mardi 26 octobre 2010

Écrit au shaker

Le 19 janvier 2000, les éditions Balland organisent une réception pour fêter, en même temps que la nouvelle année, les dernières parutions dans la collection Le Rayon, dirigée par Guillaume Dustan. Parmi ces ouvrages, Laura de Laurent Herrou.

Dix ans plus tard, Herrou nous donne le récit de ce Cocktail. Jeune auteur, provincial, il participe à cet exercice obligé du cocktail littéraire avec la conscience de ne pas faire vraiment partie de ce petit monde dont il observe les travers : lâchetés, ridicules, petites compromissions, cynisme et arrivisme.

Au-delà de l’intérêt documentaire d’un tel récit, on retiendra surtout ces pages pour leur écriture particulière et rythmée. La meilleure image qui s’impose à l’esprit est que tout ceci est écrit au shaker ; les mots s’entrechoquent comme des glaçons et tintent contre les parois du récipient, les sentiments se mélangent comme les liqueurs et le tout donne ce Cocktail étonnant, détonnant…

On aime ou on n’aime pas cette façon d’écrire, disons-le, peu académique. Mais qu’est-ce que l’académisme sinon une subversion qui a mal tourné, une récupération de la contestation antérieure, une mise au pas ? Dans Pourquoi lire ? par exemple, Charles Dantzig montre sa réticence devant une telle écriture : « Il existe une idéologie de la phrase courte qui, comme toutes les idéologies, nie la variété de la vie. Ce qui est bien, ce sont les livres avec les deux : des phrases longues qui font bien sentir la prestesse des courtes, et des courtes la suavité des longues. Les livres tout en phrases courtes donnent souvent une impression d’interminable. » (p. 116)

Si l’on peut avoir ici une impression d’interminable, c’est moins le récit de Laurent Herrou qui nous la donne que le cocktail auquel il participe et se traîne comme une cérémonie de condoléances lorsque personne ne sait trop quoi dire.

Il se peut que Laurent Herrou ne soit pas d’accord avec ce que je viens d’écrire, cette vision qui est la mienne de son récit. Mais justement, une œuvre littéraire n’appartient pas à son auteur ; en dernier lieu, elle existe entre les mains du lecteur qui la parachève. C’est la même chose pour un cocktail d’ailleurs, si le barman le compose, le consommateur décide s’il le boira à la paille ou au verre, cul-sec ou à petits traits, seul ou en le partageant pour confronter sa dégustation à celle de la personne qui l’accompagne : « Qu’en penses-tu ? C’est un peu fort, non ? » ou au contraire trop acidulé…

Alors, puisque ce cocktail-là est servi, j’invite chacun à y goûter pour se faire sa propre opinion. C’est un ouvrage électronique, pas besoin de quitter son fauteuil, il vous sera servi en un clic.

1 commentaires:

Nicolas Bleusher a dit…

J'aime bien cette image du parachèvement du livre par la lecture...