samedi 21 janvier 2012

L’abondance tue l’originalité

Il faut bien le dire, l’abondance tue l’originalité. Le phénomène est particulièrement observable à la télévision dans les séries qui s’enchaînent sans répit.

Cela est flagrant avec les séries américaines qui se déclinent de la côte est à la côte ouest. Des scénarios plus ou moins identiques se retrouvent des versions Manhattan et Mi-ami dans Les Experts ou de New York Police judiciaire à sa déclinaison Anglaise située à Londres.

Aussi, regardant Interpol sur TF1 l’autre soir n’ai-je à aucun moment douté que le jeune homme suspecté du meurtre de sa colocataire était gay. C’était tellement prévisible !

C’est ainsi que l’on devient blasé. Qu’il est de plus en plus difficile de nous surprendre. C’est peut-être un peu moins vrai avec la littérature. Certes, depuis que l’homme écrit des livres, il répète un peu les mêmes choses, mais le style arrive à sauver la sauce. Il en va de même en cuisine, il suffit d’un ingrédient supplémentaire ou d’un dosage différent pour rehausser ou rater un plat.

À la télévision ou au cinéma, le jeu des acteurs, le rythme imposé par le réalisateur n’arrivent plus à faire la différence. Les choses qui se ressemblent trop ne passent pas la rampe. C’est peut-être un peu moins vrai au théâtre, parce que les acteurs se remettent en question chaque soir, parce que le public influe sur la représentation. La meilleure mise en scène, la meilleure distribution ne peuvent rien si les gens dans la salle sont mauvais… Par "mauvais", on peut entendre "distraits" ou sur une digestion difficile, cette alchimie se jouant à si peu de chose !

Bref, il me semble que la télévision a beaucoup trop tiré sur la corde de la facilité. D’un épisode à l’autre, d’une série à l’autre, d’une chaîne à l’autre, tout se ressemble. Rien – ou trop rarement – de neuf. On est blasé, on ne regarde plus que d’un œil, n’écoute plus que d’une oreille, zappe au moment de la pub. Il n’y a plus de magie…

Et pourtant, on se surprend à être là, chaque soir au rendez-vous, espérant une étincelle, un incident – volontaire ou non – qui tout d’un coup retiendrait notre attention, susciterait un regain d’intérêt, l’illusion que tout est encore possible. Les philosophes soupçonnent l’Histoire de balbutier, les scénaristes le démontrent de film en film. À tel point que cela relève davantage du bégaiement !