jeudi 24 novembre 2011

Un rendez-vous manqué

Le voyage dans le passé est un bon exemple de ce que je disais l’autre jour à propos de l’écriture "allemande" de Stefan Zweig, dont les couleurs et le ton me font penser à certaines œuvres d’Hermann Hesse.

Les décors, les personnages et leur psychologie sont très typés. On ne les imaginerait pas appliqués à une histoire qui se passerait dans un pays plus méditerranéen. Non pas que le thème traité dans cette nouvelle n’ait rien d’universel, mais parce qu’ailleurs il y aurait nécessairement un décalage qui ferait que tout ceci serait autre.

Pourtant, des jeunes hommes pauvres avides de réussite sociale qui tombent amoureux de l’épouse de leur bienfaiteur, il s’en trouve partout. Pourtant, la Grande Guerre qui va les séparer était suffisamment vaste pour que cela se produisît ailleurs. Pourtant, les sentiments humains se moquent bien des frontières… Encore que…

Tout est peut-être là, justement. La géographie n’est pas sans effet sur la psychologie des gens. Il n’est pas du tout certain que le romantisme de cette nouvelle puisse se transposer intact en Italie, par exemple. L’histoire se teinterait probablement d’une dose d’insouciance qui différerait des tourments intérieurs du jeune Louis. Celui-ci n’aurait pas les mêmes scrupules et ne renoncerait sans doute pas à la dernière minute.