mardi 10 janvier 2012

Une affaire exemplaire

L’affaire Iacono restera longtemps dans les annales de la Justice. Elle est en effet exemplaire des limites de celle-ci. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un mixte entre Kafka et Courteline. Théâtre du pire et du rire. Pour preuve, cette réincarcération à la prison de Grasse pour un homme innocenté par son accusateur. Il y a des rapprochements phonétiques qui font plus que frôler la dérision.

Un notable accusé de viol par son petit-fils, qui maintient sa version pendant une décennie, fait condamner son grand-père à neuf ans de réclusion, puis se rétracte totalement. Voici un résumé bref et sec de cette histoire.


À partir de là, nous ne pouvons que nous interroger. Quid de la sacro-sainte parole de l’enfant ? Le mensonge est-il au début de l’affaire ou dix ans plus tard dans la rétractation ? Si la vérité est celle qui est dite maintenant, pourquoi cette lenteur à reconnaître que le jugement était faussé et donc nul ? Ce qui entraîne une autre question primordiale : Christian Iacono réincarcéré, que fait son petit-fils dehors ? Entre la dénonciation calomnieuse et le faux témoignage, il y aurait déjà de quoi lui demander des comptes…


Au-delà de l’honneur atteint, des années de souffrance et de prison, cette affaire n’est pas seulement familiale. Bien sûr, l’idéal, le happy end, voudrait que le grand-père, lavé de toute cette sanie, sorte définitivement de prison et prenne le jeune homme dans ses bras pour lui accorder son pardon. Image idyllique pour journaux télévisés et presse people. Mais c’est sans compter les ravages produits sur la Justice et les autres victimes…


Cette affaire fait date. Elle permettra aux vrais criminels de se retrancher derrière elle pour mettre en doute la parole de leurs accusateurs. On risque de tomber d’un excès dans l’autre, de la parole sacro-sainte au mensonge probable.


Il sera moins facile encore, dorénavant, d’oser porter plainte, de parler du traumatisme d’un viol par un parent proche ou une personne exerçant une autorité. Ça ne l’était pourtant déjà pas. Qu’on pense au combat de Laurent de Villiers, entre autres…

Dans un procès, il y a un accusé et une victime. Quand les preuves concordent, l’accusé est reconnu coupable. Tout cela paraît si simple sur le papier ! Pourtant il arrive que l’accusé devienne victime et la victime coupable, comme ça semble être le cas ici. Alors la machine judiciaire se trouve dans l’embarras. Courteline nous l’a dit depuis longtemps, il ne faut pas bousculer « un système qui ne tient debout que parce qu’il en a pris l’habitude »…