mercredi 14 janvier 2009

Une entente trop parfaite

Avec La trahison de Thomas Spencer, Philippe Besson retrouve le meilleur de son inspiration et signe l’un de ses meilleurs livres. Celui-ci est suffisamment différent d’Un garçon d’Italie pour que l’on n’ait pas à les départager et c’est tant mieux !
Autant j’ai pu émettre des réserves, notamment sur Un homme accidentel, autant mon enthousiasme est ici total, sans ma moindre réticence. Cette histoire simple au cœur d’une période charnière de l’histoire de l’Amérique est enlevée avec brio.
Même si nous sommes nés après Hiroshima, la mort de Marylin, celle de Kennedy ou de Luther King, si les guerres de Corée et du Vietnam ne sont pour nous que de vagues notions historiques, nous connaissons les images auxquelles elles se réfèrent et rien ne peut nous retenir de nous sentir happés par cette narration fluide qui roule tranquillement son eau pure jusqu’au drame final.
Qui n’a pas connu ce genre d’amitié fusionnelle dont l’enfance et l’adolescence ont le secret ? « Il commençait une phrase et je la terminais. Il partait dans une direction et je le suivais. Il plongeait dans le silence et je remplissais ce silence. Nous demeurions immobiles et l’espace entre nous était chargé d’ondes. » (p. 244)
Il n’est pas question d’homosexualité mais sans doute d’une vague homosensualité, d’un sentiment puissant sans être trouble, ou plus exactement qui ne trouble pas les deux jeunes gens. Paul et Thomas sont à la fois éternels et de tous les continents, ils nous parlent de la découverte de la vie, avec l’évolution des corps et celles des sentiments ; de la précarité des serments qu’on croyait éternels et qui se diluent sans qu’on y prenne garde, sans qu’on le veuille.

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