jeudi 8 décembre 2011

Littérature d’enfermement

En lisant Le Bien du Mal, cinquième volume des Journaliers de Marcel Jouhandeau, je ne pouvais m’empêcher de faire une analogie entre cette œuvre et une émission de téléréalité dite d’enfermement. N’aurait-il pas en quelque sorte inventé le concept ?

Tout y est : un lieu clos dans lequel sont enfermés des personnages qui s’aiment ou se détestent, vivent les uns sur les autres entre indifférence et frictions… Des alliances se créent, qui se défont aussi vite. On passe du rire aux larmes, de la tendresse à la révolte. Même le découpage du récit s’apparente souvent au montage de postproduction de ces émissions dont il a beaucoup été question ces dix dernières années !

S’il y a bien un mélange d’exhibitionnisme et de voyeurisme dans la relation qui s’instaure entre l’auteur et son lecteur, nous devons toutefois noter une différence fondamentale entre cette littérature d’enfermement – morale autant que physique – et lesdits reality shows, celle-ci tient dans la haute qualité de langage et de style qui n’a rien de comparable à l’indigence des dialogues télévisés. En outre, il s’agit moins d’occuper le terrain du paraître que celui de la réflexion ; de pousser celle-ci au plus profond des êtres et des choses.

Jouhandeau m’agace parfois, notamment lorsqu’il trempe sa plume dans une moraline rancie, cependant il m’enchante toujours. L’agacement n’est au fond que la marque d’une infime déception de le voir céder trop facilement à une pente judéo-chrétienne prêchi-prêcha pourtant en totale contradiction avec bien des aspects de son propre comportement. Mais je dois admettre également qu’il lui arrive de me toucher lorsqu’il aborde certaines questions religieuses.

Au fond, ce qui rend cet homme si attachant, c’est le fait qu’il ne soit pas dupe de cette comédie qu’est la vie. Il nous livre plus d’une réflexion qui vaut d’être méditée, ainsi lorsqu’il affirme : « N’être bon à rien qu’à être bon, c’est quand on a tout fait, d’avoir encore tout à faire. » (p. 135)