semble acquise pour Michel Onfray : jamais un de ses livres ne paraîtra sans déchaîner les passions sinon les haines. L’essai biographique qu’il consacre à Albert Camus n’échappe pas à la règle.L’Ordre libertaire retrace La vie philosophique d’Albert Camus. Il nous présente un Camus "Nietzschéen de gauche" et surtout un philosophe existentiel par opposition aux philosophes existentialistes qui le boudaient ou l’attaquaient, le dénigraient en faisant de lui un « philosophe pour classe de terminale ».
Michel Onfray applique ici sa méthode rigoureuse : « Je croise l’œuvre écrite et publiée avec les correspondances et les biographies, en évitant les gloses et autres travaux universitaires. » (p. 543) Pas question de recyclage de textes de seconde ou troisième main comme il arrive souvent chez des auteurs moins scrupuleux. Lisant cette œuvre au plus près, il nous montre que l’on peut faire de la philosophie à travers le roman ou le théâtre sans tomber dans les empilements de concepts abscons et indigestes. Camus moquait lui-même cela dans ses Carnets : « Ceux qui écrivent obscurément ont bien de la chance : ils auront des commentateurs. Les autres n’auront que des lecteurs, ce qui, paraît-il, est méprisable. » (p. 12)
Le portrait qui nous est donné ici tâche de coller au plus près de l’homme, délaissant la légende – vraie ou fausse – pour se rapprocher de la source et de ce qui peut s’en vérifier dans les textes laissés derrière lui par Camus. Il invite avant tout à lire l’œuvre avec un œil neuf plutôt que de se contenter des gloses qui se voulaient définitives comme autant d’exécutions capitales. En ce qui me concerne, le but est atteint…
Ses détracteurs reprochent à Onfray de rouvrir une guerre oubliée entre camusiens et sartriens, en insistant sur les arrangements de Simone de Beauvoir avec la vérité pour composer une image un peu trop romanesque de Sartre, notamment pendant la période de l’occupation. Camus s’est lui-même gaussé à ce propos – en 1952 – de ceux qui n’avaient fait que mettre leur fauteuil « dans le sens de l’Histoire ».
Qu’un livre fasse débat est tout à fait salutaire. Le plus à craindre serait l’indifférence. Le débat ne sera de toute façon jamais tranché, nous voyons bien qu’il s’agit de querelles d’experts – ou supposés tels – dont certains ont plus à cœur de défendre leur chapelle et les prébendes qui s’y attachent que la vérité historique ou philosophique. Il n’y a qu’une chose à faire, avec Onfray comme avec Camus : lire l’œuvre et se faire sa propre idée.
Pour ce qui me concerne, j’ai pris un réel plaisir à m’immerger dans ce livre dont je me demande s’il n’est pas tout simplement son meilleur. La chose n’est pas facile à trancher dans une œuvre aussi abondante et abordant des sujets apparemment aussi divers. Je dis "apparemment" car il est bien évident que tout ceci se rejoint et forme un tout indissociable. Une vision hédoniste et libertaire, donc une philosophie de la vie vécue plutôt que simplement pensée…
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