samedi 7 janvier 2012

Homoparentalité : la balle au centre !

Bien sûr, il n’y a rien de sensationnel en soi dans ce que dit François Bayrou à propos de l’homoparentalité et il reste à faire la part de sincérité et de calcul politique qui entre en compte dans ce discours, mais d’un autre côté nous ne pouvons que nous réjouir d’entendre cette voix discordante dans les propos généralement plus passionnels et moins ouverts que l’on entend habituellement à droite.

Comment ne pas être d’accord avec lui, lorsqu’il écrit sur son site de campagne : « Je ne comprends pas le débat sur l'homoparentalité. Elle existe. Il y a des centaines de milliers d'enfants, nés de pères ou de mères qui se sont, au cours de leur vie, découverts homosexuels, après avoir vécu en tant qu'hétérosexuels. Alors, dire "l'homoparentalité, c'est affreux"... Excusez-moi, mais c'est la vie de tous les jours ! Ensuite, l'adoption homosexuelle, elle existe, puisque j'ai été président de Conseil général et je suis moi-même intervenu pour qu'il n'y ait pas de distinction sur le sujet. Le fait que deux personnes élevant des enfants ensemble, les ayant adoptés ensemble, soient reconnues toutes les deux comme parents est un droit logique et de bon sens. Il y a le cas tout à fait particulier des enfants élevés dans le seul cadre d'un couple homosexuel et qui n'ont pas d'autre parenté que les deux personnes homosexuelles qui les élèvent. Je suis pour que, dans ce cas-là, on reconnaisse le lien entre l'enfant et le deuxième parent. Parce que si la personne, la mère généralement, par qui il a été conçu, ou par qui il a été adopté meurt, l'enfant se retrouve orphelin alors qu'il a été élevé par ces deux personnes. Ce n'est pas juste. »

Et pour ceux auprès desquels il est nécessaire de mettre les points sur les "i", il précise sa pensée. Il se dit choqué par l’argument fallacieux de la nécessité d’un père et d’une mère pour élever un enfant, car : « il y a en France des millions de mamans, toutes seules, qui élèvent leurs enfants. Ne sont-elles pas des mères qui méritent d'être respectées ? » Oui, c’est une chance que d’avoir un père et une mère, « mais ce n’est pas toujours possible et il faut le prendre en compte. »

Même la gestation pour autrui (GPA) trouve un soutien sous sa plume, au nom de l’harmonisation des législations. Puisque des femmes homosexuelles y ont accès en se rendant en Belgique, « l’idée qu’une chose serait autorisée et légale là et interdite en France n’est plus de ce temps. » En somme, son discours est tour à fait simple, il s’agit pour lui de respecter avant tout la chose la plus précieuse à ses yeux : « j’adopte une ligne de conduite : essayons de faciliter une chose qui, pour moi, est précieuse, la vie des enfants […] il y a des enfants qui naissent de cette manière. Respectons leur vie, et donnons-leur des droits. »

On ne sait pas si, après une telle prise de position, le candidat Bayrou verra le ralliement de Christine Boutin qui le laissait entrevoir il y a quelques jours. On connaît la crispation de la présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD) sur ces sujets. Elle l’avait d’ailleurs taclé le 22 décembre dernier : « il est pour l’adoption par les couples homosexuels, ce qui est incohérent avec son projet humaniste. Je connais François depuis longtemps et j’ai tellement cru dans ce garçon. Mais il a perdu les pédales. Il est d’un laïcisme forcené. Il est brillant, il peut séduire, mais ce n’est pas possible. »

Preuve que Mme Boutin n’a rien compris au film : François Bayrou est loin d’avoir "perdu les pédales", il serait plutôt en train d’essayer de nous conquérir !