La lecture de Légende d’une vie, pièce de Stefan Zweig, est un véritable bonheur. Derrière une situation de vaudeville, se développe une réflexion profonde sur la création artistique ainsi que sur la façon des héritiers de gérer une œuvre. Question qui est loin d’être anodine dans certains cas, comme en autres exemples ceux de Nietzsche ou de Rimbaud… Les héritiers doivent-ils tout publier, peuvent-ils faire des coupes et censurer ou rectifier tels passages ? On ajouterait aujourd’hui une question plus à la mode : peuvent-ils monnayer l’autorisation de faire une suite à une œuvre célèbre ? La pièce a été créée à Hambourg en 1919, pour autant il n’est pas certain qu’elle ait pris une ride. Son sujet est éternel, ses personnages universels tant dans les grands élans que dans les petites turpitudes. C’est tout l’art de Zweig que celui d’observer finement pour mieux restituer avec minutie.
Il y a deux histoires parallèles dans ce drame. D’abord la jalousie de Leonore Franck, veuve du célèbre écrivain Karl Amadeus Franck. Avec l’aide du biographe du maître, elle a transformé la vie de celui-ci pour mieux en gommer les aspects qui pouvait la déranger. Elle a réécrit l’histoire pour placer le défunt sur un piédestal afin de mieux l’offrir à l’admiration de tous pour que cette gloire rejaillisse sur elle en définitive. Ensuite, il y a la difficulté d’être du fils, Friedrich, poète débutant écrasé par l’ombre tutélaire de ce père disparu dont il ne sait plus trop s’il doit l’aimer ou le haïr de gâcher sa vie. Il voudrait trancher ce nœud, se défaire de cette entrave qui le bride.
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