vendredi 16 décembre 2011

Conjuguons…

Au moment où le centre prône l’union nationale, où il est question de conjuguer les talents de chacun, dans le même temps que d’autres parlent de conjuguer nos efforts, mon attention a été particulièrement retenue par une analyse de Renaud Camus dans Le Grand Remplacement. Il y déplore avec justesse une flagrante déliquescence de la conjugaison française dans le langage quotidien, quelles que soient les strates de la population.

Comment ne pas être d’accord avec son analyse : « Le langage n’est pas seulement un instrument de communication. Il est d’abord un instrument de perception. L’œil ne voit pas ce que l’esprit ne sait pas nommer. Le vocabulaire est un des moyens du regard. Il est aussi, et la syntaxe avec lui, un des moyens de la pensée. Moins nous avons de mots, moins nous sommes aptes à concevoir. Moins nous avons à notre disposition de modes et de temps, moins nous sommes aptes à réfléchir. » (p. 99) ?

La sagesse populaire ne dit-elle pas, devant certaines situations, « les mots me manquent » ? Les lieux communs sont souvent frappés au coin du bon sens.

Je me souviens d’avoir eu des instituteurs m’enjoignant de ne pas utiliser le passé simple dans mes rédactions. Or, je l’employais à bon escient et sans fautes ; mais le dogme était que c’était un temps trop difficile à manier. Plutôt que de s’y appesantir, on préférait l’escamoter.

Une fois de plus, les grands principes égalitaires ont abouti à un nivellement par le bas. Les grands objectifs se sont toujours heurtés aux partisans du moindre effort et nous constatons aujourd’hui l’ampleur de la catastrophe. On la vérifie dans le langage parlé, à la radio, à la télévision, dans la rue, en famille, et tout autant dans l’écrit, qu’il s’agisse des journaux, des blogs ou forums Internet, ou des livres édités dans les plus grandes maisons. De moins en moins de correcteurs compétents, donc de plus en plus de coquilles ou de fautes grossières. Où apprendra-t-on la langue si même les livres ne font plus foi ?