C’est une merveilleuse idée que cette série des Demeures de l’esprit entreprise par Renaud Camus. En même temps qu’un prolongement naturel au journal, dans lequel il est régulièrement fait mention de ses promenades et des réflexions architecturales qu’elles lui inspirent, c’est aussi renouer avec l’ancienne tradition des carnets de voyages des grands écrivains, avec ici l’avantage supplémentaire et complémentaire que présentent les photographies illustrant le propos, qui sont elles aussi de l’auteur.Dans ce premier volume consacré à la Grande-Bretagne, on sent bien que Renaud Camus est parfaitement à l’aise dans son sujet et, au fil des cinq cents pages qui le composent, on se délecte de son érudition jamais pédante. Toutefois, qu’il me soit permis d’exprimer un regret, c’est que transporté par son anglophilie et sa maîtrise parfaite de la langue de Shakespeare, notre guide ne marque aucune considération pour ceux qui – comme moi – ne savent pas un mot de cette langue et n’ait pas jugé bon de donner la traduction du texte de ses citations. On ne peut que sauter ces passages et se sentir frustré. Autant je suis parfaitement d’accord avec la remarque qui est faite sur « ces traducteurs, à la télévision, qui jamais ne permettent au téléspectateur d’entendre la voix et les intonations des personnages de l’actualité ou du passé sans s’empresser de les couvrir » (p. 394), autant il me semble que l’écrit permet de faire cohabiter original et traduction sans que la seconde nuise au premier. Bien sûr, j’aurais pu recopier ces passages et les soumettre au traducteur instantané de mon ordinateur, mais je doute que ses compétences aillent jusque-là et, de toute façon, c’eût été casser mon rythme de lecture et le plaisir qui en découle.
S’agissant des remarques qui sont faites à propos de certains sites visités qui pèchent par excès d’explications à lire dans des conditions inconfortables, par une pénombre entretenue à coup de rideaux jamais tirés même lorsqu’il n’y a ni meubles, ni tapisseries ou tableaux à protéger, par une signalétique trop présente qui prend parfois le pas sur ce qui est à voir effectivement, j’y retrouve mes propres impressions appliquées à bien des musées français.
Les demeures dont il est question dans cet ouvrage ont en commun d’avoir abrité des artistes, de grands créateurs en tous domaines – écrivains, poètes, romanciers, dramaturges, mémorialistes, décorateurs, peintres, sculpteurs, architectes, musiciens, savants, hommes d’État –, des gens que leur esprit distinguait de la masse. Ils les ont marquées de leur empreinte, comme elles ont eu certainement une influence sur eux. Toutes possèdent un caractère propre, un charme ou même parfois une laideur qui les distinguent et l’on sent bien, quoi qu’il en soit, que l’on est loin du prêt-à-habiter des programmes immobiliers actuels et des maisons vendues "clé en main" à la chaîne.
Comment ne pas partager « l’opinion qu’un bon bâtiment […], quand il ne s’inscrit pas avec bonheur dans son environnement, non seulement nuit à celui-ci, mais, tout bon qu’il soit, produit à peine un dixième de l’effet qu’il pourrait produire dans un contexte plus favorable. L’architecture pure, abstraite, est bonne pour être admirée dans les livres, et à l’intérieur des cerveaux. Sa beauté est celle des mathématiques. L’architecture en tant qu’art, elle, est comme un instrument de bonheur, n’est rien sans les ciels, les nuages, les arbres, les perspectives réelles du monde sensible – tout ce qui la circonscrit, à commencer par l’architecture qui l’entoure » (p. 386) ?
Aujourd’hui sort le second volume de la série, consacré au Sud-Ouest de la France. C’est une idée de cadeau à faire et à se faire pour Noël qui approche.
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