À la lecture de Décivilisation, de Renaud Camus, on constate que l’esprit s’évade. D’abord sur le fond, si l’on considère qu’il y a un lien cohérent et fort entre esprit et civilisation ; ensuite sur la forme car à plus d’un moment c’est notre propre esprit qui s’évade de ces pages en cours de lecture.À la décharge de l’auteur, on dira que c’est parce que nous sommes ses fidèles lecteurs de son œuvre et que par conséquent il nous a déjà amplement entretenus de son sujet, notamment à travers son Journal. À sa charge, on dénoncera des phrases rendues trop longues par un luxe de précisions précautionneuses. Certes, l’ensemble du sujet est polémique, mais tous ces détours finissent par être lassants et faire perdre de la force à la démonstration à force de dilution.
Ce regret étant posé, il faut bien dire que l’on ne peut qu’être d’accord avec le constat posé et développé dans ces pages qui viennent en amont de La Grande Déculturation (Fayard, 2008).
Oui, la faillite de l’École commence au moment où l’on a substitué à l’Instruction publique une Éducation dont l’idée même qu’elle fût nationale n’apparaissait pas toujours clairement. C’est aux parents qu’il appartient d’éduquer leurs enfants, pas à la collectivité ! Mais la pente ayant été soigneusement savonnée, on ne pouvait qu’y glisser de mal en pis…
Au passage, il me semble que dans la démonstration de Renaud Camus il y a une lacune. Peut-être est-ce pour ne pas nous démoraliser complètement ? Il aurait été bon de relever que le niveau scolaire catastrophique ne peut que baisser à cause d’une mécanique simple : les maîtres d’aujourd’hui sont le pur produit de cette École à minima, comment transmettraient-ils des savoirs qu’eux-mêmes n’ont pas acquis ? On parle beaucoup des savoir-faire et des petits métiers qui se perdent, il faut avoir conscience que cela s’applique totalement aux divers métiers de l’enseignement.
Ces pertes sont-elles irrémédiables ? Toute la question est là. Peut-on envisager une recivilisation ? Qui pourrait avoir le courage et les moyens d’entreprendre un tel chantier ? Ou bien, si nous voulons être optimistes, pouvons-nous croire que cela se fera naturellement à un moment, lorsqu’ayant touché le fond, une génération – celle-ci ou la suivante – décidera de donner un grand coup de talon pour remonter à la surface et sortir de cette eau glauque dans laquelle s’étaient vautrés ses devanciers ?
Beaucoup de petites choses pourraient être faites rapidement et à moindres frais. Et sur le principe qui veut que les petits ruisseaux forment les grandes rivières, ce serait déjà une nouvelle respiration pour tous. Mais de même que l’éducation n’appartient pas à l’État, je ne pense pas que ce soit son rôle de reciviliser ses concitoyens. La force et la contrainte exercées par une autorité centrale ne trouveraient certainement pas la légitimité intime nécessaire à la formation personnelle de chacun. Et puis, cet État n’a-t-il pas montré lui-même – particulièrement ces cinq dernières années – à quel point il était aussi en perte de repères, de culture et de savoir-vivre ? Si l’on veut considérer que l’exemple vient d’en haut, alors il est à craindre que nous ne puissions que baisser les bras !
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