En attaquant ma lecture de la pièce de Jean-Paul Sartre, Les mouches, j’étais un peu inquiet. Pour tout dire, les mythes grecs, même revisités, sont loin d’être une passion pour moi. Dieu n’est pas ma tasse de thé, aussi on imagine ce que je peux ressentir devant des dieux multiples, entiers ou demis… Mais ce drame dépasse le simple retour d’Oreste à Argos et la vengeance du fils d’Agamemnon. Derrière cet argument de départ, l’auteur développe une démonstration philosophique autour de deux axes principaux : le repentir et la liberté.
Après avoir assassiné Agamemnon, Égisthe a tenu la cité d’Argos par le repentir de ses habitants. Il a organisé une cérémonie annuelle au cours de laquelle les morts viennent hanter les vivant durant tout un week-end. La culpabilité intériorisée est la meilleure des chaînes pour que chacun se tienne tranquille. Or, lorsque Oreste revient, il trouve que la population est lâche, que les regrets qu’elle exprime sont un moyen trop commode de se défaire de ses crimes.
Alors qu’il pense repartir sans se faire connaître, le jeune héros rencontre sa sœur Électre et décide de rester afin de débarrasser Argos d’Égisthe et de sa complice Clytemnestre, veuve d’Agamemnon et donc sa propre mère.
Oreste a été élevé dans un esprit philosophique de liberté, il rejette les superstitions, ce qui ne laisse pas d’inquiéter Jupiter en personne qui sent que cette vengeance pourrait lui faire perdre l’ascendant qu’il a sur la cité. Il tente d’abord de le persuader de passer son chemin puis va trouver Égisthe pour le prévenir du danger et le pousser à anticiper le geste d’Oreste, mais en vain.
Oreste tuera donc Égisthe et Clytemnestre, assumant son crime sans remords et libérant ainsi Argos par ce double crime qui revient à endosser toutes les fautes de la cité. Jupiter ne sera perdant qu’à moitié car Électre ne résistera pas à la tentation du repentir. Son frère, quant à lui est seul, riche de sa liberté, sans dieu au-dessus de sa tête. Jupiter l’a dit à Égisthe : « Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres », c’est pourquoi il faut tout faire pour le leur cacher !
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