samedi 24 décembre 2011

Trinquons avec Peter Mayle

S’il est évidemment beaucoup question de vin dans Château-l’Arnaque, en bon gastronome, Peter Mayle ne se prive pas de quelques considérations sur les plaisirs de la table. Il nous indique au passage que la solitude au restaurant n’est pas si problèmatique que l’on voudrait bien le croire : « Dans le monde grégaire d’aujourd’hui, le dîneur solitaire est un personnage méconnu. Voire l’objet d’une certaine pitié, l’opinion populaire ayant du mal à accepter l’idée que l’on choisisse de s’attabler seul dans un restaurant bondé. Et pourtant, pour ceux qui supportent sans mal leur propre compagnie, une table pour une personne présente bien des avantages. Lorsque l’on n’est pas distrait par un autre, on peut accorder aux mets et au vin l’attention qu’ils méritent. » Cependant, si je suis prêt à le suivre sur ce terrain, en revanche j’avoue que j’ai davantage de mal à adhérer à la suite de la démonstration, dans laquelle il est question de tendre l’oreille aux conversations environnantes et d’observer le spectacle donné par les autres clients, de « considérer avec amusement et curiosité la mosaïque éternellement changeante du comportement humain. » (p. 74)

Il s’amuse au passage à égratigner la cuisine moléculaire dont on comprend bien qu’elle ne saurait satisfaire un homme qui aime les saveurs consistantes et par-dessus tout retrouver le goût de ce qu’on lui sert sans qu’il soit besoin d’un décodage permanent. Cela donne une scène tout à fait cocasse : « Ils avaient décidé d’essayer un restaurant follement branché de Santa Monica, un temple consacré aux extrêmes de la cuisine fusion et à toutes les audaces de l’expérimentation culinaire, un laboratoire gastronomique, à en croire un critique éperdu d’admiration. Ils auraient dû se méfier. On leur avait apporté une multitude de plats minuscules : certains arrivaient posés sur une cuillère à café, d’autres contenus dans un compte-gouttes. Les sauces étaient servies dans une seringue et un serveur aux manières affectées vous donnait des instructions précises sur la façon de déguster chaque plat. Plus le repas progressait, à pas de loup, d’un bijou comestible au suivant, plus Bookman devenait morose. Il de manda du pain et s’entendit répondre que le chef n’approuvait pas le pain avec sa cuisine. La patience de Bookman atteignit ses limites quand le serveur leur chanta les mérites du dessert du jour, une crème glacée d’œufs au bacon. C’en était trop : ils se levèrent et partirent chercher quelque chose à manger. » (p. 76)

On l’aura compris, à travers une histoire de vol de vin et d’enquête diligentée par l’assureur, le propos de l’auteur est de nous faire partager ses passions, n’hésitant pas au passage à nous glisser quelques adresses personnelles. Il s’amuse et le lecteur le suit du même pas. Pour le dire autrement, on peut considérer qu’il est Provençal d’adoption et qu’il le prouve an ayant la galéjade facile. On ne le lui reprochera pas !