samedi 26 avril 2008

Le Journal de Renaud Camus m’intimide…

Depuis deux semaines, j’ai changé mes habitudes de lecture. Je lis deux livres à la fois. Un dans la journée, notamment en marchant, dans le bus ou dans le métro, l’autre dans mon lit soit le soir, soit lorsque je m’allonge pour me reposer le dos. C’est la solution que j’ai trouvée pour m’attaquer au Journal de Renaud Camus. En effet, ces volumes sont tellement denses et lourds qu’ils sont difficiles à transporter et à manier en toutes circonstances. C’est le cas pour Corée l’absente, qui fait près de sept cents pages.
Afin de ne pas trop charger mes bagages, pour ces quelques jours de vacances, j’ai préféré emporter le premier tome de Journal de Travers dont j’avais déjà lu quelques pages avant de m’attaquer au volume le plus récent. Là, ces notes ont un peu plus de trente ans, c’est dire qu’elles peuvent attendre un peu. Leur lecture est plus ardue, entre le souci d’exhaustivité et la profusion d’anagrammes ou volapüks qui émaille l’intérieur même des paragraphes, coupant le rythme et de la phrase et de l’idée. Le procédé n’est pas inintéressant, ces coq-à-l’âne en disent finalement beaucoup sur le mode de fonctionnement de la pensée de l’auteur ; d’ailleurs ne suis-je pas un peu pareil dans la vie courante sinon dans mes écrits ? Que faisais-je d’autre, hier en conduisant, partant dans de longues digressions jubilatoires à partir d’un nom de patelin relevé sur un panneau autoroutier ?
Lire Renaud Camus est un réel plaisir pour moi, bien qu’il me faille reconnaître humblement être souvent « dans l’état, à la fois fascinant, vertigineux et très effrayant, soit de quelqu’un de totalement ignorant qui ne saurait pas reconnaître un Géricault d’un Poussin, mettons, soit d’un Japonais auquel Sainte-Clotilde semble un édifice aussi remarquable, sinon plus, que la Sainte-Chapelle, soit encore d’un étudiant français moyen pour qui tout l’art moderne est également du chinois… » en le lisant. Je n’ai aucune connaissance en art, non plus qu’en musique. Mon bagage est celui d’un dilettante, je l’ai chargé uniquement d’émotions, en amateur au sens noble. Un tableau, une sculpture, une symphonie si elles n’arrivent pas à me toucher au premier abord n’ont pas d’intérêt pour moi. Devant l’art, je suis partisan du moindre effort. La rencontre se fait ou ne se fait pas, mais comme en amour c’est le premier mouvement du cœur qui est le bon. Décortiquer une œuvre pour parvenir à l’apprécier, pour moi c’est la tuer. Mes professeurs de français successifs se sont évertués, avec une certaine réussite, à massacrer des pans entiers de notre patrimoine à force de dissections d’enculeurs de mouches. Je me souviens d’avoir craqué au sujet de Montaigne, rembarrant ma prof de l’époque en lui disant que si Les Essais étaient encore lus cinq cents ans après avoir été écrits c’est que la pensée qu’ils expriment est limpide et n’a pas besoin de la glose insipide d’un prof de banlieue. C’était peut-être excessif, mais sur le fond je n’ai pas changé d’avis.
Je peux ne pas connaître une œuvre, ou ne pas l’apprécier, tout en prenant un grand intérêt à écouter quelqu’un me parler de son propre plaisir devant cette œuvre, tant qu’il ne cherche pas à démonter les mécanismes de sa création. Le Journal de Julien Green est rempli de passages dans lesquels sa façon de parler de musique me laisse admiratif. Mettre des mots sur une émotion n’est pas la chose la plus aisée qui soit au monde et, là encore, je mesure mes limites.
Sur l’art et l’architecture, également sur la musique bien sûr, Renaud Camus me sert en quelque sorte de guide. Internet est l’outil idéal pour aller plus loin lorsque le cœur vous en dit. Il suffit de lancer une recherche et il est bien rare de ne pas trouver au bout une image, un son, de quoi confronter ma propre émotion à celle que je viens de lire et qui m’a donné l’envie d’aller au-delà.
Ce n’est pas par contresens que j’ai employé le mot "dilettante" en lieu et place d’un "autodidacte" qui était tout aussi valable à mon égard. Je suis les deux, avec cependant un esprit vagabond qui justifie le premier qualificatif. Un hédonisme certain guide mes pas, il faut que le plaisir l’emporte. Je ne veux ni me contraindre ni m’astreindre en rien. Cependant je ne suis pas dupe de cette profession de foi dont je mesure bien les effets au quotidien, avec le peu de temps vacant que me laissent mes journées…

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